METAPHORA / MÉTAPHORE
DE LA TRANSLATION.
ou de la metaphore.
Cette figure consiste à exprimer par quelque mot impropre & convenable, une chose semblable ou approchante.
Il y a des manieres de parler où les metaphores ne consistent qu’en un mot, & il y en a d’autres où elles consistent en plusieurs, les unes sont appellées simples, & les autres sont dites continues.
Exemples des metaphores simples.
L’honneur nourrit les armes.
Il flotte entre l’esperance & la crainte.
C'est là où son plaisir se niche.
Autre exemple.
C’estoit la fleur de l’armée Romaine.
autre exemple.
La poitrine des bons Citoyens est un bon rempart.
Autre exemple.
C’est donner des esperons a ceux qui vont trop viste.
C’est comme si l’on disoit. c’est donner de l’activité à qui l’on doit donner de la retenuë.
Autre exemple.
Il m’a fait le loup plus petit qu’il n’est.
Autre Exemple.
Comme Diogene disnoit, il apperceut quelques rats sous sa table, & comme il estoit quelquesfois railleur Quoy donc, dit-il, Diogene a des parasites?
Autre exemple.
Sa hardiesse commence à vieillir, s’est comme s’il eust dit, son courage commence à se refroidit.
Autre exemple.
Il faisoit la guerre aux reliques de la faction de Pompée.
Autre exemple.
Il estoit meur pour mourir c’est comme fi le familier du fils d’Antigone, qui dit cette parole ; eust voulu exprimer une Metaphore par une autre, la raison est que comme la maturité du fruit est une disposition à la pourriture, la vieillesse qui est une maturité d’âge, est une disposition à la mort.
Autre exemple.
Il donne de l’amour aux Lucreces.
Autre exemple.
Comment ce papier a t’il pû recevoir ces ordures, & conserver sa blancheur?
Autre exemple.
Je vois bien des Princes, mais je ne vois point de Cesars, on appelle ces façons de parler des metaphores personnelles.
Autre exemple.
Je vois bien des armes & des corps, dit un jour Marcellus irrité, mais je ne vois point de Romains.
C’est comme s’il eust voulu dire qu’il ne voyoit point de veritables soldats, le mot de Romain signifioit les gens de cœur, & il empruntoit cette signification de la haute reputation des premiers Romains.
Autre exemple.
La loy de Dieu, dit Philon-Juif, est le pilier du monde.
Autre exemple.
C’est un esprit qui a de beaux rayons.
Autre exemple.
Le déluge dit Tertulien, est la lexive generalle de la nature.
Autre exemple.
Tout ce qui s’écarte de ce niveau ne me semble ny juste ny droit, il prend le niveau pour le precepte.
Autre exemple.
Le siege Apostolique est le Throsne de l’infaillibilité, c’est à dire, est le lieu dont partent les veritez Souveraines.
Autre exemple.
Le conseil est l’ame de l’estat, il veut dire que c’est ce qui conduit toutes choses.
Autre exemple.
Sa Cour est le tombeau du vice.
Autre exemple.
Il va aussi viste des dents que des mains.
Autre exemple.
Dieu se trouve dans les épines, c’est à dire dans les afflictions,
Autre exemple.
Comme on voulut faire oster de nuit la Pyramide de Jesuistes, le Pere Cotton qui vouloit faire entendre que le Roy sçavoit bien ce qu’il faisoit, dit qu’il n’estoit pas Roy de tenebres, mais de lumiere.
Autre exemple.
Tu escris contre moy des amertumes, Je veut dire des parolles fascheuses.
Autre exemple.
Du rencontre de deux prunelles, naist quelquesfois des estincelles, Il veut dire que l’amour s’engendre quelquesfois de quelques regards fixes & reciproques.
Autre exemple.
Si c’est un peché on peut dire qu’il n’est point sorty de l’abysme, Il parle contre un superstitieux & l’abysme en cet endroit veut dire l’enfer.
