METAPHORA / MÉTAPHORE
Dat propriae similem translate Methaphora vocem.
Quid est Metaphora?
[note: Non est aliàs Tropus frequentior quàm Metaphora, non florentior: quippe quae lumen & stella sit Orationis, brevis & contracta in unam vocem similitudo, faciatque ad copiam, majestatem, evidentiam & festivitatem: unde teliqui omnes Tropi dici meritò possant illius esse tantùm species.]
Est translatio nominis alicujus aut verbi, ex eo loco in quo proprium est, in eum ocum in quo vox propria deest propter mutuam affinitatem, aut translata elegantior est.
Quomodo per Metaphoram amplificabitur?
V. g. Si dicas cum Virgilio:
Irarumque omnes effundit habenas;
Vel de Didone:
Magno irarum fluctuat aestu.
Quia habenas & aestum quae propriè conveniunt equis ac fluctibus tribuis AEneae & Didoni.
Item si de homine impavido & imperterrito dicas cum Horatio:
Illi robur & as triplex
Circà pectus erat, qui fragilem truci
Commisit pelago ratem:
Primus.
Affer exempla gallica.
Ita exclamat Rex Propheta, sentiens se à Deo illuminari & defendi:
Dieu est mon soleil & mon bouclier.
Patet omnem Metaphoram comparationem continere; sed expressionem abbreviare ut sit vividior. Sit exemplum eadem Metaphora in comparationem versa:
Dieu éclaire mon ame, comme le soleil éclaire mes yeux, & il me protége comme un bouclier me sert de défense dans le combat.
Quantum discrimen longam inter istam expressionem, & vividum Prophetae sermonem!
Dieu est mon soleil & mon bouclier.
Sic etiam Cicero, de Orat. III. 160.
La Métaphore plaît, inquit Orator, par l’ingénieuse Hardiesse qu’il y a d’aller au loin chercher des expressions étrangères à la place des naturelles, qui sont sous la main; elle fait une agréable illusion à l’esprit, en lui montrant une chose, & lui en signifiant une autre; enfin elle donne, pour ainsi dire, du corps aux choses les plus spirituelles, & elle les fait presque toucher au doigt & à l’oeil, par les images qu’elle en trace à l’esprit.
Legatur etiam initium excellentis carminis à Racinio filio de Religione:
La raison dans mes vers conduit l’homme à la Foi,
C’est elle qui portant son flambeau devant moi,
M’encourage à chercher mon appui véritable
M’apprend à le connoître, & me le rend aimable.
Faux sages, faux savants, indociles esprits,
Un moment, fiers mortels, suspendez vos mépris.
La raison, dites-vous, doit être notre guide:
A tous mes pas aussi cette raison préside.
Sous la divine loi, que vous osez braver,
C’est elle-même ici qui va me captiver.
Et apud Brebevium:
C’est de lui que nous vient cet art ingénieux [note: L'écriture.]
De peindre la parole & de parler aux yeux.
Quid cavendum est in usu Metaphorarum?
Ne sint nimium detortae, atque adeò ridiculae. Talis est illa Platonis loquentis de vino cujus vis aquâ temperatur:
Le vin, dit-il, entrant en société avec une Divinité sobre qui le châtie, devient doux & bon à boire.
Et apud Theophilum:
Je baignois mes mains dans l’onde de ses cheveux.
La syrte de sa fortune, la Charibde qui a dévoré ses biens.
Tales versus sequentes in Cornelio:
Ce sang, qui tout versé, fume encor de courroux
De se voir répandu pour d’autres que pour vous.
In Tertull. verba sequentia:
Le déluge fut la lessive générale de la nature:
Quod imitatus est malè Benseradus in hoc versu:
Dieu lava bien la tête à son image.
Hoc genus referri potest ad Catachresim: vide ubi de eâ. Egregia est Metaphora, lib. I. AEn. quam nversibus gallicis reddidit Segraisius:
Des prompts enfants de l’air la mutine cohorte
Du moindre jour ouvert ouvre une large porte.
Ils sortent tous en foule, & ce gros bataillon
Élève dans sa course un épais tourbillon:
La terre en est émue; ils passent sur les ondes;
La mer en voit ouvrir ses entrailles profondes:
Eure le redoutable, Aquilon le neigeux,
Et l’humide Afriquain, plus que tous orageux,
Changent l’azur poli des liquides campagnes
En rochers écumeux, en bruyantes montagnes.
Des cordages, des crics, soudain siffle le bruit;
Sous un nuage épais le ciel, le jour s’enfuit,
La nuit vient, l’éclair brille & le tonnerre gronde:
Tout présente la mort aux yeux des matelots.
Vis Metaphorae in eo est quod dicat multa paucis, & percellat animum acriùs. Tale est illud hominis potatoris:
Vingt muids rangés chez moi font ma bibliothéque.
Metaphora continuata longiùs, dicitur Allegoria. Egregia est apud Horatium, lib. I. Od. si tamen Rempublicam eo in loco alloquatur:
O navis, referent in mare te novi
Fluctus?
Vide infrà ubi de Allegoriâ, p. 189.
Hùc referri etiam potest Ironia, quae est Metaphora jocosa: v. g. cùm hominem aliquem nigri coloris Cycnum appellamus, aut hommem deformem pulchellulum dicimus. Ita Cicero carpit Pisonem, n. 66. dum videtur eum laudare velle:
Ici, Messieurs, dit-il, je loue mon ennemi. Il ne fait point de dépense, si ce n’est en viande & en vin. Vous ne verrez pas chez lui de ces beaux vases; il a seulement de grandes tasses de terre. Il est servi par des esclaves mal faits & mal vêtus, mais la plûpart ont la barbe blanche. Le même qui est son cuisinier est aussi son huissier de salle. Il n’y a que les Grecs qui mangent avec lui. Ils sont ordinairement cinq à chaque table; mais Pison est toujours seul pour manger plus à son aise, comme dans un trône environné de bouteilles.
Ironia suavis esse debet, & digna hominis liberalis; aliòqui videtur conviciis esse affinis, & solet appellari Sarcasmus: vide ubi de eâ.