Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

Définition publiée par RARE

Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. II, p. 136-137.

Retranchement & multiplication des conjonctions.

Tout devient utile & noble entre les mains d’un habile ouvrier. Les conjonctions sont ce qu’il y a de plus petit à tous égards dans le discours. Les retrancher à propos, c’est exprimer la vivacité & la vîtesse ; les multiplier en certaines occasions, c’est insister sur un objet dont l’ame est fortement occupée, mais par un mouvement doux & sans transport. Hermione, dans l’Andromaque de Racine, exprime son emportement & sa fureur, après l’assassinat de Pyrrhus, lorsqu’elle dit à Oreste :

« Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Epire :
Je renonce à la Grece, à Sparte, à son Empire,
A ma famille. »

Mettez de la liaison dans ce discours par des conjonctions qui enchaînent chaque membre de phrase avec le suivant, le style languira : la passion n’y est plus. [t. II, p. 137] Au contraire une douleur profonde, mais douce, appuie sur son objet en multipliant les conjonctions. Une jeune Israélite dans Esther, se représentant le carnage de toute sa nation ordonné par Aman, le peint ainsi : 

« Quel carnage de toutes parts !
On égorge à la fois les enfans, les vieillards,
Et la sœur & le frere,
Et la fille & la mere,
Le fils dans les bras de son pere. »

Ces deux Figures ont des noms Grecs, connus des Rhéteurs Asyndeton & Polysyndeton.