GESTUS / GESTE
< Manchette : Le geste doit exprimer la chose, & non pas chaque mot.>
Sur le geste, j’ai encore moins de choses à dire, que sur la voix. Je me contenterai de deux observations, [t. II, p. 348] que j’emprunte de Cicéron.
La premiere est que par le mouvement du corps, de la tête, des bras & des mains, en quoi consiste le geste, il faut exprimer, non pas les mots, mais le sens entier de la chose. L’expression démonstrative des mots doit être laissée aux Histrions <[Cic. de Orat. III.] 220>, qui affectent de contrefaire les défauts qu’ils exposent à la risée. L’Orateur doit conserver la dignité du plus noble de tous les Arts : & comme ce sont les choses qui occupent son esprit, les choses seules doivent être exprimées par son geste.
< Manchette : Le visage & sur-tout les yeux y font le plus grand effet.>
Une seconde réflexion qui se trouve par-tout, mais que j’aime à présenter dans les termes de Cicéron <[De Orat. III.] 221>, c’est que, si les différentes parties du corps contribuent au geste, chacune en leur, maniere, tout néanmoins dépend du visage, dans lequel dominent uniquement les yeux. Toute l’action part de l’ame, & doit en exprimer les sentimens. Or le visage est le miroir de l’ame, & les yeux en sont les interpretes. Il n’y a point d’autre partie du corps qui puisse fournir à autant d’expressions, que l’ame a de sentimens. L’oeil suffit à tout. Par la vivacité [t. II, p. 349] & la force, ou au contraire par l’adoucissement & la gaieté radieuse du regard, par un coup d’oeil jetté à propos, nous disons tout, & nous exprimons & communiquons aux autres tous les mouvemens de l’ame qui conviennent à la chose que nous traitons. L’action est le langage du corps ; & les mouvemens des yeux sont les principaux caracteres de ce langage. Mais il faut avouer que nulle partie de la déclamation n’est moins susceptible d’enseignement, & qu’en ce genre, c’est à la nature à tout faire.
Pour le geste proprement dit, c’est-à-dire, pour les mouvemens du corps, de la main, & du bras, il est bon que l’Orateur prenne quelques leçons d’un Maître habile dans l’art de déclamer, en gardant soigneusement la sobriété & la décence, de peur que son action ne devienne théatrale.