METAPHORA / MÉTAPHORE
La Metaphore est le premier & le principal de tous les Tropes ; elle se fait en transferant un nom ou un Verbe du lieu où il est propre pour le faire servir à une chose à laquelle il n’est point propre ; ce qui se fait, ou parce que cette chose n’a point de nom propre ou parce que ce Trope est plus élegant, plus fort & plus energique que le propre ; ainsi on se sert de la Metaphore, ou par necessité, ou pour l’ornément.
La necessité force les Vignerons & les Jardiniers d’appeller les bourgeons des vignes perles, & de dire que les fruits ont soif, & qu’ils sont malades : Et on dit par metaphore qu’un homme est dur, aspre & ardent.
Pour la beauté, on dit le brillant de l’Oraison, la splendeur d’une lignée, le torrent de l’Eloquence.
Et pour rendre le discours plus fort & plus énergique, on dit arracher du cœur. J’ay arraché de mon coeur tous les desirs d’acquerir du bien.
La metaphore se fait en donnant à des choses inanimée les noms qui appartiennent à d’autres choses aussi inanimées.
Arcade fit une playe tres-profonde aux droits & aux libertez de l’Eglise.
Et à une chose animée le nom d’une autre, qui est aussi animée, comme d’appeller Gouverneur celuy qui monte un cheval pour le dompter, au lieu de l’appeller Escuyer.
Aux choses animées le nom de celles qui sont inanimées.
Si on leur a fait des aumônes, elles n’ont esté bien souvent que le canal par ou elles passoient.
Enfin quand on donne aux choses inanimées des noms qui n’appartient qu’à celles qui sont animées.
Comme on voit un Rocher dont l’orgueilleuse teste,
Ne pouvoir resister au fort de la tempeste.
Ou bien,
Tantost la mer ouvroit ses entrailles profondes,
Tantost la mer rompoit la prison de ses ondes.