Quintilien, 94 : De l'Institution de l'orateur

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Quintilien, De l’Institution de l’orateur, trad. Nicolas Gédoyn, Paris, Grégoire Dupuis, 1718, livre premier, chapitre VI, « Des perfections & des vices de l'Oraison », p. 33 ; livre huitième, chap. III, « Des ornements du Discours », p. 504-524.

Je viens maintenant à la maniere d'embellir le Discours. En quoy il est hors de doute que l'Orateur peut se donner plus de liberté qu'en tout le reste; car il n'y a pas beaucoup de gloire à parler correctement & clairement. C'est estre exempt de vice; mais il semble que ce n'est pas avoir acquis une fort grande perfection. De sçavoir inventer, c'est un avantage aussi qui nous est commun avec les personnes les plus ignorantes, & la disposition peut se regarder comme l'effet d'une science médiocre. A l'égard de ces finesses, de ces profondeurs de l'art, ordinairement on les cache; autrement elles cesseroient d'estre ce qu'elles sont. D'ailleurs tout cela se doit rapporter uniquement au bien de la Cause.

C'est donc par l'élégance & la beauté du discours que l'Orateur se distingue luy-mesme. Dans les autres parties, il cherche l'approbation des Sçavants; dans celle-cy, il [p. 525; VIII, 3] plaist à la multitude. En effet, les armes avec lesquelles Cicéron combattit dans la Cause de Cornelius, n'estoient pas seulement fortes & de bonne trempe, mais brillantes. Et s'il se fust contenté d'instruire les Juges, de parler purement, nettement, & en homme qui va simplement au fait, il n'auroit pas vû le Peuple Romain témoigner son admiration, je ne dis pas seulement par des acclamations, mais je dis par des battements de mains, que la majesté du lieu, ce me semble, ne permettoit gueres. Ce fust donc la sublimité, la pompe & l'éclat de son éloquence qui fit ce grand fracas.