Autre exemple.
Ses parolles tiennent du trepied, il veut dire qu’elles sont obscures.
Autre exemple.
Leurs poictrines sont des murs: Il veut dire que ce sont des gens qui battent de pied ferme, qui ne recullent point.
Autre exemple.
Leur gosier, disoit Dauid, est un sepulchre ouvert, on peut attribuer cela aux blasphemateurs aux médisans, aux haleines corrompuës de la debauche.
Autre exemple.
On disoit de Demosthene que ses Oraisons sentoient l’huile on disoit cela parce que ce grand Orateur, estoit homme de sueur, de travail, & on remarque mesme qu’il ne donnoit jamais son jugement sur le champ.
Autre exemple.
J’ay plus d’apprehension de ses dents que de sa langue, de ses ongles que de sa plume, il veut dire qu’il craint plus son désespoir & sa rage que ses escrits.
Autre exemple.
La semence de la couche inique, sera exterminée, Salomon entend parler des enfans îllegitimes. Car il dit un peu plus bas que les plantes bastardes ne prendront pas racine bien avant.
Autre exemple.
Que ta main ne soit etenduë, ny close, c’est à dire à mon advis, ne dérobe, ny ne retiens.
Autre exemple.
Il a mis devant toy, l’eau & le feu, Il veut dire qu’il luy a donné la cognoissance du bien & du mal.
Autre exemple.
Celuy qui offre sacrifice de la substance du pauvre, est comme celuy qui sacrifie le fils en la presence du pere, Il prend la substance pour les biens, & les pauvres, pour les biens aymez du Seigneur.
Autre exemple.
Une conscience asseurée, est comme un continuel convice, c’est à dire une continuelle joye.
Autre exemple.
La paillarde est une fosse profonde.
Autre exemple.
J’oseray representer aux pieds de vostre redourable throsne, c’est comme si nous disions j’oseray representer à vostre Majesté, cette façon de parler est Turque, & throsne ou cet endroit signifie puissance;
Autre exemple.
Des cendres des Heros, sont reverées, Il veut dire leur memoire.
Autre exemple.
Cesar arresta d’vne parolle, ses soldats revoltez, il les appella Bourgeois, il vouloit dire qu’ils estoient casaniers, lasches & seditieux.
Autre exemple.
Il est temps de laver son crime, Il veut dire qu’il est temps de l’effacer par les eaux du repentir & de la penitence.
Autre exemple.
Qu’on appelle mes mulets, disoit Marius, il vouloit dire ses soldats, & il les appelloit ainsi, Parce qu’il les avoit endurcis à la peine, & qu’il leur faisoit porter ses hardes. Quelques autres disent qu’il parloit ironiquement, parce que ses mulets devant Numance, estoient gres au regard des autres & qu’on disoit par antiphrase parlant de soldats maigres & extenuez, ce sont les mulets de Marius,
Autre exemple.
Il faut qu’un Empereur meure tout debout, disoit Vespasien, Il vouloit dire, qu’il falloit qu’un Prince monrut dans le travail, dans l’action.
Autre exemple.
J’ay esté l’œil à l’aveugle, & les pieds au boiteux c’est à dire qu’il a servy de guide a l’un & de soustien à l’autre.
Autre exemple.
Ne vous estonnez pas, si ce liure-est Anonyme, comme son Autheur n’a point de front, il a eu raison de luy refuser une teste.
Autre exemple.
Il tomba sur ces trophées, dit un moderne apres un ancien.
C’est comme si parlant d’un grand Capitaine, on le loüoit de cette sorte, Avant que de mourir victorieux, dans le champ de bataille, il fit des entassemens de corps, des montceaux de cadavres, des piles de testes & des bras, de cuisses & de troncs.
Autre exemple.
Pour dire que Dieu marche devant nous, qu’il fait voire à nos entreprises, qu’il est nôtre guide, on peut dire dans le metaphorique, qu’il est nostre arche d’Alliance, qu’il’est nostre colomne, qu’il est nostre auriflame.
Autre exemple.
Le soupçon est une jaunisse spirituelle.
Il veut dire que la deffiance, que le soupçon, que la jalousie est une maladie l’esprit juge des choses.
Autre exemple.
Ce sont des gens qui ont esté nourris parmy les fleurs, Il veut dire dans les molesses.
Autre exemple.
Leurs jours sont des nuits lumineuses, Il parle de certaines débauchées, qui font du jour la nuit, c’est à dire qui dorment le jour.
Autre exemple.
Les Religieuses sont à proprement parler les lis sacrez de l’Eglise.
Autre exemple.
Des que le galant vit cette coquette, il prit feu pour elle.
Autre exemple.
Quoy qu’il faille de la volonté pour obeïr, comme pour commander, neantmoins il semble que la vie de, cetté puissance, reside dans le dernier acte, & c’est peut-estre pour cette raison, qu’un des plus grands Peres de l’Eglise a dit que l’obeïssance estoit le tombeau de la volonté.
Autre exemple.
Comment appellez vous ces fortes de gens? je les appelle les Pharisiens de l’Evangile.
Autre exemple.
Anaxarchus disoit à Alexandre, que Dice & Themis, estoient les Assesseurs de Jupiter, il vouloit faire entendre à ce Prince, qui estoit extrémement triste de la mort de Clitus, qu’il ne pouvoit rien faire qui ne fust droit, qu’il ne fust juste.
Autre exemple.
L’histoire des siecles passez, est le flambeau des suivans.
Autre exemple.
Celuy dont vous parlez est un cercle de science.
Il veut dire que ses connoissances renferment l’idée de toutes choses.
Autre exemple.
Les graces sont les portieres de vostre cabinet.
Autre exemple.
David a esté appellé de quelques-uns l’Hercule de la Judée.
Autre exemple.
La puissance, la sagesse, & la bonté sont les colomnes du monde.
Autre exemple.
Son esprit a passé par la coupelle.
DES BELLES METAPHORES
éloignées.
Que cet eunuque, dit Sophie, parlant de Narses se range auec mes filles & qu’au lieu d’une epée il prenne une quenoüille, j’ourdiray une toile, répondit ce grand Capitaine, que ses amis ne pourront jamais détordre.
Autre exemple.
Le style de cet autheur Grec est remply, de cet assaisonnement que les délicats appellent sel d’Athenes.
Autre exemple.
Qu’on ait un soin particulier, dit le fils d’Antigone, de la ville, & du Chasteau de Corinthe, ce sont les fers & les ceps de la Grece.
C’est comme s’il eust dit qu’on fasse bonne garde, cette place tient les Grecs en devoir, & empesche leurs courses.
Autre exemple.
Anakagoras mal-traitté de la fortune se resout à mourir de faim, Pericles qui est adverty de ceste resolution, va visiter ce Philosophe, & comme pour l’exhorter à vivre, il luy representa qu’il avoit encore besoin de ses conseils, il receut pour réponse que ceux qui avoient affaire de la lampe y mettoient de l’huyle.
C’est comme s’il eust dit, ceux qui ont besoin d’estre, éclairez font du bien à ceux qui sont capables de les illuminer.
Autre exemple.
Le couroux des Roys, est le messages de la mort.
Autre exemple.
Tes paroles, dit Lisander, ont besoin d’une Cité.
C’est comme s’il eust dit au jeune homme qui parloit trop hautainement, tes propositions ont besoin de deniers, & d’armes, de soldats, & de places.
[p. 358] Autre exemple.
Quoy, vous entreprenez de choquer Crassus? & ne sçavez-vous pas qu’il est puissant, qu’il est redoubtable, & pour tout dire en peu de mots, qu’il a du foin à la corne?
