EPITROPE / ÉPITROPE
EPITROPHE, ou CONSENTEMENT.
Quelquefois on accorde libéralement ce que l'on peut refuser, afin d'obtenir ce que l'on demande. Cette figure est souvent malicieuse, comme celle-ci. C'est l'illustre poète satyrique qui répond à ceux qui le reprenaient d'avoir censuré avec trop d'aigreur les vers d'un honnête homme.
Ma Muse en l'attaquant charitable et discrète,
Sait de l'homme d'honneur distinguer le poète :
Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité,
Qu'on prise sa candeur et sa civilité :
Qu'il soit doux, complaisant, officieux, sincère,
On le veut : j'y souscris, et suis prêt de me taire.
Mais que pour un modèle on montre ses écrits :
Qu'il soit le mieux renté de tous les beaux esprits :
Comme roi des auteurs qu'on l'élève à l'empire ;
Ma bile alors s'échauffe, et je brûle d'écrire.
C'est encore par cette figure que pour toucher un ennemi, et lui donner horreur de sa cruauté, on l'invite quelquefois à faire tout le mal qu'il peut faire. Elle est aussi ordinaire dans les plaintes qui se font aux amis, comme dans celle que fait Aristée dans Virgile à sa mère Cyrène.
Quin age, et ipsa manu felices erue sylvas.
Fer stabulis inimicum ignem atque interfice messes,
Ure sata, et validam invites molire bipennem :
Tanta meae si te ceperunt taedia laudis.
Je puis donner pour exemple de cette figure le sonnet suivant, qui est admirable.
Grand Dieu, tes jugements sont remplis d'équité :
Toujours tu prends plaisir à nous être propice :
Mais j'ai tant fait de mal que jamais ta bonté
Ne me pardonnera sans choquer ta Justice.
Oui, mon Dieu, la grandeur de mon impiété
Ne laisse à ton pouvoir que le choix du supplice :
Ton intérêt s'oppose à ma félicité,
Et ta clémence même attend que je périsse.
Contente ton désir puisqu'il t'est glorieux :
Offense-toi des pleurs qui coulent de mes yeux ;
Tonne, frappe, il est temps, rends-moi guerre pour guerre :
J'adore en périssant la raison qui t'aigrit.
Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre
Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ ?