PERIODUS / PÉRIODE
DES PERIODES.
La periode, à mon advis, n’est autre chose qu’une disposition de mots qui exprime un sens parfait.
Les rafinez sur l’élocution ne se sont pas contentez de diviser la periode en simple & en composée, ils ont divisé la composée en grande, en petite, & en mediocre.
La periode simple consiste en un petit assemblage de paroles qui n’est divisé, ny par virgules, ny par poincts.
La periode composée, est une multitude de phrases, qui toutes ensemble sont un sens achevé.
On dit que la grande periode a cinq ou six parties, que la petite en a deux ou trois, & que la mediocre en a quatre.
Encore que tous les Maistres de l’éloquence tombent d’accord, que la plus juste de toutes, soit la quarrée, & que ses quatre parties qui sont comme autant d’incisions & de demy soûpirs, soient proportionnées aux respirations ordinaires, l’orateur doit considerer pourtant que l’uniformité est ennuyeuse, qu’il y a des pensées qui demandent des expressions estenduës, & qu’il y a des sentimens qui veulent des expressions succintes.
DES OBSERVATIONS QUI
regardent les phrases & les
periodes.
IL faut éviter les pieces hors d’œuvres, parce qu’elles surprennent l’attente du Lecteur, & qu’elles détruisent la justesse de la periode.
Il faut bannir les parentheses, parce qu’elles interrompent la suitte du discours, qu’elles éloignent les referens, & qu’elles travaillent la memoire.
Il faut éviter les hemistiches, parce qu’on lit avec d’autant moins de plaisir une phrase qui est rude, que la précedente est mesurée: Ce n’est pas que les plus fameux orateurs n’ayent quelquesfois commencé ou finy leurs periodes par des demy-vers, & que d’oster tous les hemistiches ce ne soit quelquesfois destruire la naiveté du langage: Aussi ne prétens-je pas, que pour oster une douce disconvenance, on tombe dans une correction desagreable, & que pour un changement de mot, on fasse une alteration de sens.
Il faut éviter la multitude des monosyllables, parce que les periodes qui en sont remplies retardent la prononciaton & choquent l’oreille.
Il faut representer dans le temps present, les actions passées, lors qu’on décrit les particularitez de quelque combat, ou qu’on exprime les circonstances de quelque empressement, parce que les troisiesmes personnes, au temps present facilitent l’expression, & adoucissent le recit.
Il faut souvent exprimer ce que les r, & les En supposent, parce que les sous-entendus obscurcissent la diction, travaillent l’esprit, & ruïnent la plenitude.
Il faut employer, sans adjonction, les mots qui ne reçoivent ny le plus ny le moins.
Il faut que les substantifs soient employez sans epithetes, ou que si l’on en met aux uns, ou en mette aux autres.
Il faut que les extrémitez de la periode soient comme égallement distantes du milieu, & si la matiere est seiche, il faut que la plenitude de la cheute, repare la petitesse du début.
Il faut varier le commencement & la fin des periodes.
Il faut préferer quelques commencemens à quelques autres.
Il faut que les phrases soient quelquefois metaphoriques, parce que les mutations sont agreables, & qu’il y a plus de choses que de noms.
Il faut que l’arrondissement se trouve dans toutes sortes de periodes, parce que la rudesse des mots, & la mauvaise rencontre des lettres, retardent la prononciation, & offencent l’oreille.
Il faut que les endroits les plus foibles de l’oraison soient supportables, & que l’égalité du jugement paroisse dans l’inégalité des matieres.
Il faut animer les actions oratories, par la force des Raisons, par l’énergie des termes, & par la vehemence des figures.
Il faut diversifier les ornemens.
Il faut approprier les applications.
Il faut passer adroittement d’une matiere en une autre.
Les transitions peuvent estre tirées de celuy qui parle, & de celuy qui écoute, du temps, & du lieu, des choses qui précedent, & des choses qui suivent,
Les transitions qui sont tirées du fond de la matiere, sont ordinairement plus excellentes que les autres, parce qu’elles sont libres & prochaines, qu’elles naissent sous la plume, & que pour peu qu’elles soient délicatement tournées, elles sont comme imperceptibles.
Il faut remarquer en passant, que les sentences sont de grande estenduë, & que comme elles se rapportent souvent à diverses choses, elles sont souvent tres propres à lier le discours.
Si on veut voir de quelle façon j’assemble les choses, qu’on lise mes Actions Publiques, c’est un advis qu’on ne doit pas negliger. Les matieres qu’elles renferment n’ont point de liaison: elles sont éloignées les unes des autres, & neantmoins il semble, ou je me trompe bien, que les derniers traitez naissent des précedens, que ce qui est une inuention soit une suitte, que ce qui est une adresse, soit un découlement.