C’est comme s’il eust voulu dire, & ne sçavez-vous pas qu’il est mèchant, & la raison de cela est, qu’on mettoit du foin aux cornes des bœufs, qui abusoient de leur force.
Autre exemple.
Ne vous en estonnez pas, Domitian est une portion de Neron.
C’est comme s’il eust voulu dire, que Domitian avoit quelque rapport avec ce monstre.
Autre exemple.
Qui eust entrepris de le choquer? le Roy ne le consideroit-il pas? & pour dire quelque chose de plus; n’estoit-il pas sous, ses hallebardes?
C’est comme s’il eust voulu dire n’est-il pas sous sa protection?
Autre exemple.
Le laurier, dir Claudian, est la décision des affaires.
C’est comme s’il eust dit, la victoire ou la palme est la décision des differends.
Je dis la victoire ou palme, parce qu’on se servoit indifferemment de ces deux mots.
Autre exemple.
Vous ne faites pas vostre devoir par contrainte, vous le faites par amour, & on peut dire que vos bonnes œuvres sont des meres-gouttes.
Les raisons ont un découlement naturel, & un découlement forcé.
Leur découlement naturel qu’on appellé mere-goutte-naist de l’abondance de la chose.
Et leur découlement forcé provient de la violence des pressoirs.
De sorte que quand on dit à une personne que ses bonnes œuvres sont des meres-gouttes, c’est comme si on disoit qu’elles viennent d’un bon cœur, d’une bonne volonté, d’un fonds fertile, & d’une inclination heureuse.
Autre example.
Ce mariage n’a produit que des dents & des ongles.
Il veut dire, qu’il n’a engendré que des reproches, que des outrages.
Autre exemple.
La sainte Escriture parlant de ceux qui sont tout emsemble, & méchans, & puissans, dit que ce sont des tisons allumez par les deux bouts.
Autre exemple.
Il a trouvé le secret d’apprivoiser le fer, de civiliser la fureur.
Il veut dire, qu’il a trouvé l’invention d’adoucir les soldats les plus déterminez.
EXEMPLES DES METAPHORS
continuées ou allegoriques.
La vertu a de si profondes racines, que les vents de la tentation ne la peuvent abatre.
Autre exemple.
Les François retinrent les dots de la mer avec un frein de pierre.
Autre exemple.
Comme on vint demander le mot à Marc-Aurele, qui estoit sur le point de rendre l’ame, il dit au Tribun pour le mot. va-t’en à l’Orient, ie vais à l’Occident.
Autre exemple
La Cour est une mer orageuse, qui n’agite gueres moins les grands vaisseaux que les petites barques.
Autre exemple
C’estoit une nuée de témoins, comme parle S. Paul, de laquelle sortirent des éclairs qui chasserent les tenebres du paganisme.
Autre exemple.
C’estoit une nuée de sang; qui arrosant le champ de l’Eglise, y fit naistre les roses du martyre.
Autre exemple.
Il ne ressemble pas à ceux qui noyent leur raison dans leurs larmes.
Autre exemple.
Chose merveilleuse! que l’Estat fut tranquille parmy les orages de tant de vents d’heresie, qui s’enfloient de tous costez, pour abysmer la nacelle de saint Pierre.
Autre exemple.
Ouy, j’en tombe d’accord, mais c’estoit en temps où les idoles estoient nichées au trosne Royal.
Autre exemple.
Les François ne peuvent souffrir que les quenoüilles fassent la loy aux épées.
Autre exemple.
Ils m’épargnent, dit un de nos autheurs, parce qu’ils sçavent que j’ay le pinceau à la main, & que les taches de leur naissance paroistroient dans mon ouvrage.
Autre example.
C’est là où le vice tient le timon, & où l’innocence est à la rame.
Autre example.
Les baisers des traistres, sont des roses attachées à des épines.
Autre exemple.
L’innocence est un bouclier contre lequel les traits de la calomnie s’émoussent.
Autre exemple.
