STATUS / ÉTAT DE CAUSE
< Manchette : Dans les questions de fait, trois états de cause.>
S’il s’agit d’un fait dans l’affaire que vous plaidez, quels lieux de Rhétorique doivent être employés ? Avant que de répondre à cette question, j’observe que les Rhéteurs ont distingué trois états de cause, le conjectural, le définitif, & l’état de qualité ; ou, pour parler plus uniment, la question est de savoir, ou si le fait est réel, ou quel nom on doit lui donner, ou quelle en est la qualité, c’est-à-dire, s’il est innocent ou criminel. Les affaires criminelles sont très souvent dans le premier cas. L’accusateur soutient que le crime a été commis par celui qu’il poursuit : l’accusé nie le fait : voilà l’état conjectural. Si l’accusé, convenant du fait, en conteste la qualité, comme le vieil Horace, dans Corneille, ne nie point que son fils ait tué sa fille, mais il prétend que sa fille étant coupable, celui qui l’a tuée a fait une action de justice ; comme Milon avouoit qu’il avoit tué Clodius, mais soutenoit qu’il ne l’avoit tué que pour défendre [t. I, p. 145] sa propre vie ; ce qui est permis par toutes les Loix : alors c’est ce que l’on appelle l’état de qualité. Quelquefois il s’agit du nom. Y a-t-il simonie dans tel procédé envers celui de qui on tient le bénéfice ? Y a-t-il usure dans tel contrat ? Ici le nom emporte la chose, & décide si le bénéfice est légitimement possédé, ou doit être déclaré impétrable ; si le contrat doit être annullé, ou subsister : cet état de cause est nommé par les Rhéteurs, définitif.
Maintenant il est aisé de voir quels lieux de Rhétorique conviennent à chacun des trois états de cause. Au conjectural, les motifs d’entreprendre, & la facilité d’exécuter : au définitif, la définition, suivant que le nom le porte : à l’état de qualité, les circonstances, qui innocentent l’action, ou la rendent criminelle. Voilà à-peu-près ce que l’on peut dire sur les lieux propres aux causes qui consistent dans le fait.