Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

Définition publiée par Admin

Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. II, p. 158-166.

Interrogation. Apostrophe. Exclamation.

[...]

< Manchette : Exclamation.>

L’Exclamation est l’expression naturelle de tout sentiment vif & subit, qui saisit l’ame, soit douleur, soit crainte, soit joie, soit admiration. On vient d’en voir des exemples dans ceux que j’ai cités par rapport à l’Apostrophe : & j’y joindrai encore celui-ci. 

« O soupirs ! ô respect ! ô qu’il est doux de plaindre
Le sort d
un ennemi quand il n’est plus à craindre ! »

Ce sont, comme tout le monde sait, les paroles de Cornélie, lorsqu’elle entend vanter les regrets & la douleur de César à la vue de l’urne qui renfermoit les cendres de Pompée.

L’affinité entre les trois Figures que j’ai rassemblées sous un seul titre, se [t. II, p. 166] fait sentir par elle-même. On va les voir réunies dans ce beau morceau du premier chœur de l’Athalie de Racine. 

« Vous, qui ne connoissez qu’une crainte servile,
Ingrats, un Dieu si bon ne peut
-il vous charmer !
Est-il donc à vos cœurs, est-il si difficile
Et si pénible de l’aimer ! »

Voilà l’Interrogation jointe à l’Apostrophe. Le Poëte poursuit :

« L’esclave craint le tyran qui l’outrage :
Mais des enfans l’amour est le partage.
Vous voulez que ce Dieu vous comble de bienfaits,
Et ne l’aimer jamais ! » 

Expression d’indignation. Voici l’Exclamation qui termine le tout :

« O divine, ô charmante loi !
O justice, ô bonté suprême
 !
Que de raisons ! quelle douceur extrême
D’engager à ce Dieu son amour & sa foi ! »