Tes paroles sont des Cypres, dit Phocion á Leosthenes, il vouloit dire qu’elles estoient hautaines & sans effet.
Autre exemble.
La nature luy avoit donné des lettres de saveur, pour dire qu’elle l’avoit fait agreable.
Autre exemple.
Il faut casser les os, s’attacher à la moüelle, il veut dire qu’il faut vaincre les difficultez, & se proposer le solide.
Autre exemple.
Il employe sa belle plume de Paon pour vous amuser par ses belles couleurs, il veut dire qu’il employe sa plus fine Rhetorique pour vous attirer, pour vous perdre.
Autre exemple.
Cette petite épouse a esté le vermisseau avec lequel on a couuert l’hameçon qui a pris ce grand poisson, l’Auteur de ce discours entend parler de la femme de Puylaurens, cette Mettaphore est éloignée au regard de la petite épouse.
Autre exemple.
Il le faut garotter avecque les liens d’Hypocrate.
Autre exemple.
Ceux qui composent des liures pour ce favory ressemblent à ceux de Geneve, qui sont des siflets pour les Pelerins de S. Claude, Il veut dire que ceux de cette Republique se mocquent de leurs ouvrages & de ceux qui les acheptent.
Autre exemple.
Il donne leurs fruits à la chenille, & leurs labeurs à la sauterelle, outre l’explication qu’on donne à ces paroles, on pourroit les attribuer aux prodigues qui font manger leur bien à la Canaille.
Autre exemple.
Il faut recourir aux clefs de S. Pierre, il veut dire à la puissance des Prestres.
Autre exemple.
Il ne suffit pas que la guirlande qu’on en fait soit brillante, Il faut qu’elle soit propre pour la teste qui la doit porter: Il veut dire, il faut que les loüanges soient proportionnées aux subjets.
Autre exemple.
Il y avoit des armes penduës aux crocq qui gardoient fort religieusement leur virginité, il veut dire qu’elles n’avoient point encores esté soüillées du sang de quelque meurtre, de quelque homicide.
Autre exemple.
Le cœur & la langue ne doivent avoir qu’un mesme ressort: Il veut dire que les effets doivent suivre les paroles.
Autre exemple.
Il avoit élevé si haut ce fils de la terre, qu’il ne faut pas s’étonner s’il est mort en l’air: Il veut dire qu’il ne faut pas s’estonner si cet homme de neant qu’il suppose, ayant indignement agy dans sa prosperite a esté la capture d’un Prevos.
Autre exemple.
Il y en a beaucoup qui s’approchent souvent du bain de la penitence, & il y en a peu qui s’y lavent.
Autre exemple.
Un ancien disoit d’une femme, que c’estoit un hameçon sans appas.
Il vouloit dire que c’estoit une beauté sans grace.
Autre exemple.
Tant s’en faut que ces vents, que ces tourbillons les ayent émeus, qu’ils les ont affermis dans l’aire sacrée de Jesus-Christ qui est l’Eglise, par la necessité dans laquelle ils les ont jettez, de resister fortement à cette tempeste.
Autre exemple.
Parlant des beaux yeux, il y en a qui les appellent des brillans meurtriers.
Cette Metaphore est continuée dans le sens, mais elle ne l’est pas dans les paroles, & pour estre continuée dans les paroles, il faut que les paroles ayent du rapport entr’elles aux choses qu’elles representent.
Autre exemple.
L’enuie est une taye.
Autre exemple.
Ils sont si médisans qu’ils taschent de remplir de fiel les Colombes mesmes.
Autre exemple.
Le Boucher de la foy est impenetrable aux dards enflâmez de l’heresie.
Autre exemple.
C’est un naufrage qui a bouleuersé un des plus florissants Estats de l’Europe.
Il falloit dire un des plus grands, parce que l’allegorie sous-entendoit un vaisseau, & que le florissant est disconvenable à ce qu’elle sous-entendoit.
Autre exemple.
