Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

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Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. II, p. 137-138.

Ellipse. Pléonasme.

L’Ellipse & le Pléonasme sont aussi deux Figures contraires. L’une supprime un mot qui seroit nécessaire pour l’intégrité de la phrase : l’autre en ajoute un ou plusieurs, dont la phrase pourroit se passer. La premiere est convenable aux passions brusques, qui ne permettent pas à celui qui en est agité, d’achever son discours. La seconde a le même effet que le Polysyndeton, qui est d’insister fortement, & d’inculquer sa proposition. Que dire ? que faire ? voilà une [t. II, p. 138] Ellipse Je l’ai vu de mes yeux, & entendu de mes oreilles. C’est un Pléonasme. 

Un bel usage de l’Ellipse, c’est d’introduire tout d’un coup & sans préparation sur la scène, comme parlant lui-même en personne, celui dont on avoit commencé à raconter quelque action, comme fait Homere dans ces vers traduits par M. Despréaux <Longin, c. 27>.

« Mais Hector, de ses cris remplissant le rivage,
Commande à ses soldats de quitter le pillage,
De courir aux vaisseaux. Car j’atteste les Dieux
Que quiconque osera s’écarter à mes yeux,
Moi-même dans son sang j’irai laver sa honte. »

Le Poëte ne se donne pas le tems de dire qu’Hector ajoute la menace en disant à ses soldats, & c. Cela seroit trop lent. Il est emporté par son feu, & fait tout d’un coup parler le Prince Troyen.