Il ne faut point douter, parlant de jeunes nones, qu’elles ne fructifient, puis que ce sont des plantes spirituelles que la main de Dieu a plantées dans le champ de son Eglise.
Autre exemple.
On peut appeller la parole de vie dont vous paissez vostre trouppeau, la semence incorruptible de la generation celeste.
L’Autheur de cette Allegorie entend parler de l’Evangile.
Autre exemple.
C’est répandre dans les écrits les tenebres les plus épaisses qui soient jamais sorties du puys de l’abysme.
Autre exemple.
C’est une branche qui est retranchée du tronc.
Il parle d’un Schismatique, & il veut dire qu’il n’a plus d’adherence à la chaire de S. Pierre.
Autre example.
Il a purgé le Sanctuaire, il veut dire qu’il a reformé les Prestres.
Autre exemple.
En matiere d’amour, il aime mieux la fleur que le fruict.
Autre exemple.
C’est un pays où les plus grands conquerans n’ont jamais cueilly de Lauriers.
Autre exemple.
Il n’y a point de doute que l’esprit de nostre religion a plus éclatté en la personne des Apostres, qu’en celle des autres Chrestiens, plus les eauës sont proches de leur source, & moins elles sont impures.
Autre exemple,
La science est à l’esprit, ce que l’huile est à la lampe: En effet si on veut que la lampe éclaire il y faut verser de la matiere, si on veut que l’esprit brille, il y faut répandre de la doctrine.
Plutarque applique cette Allegorie à la vertu, & dit là-dessus que comme il ne suffit pas d’allumer la lampe pour éclairer si on n’y jette de l’huile, il ne suffit pas aussi d’allumer le desir, c’est à dire d’exciter la passion des bonnes choses si on ne fournit à celuy qu’on exhorte les moyens de les posseder.
Autre exemple.
Le vieil homme est une terre dont les méchantes racines alterent les bons fruicts: mais pour la rendre digne de quelque bonne influence, il y faut appliquer le soc de la mortification.
Autre exemple.
Les caves de la penitence engraissent le fonds du penitent, c’est à dire qu’elles disposent heureusement son cœur, & sa volonté à produire des fruicts salutaires.
Autre exemple.
Les feux de la lumiere consument les onctions de la grace.
Autre exemple.
Il y a des bourdons qui en veulent au miel de ma ruche.
Il veut dire qu’il y a des enuieux qui veulent dérober le fruict de ses travaux.
Autre exemple.
La nature n’a point de voiles, quelques grossiers qu’ils puissent estre qui soient à l’épreuve des perçantes lumieres de vostre esprit.
Autre exemple.
Le fruict ne peut acquerir la maturité qu’il ne perde la verdeur.
Il veut dire que l’homme ne peut acquerir la perfection qu’il ne passe de la jeunesse à l’âge opposé.
Autre exemple.
Quel moyen de tirer des perles du fumier?
Il veut dire qu’il n’y a pas apparence de tirer des choses rares d’un ouvrage commun.
Autre exemple.
Que les paupieres aillent devant les pieds, dit Salomon, il veut dire que la connoissance doit preceder.
Autre exemple.
Il humilie l’un, il exalte l’autre, car le Calice de vin pur ou de vin mixtionné est en la main du Seigneur. Dauid veut dire que les biens & les maux viennent de Dieu.
Autre exemple.
Ta parole est lampe à mes pieds, le mesme Prophete veut dire que ses commandemens le reglent.
Autre exemple.
Que ma langue soit attachée à mon palais, si je n’ay memoire de toy, il veut qu’il devienne muet, qu’il perde la parole s’il ne louë le Seigneur.
Autre exemple.
C’est deffendre le miel auec l’aiguillon, c’est à dire que c’est deffendre aigrement ses interests.
Autre exemple.
Ces traits ne sont nuisibles qu’à ceux qui les lancent, cela veut dire que la médisance nuit au médisant, & qu’elle ne fait point de mal à ceux qui n’en font point.
Autre exemple.
C’est semer la zizanie parmy le bon bled, on peut attribuer cela à ceux qui mettent en dissention les honnestes gens.
Autre exemple.
La grace perit dans cette orageuse Theologie.
Autre exemple.
Vous sapez le fondement qui soustient l’édifice de leur doctrine.
Autre exemple.
Dites que c’est un œuf d’aspic que vous avez couvé, cela veut dire qu’on a nourry chez-soy un méchant homme.
Autre exemple.
Ils sont inexperimentez, un tourbillon de tempeste les oblige de relascher au premier abry qui se rencontre, il veut dire que ce sont des gens qui dans les moindres traverses qui leur arrivent perdent courage.
Autre exemple.
Il marche dans, les voyes de son pere, cela veut dire qu’il suit les examples de sa maison.
Autre exemple.
Ils croyent ressembler à l’image que la flatterrie faite, & ils ne veulent pas se regarder dans un autre miroir de peur de reconnoistre leur erreur.
Auter exemple.
Parler d’une douleur fraische, c’est remettre le fer dans la playe, on appelle cela faire une action cruelle, lors qu’on pense en faire une civile.
Autre exemple.
Il a exaucé la voix de mes pleurs, David veut dire à mon advis, que Dieu a eu pitié de ses gemissemens.
Autre exemple.
Les pecheurs ont tendu leur arc, & ont appareillé leurs fléches, il veut dire qu’ils se sont disposez à mal-faire.
Autre exemple.
Il aime bien à joüer au boutte-hors, au cheval fourchu, à cache cache bien si tu l’as, au reversis, il aime bien encores la chasse entre deux toilles, le jeu des Dames rabattuës, des Dames poussées, ces Metaphores polionimiques ne signifient autre chose que la luxure, que la passion d’amour.
Autre exemple.
La prudence n’est meure qu’en l’arriere saison.
Autre exemple.
Il n’y a que la prudence qui rajeunisse en vieillissant.
Autre exemple.
Il est tout ensemble le bouclier & l’épée de la foy Catholique.
Autre exemple.
On dit donner la clef des champs à un lyon qui devient dans son cachot plus fier & plus farouche, il entend parler d’un grand Prince à qui la poison attisoit la colere.
Autre exemple.
Quoy qu’il en soit, je ne retire jamais, mes offrandes, il veut dire qu’il ne rompt jamaìs.
Autre exemple.
C’est un Publicola, il veut dire que c’est un homme qui aime le peuple, car c’est pour cette raison que Publius Valerius fut surnommé Publicola.
Autre exemple.
Que la queuë soit jointe a la teste de l’hostie, c’est à dire selon S. Bernard, que la fin soit ausi heureuse que le commencement.
Autre exemple.
C’est le foible des laides qui baisent le pinceau qui les flatte.
Autre exemple.
Je ne crains pas ses saillies, je crains ses ruades, il est du pays des mulets.
Autre exemple.
Prenez garde que ce ne soit un leure pour les faire venir sur le poing.
Autre exemple.
C’est un serpent à qui on a écrazé la teste, & qui neantmoins menace de la queuë, il veut dire que c’est un homme qui est comme perdu, & qui menace encores de faire quelque effort.
DES METAPHORES IDENTIQUES.
Quelque mine qu’il luy fasse, il luy creuse une mine.
Autre exemple.
C’est assez que Lucullus vienne chez Luculus.
Autre exemple.
Le feu veut du feu, c’est à dire, que l’amour veut de l’amour, & on dit là- dessus que Vulcan est mary de Venus.
Autre exemple.
Ils noircissent lour gloire en noircissant ses cendres.
Autre exemple.
On disoit qu’il effaceroit les taches du sang de Guyse par le sang du Roy de Navarre.
Autre exemple.
Celuy qui prend le tribut des peuples paye le tribut à la nature.
Autre exemple.
Les Romains, dit Hannibal, ont donc leur Hannibal, il entendoit parler de Eabius Maximus.
PETITES OBSERVATIONS
sur les metaphores.
Aristote dit qu’on ne se défie pas moins d’un discours qui paroist étudié, que d’un vin qui semble mixtionné, il semble par là qu’il condamne les ornemens, & par consequent les metaphores, neantmoins il dit ensuitte que comme on use souvent des translations dans l’entretient, elles ne peuvent faire tort à l’art.
Tous les Rheteurs enseignent qu’il faut que les metaphores soient tirées de ce qu’il y a de plus noble ou de plus vil dans le genre des choses dont on parle, & ainsi s’il s’agit de parler de ceux qui plaisent aux Princes, & que l’action de ceux qui leur plaisent soit le genre d’où l’on doive tirer la metaphore, on dira selon le noble que ce sont des adroirs, Et ainsi s’il est question de parler de ceux qui s’emparent du bien d’autruy, & que l’action de ces sortes de gens soit la source d’où l’on doive tirer la translation, on dira selon le noble, que ce sont des adventuriers, & on dira selon le vil que ce sont des voleurs.
Il ne faut pas donner des noms nobles à des actions méprisables, & ainsi Aristote a raison de reprendre Telephe dans Euripide, de ce qu’il dit de certains Pyrates, qu’avec leurs rames ils font les Roys sur la mer, car le met de Roy qui est le terme metaphorique, est trop noble pour estre attribué à l’exercice de la rame, qui est une action méprisable.
Les metaphores pour bien estre receuës ne doivent estre tirées ny des choses trop éloignées, ny des choses trop proches.
Des choses trop éloignées, car comme elles peinet l’esprit, elles ne plaisent pas.
Des choses trop proches, car comme elles sont familieres, elles semblent fades.
Celuy, par exemple, qui appelleroit Casserons, des soldats lasches, comme fit Themistocles, pourroit ne pas agréer, car à moins de se resouvenir que ce sont des poissons de mer qui ont une espece de couteau au milieu de la teste, & qui n’ont point de cœur, cette façon de parler ne feroit point une agreable impression.
Athenée dit quelque chose de ces sortes de poissons.
Celuy encores, par exemple, qui diroit que le sein d’une certaine Dame seroit d’albatre, ne diroit rien qui arrestast l’esprit, car c’est une loüange qui est tirée d’une chose vulgaire.
La regle des choses trop proches reçoit une exception, car quand ce qu’on doit exprimer n’a point de nom, il faut qu’en le nommant on découvre ce que c’est. Aristote rapporte icy un enigme fameux, J’ay veu une chose admirable, J’ay veu un artisan qui avecque du feu colloit de l’airain sur la chair d’un malade.
Remarquez que la maniere d’appliquer des ventouses n’avoit point de nom, & que le mot de coller a esté heureusement trouvé.
Il faut, dit Aristote, que les termes qui composent les metaphores analogiques se puissent heureusement transposer, & ainsi s’il est vray de dire de la vieillesse qu’elle est l’hyver de la vie, il faudra par la raison du rapport qu’il soit vray de l’hyver, que c’est la vieillesse de l’année, & ainsi s’il est vray de dire que la couppe de Bacchus est son bouclier, il faudra par la raison de l’analogie qu’il soit vray de dire du bouclier de Mars, que c’est sa tasse.
Toutes les metaphores doivent estre fondées sur l’analogie, mais parce que la convenance est plus ou moins grande, on appelle analogiques les metaphores les plus exactes.
Il ne faut pas dans les metaphores que les mots qui les composent se combattent, & ainsi parlant d’un paillard, d’un luxurieux, on ne doit pas dire ce qu’on dit souvent, que c’est un vieux tison; car, quoy que l’amour soit un feu, & que le feu convienne au tison, neantmoins cette metaphore est contradictoire, la raison est que le feu est extremement actif, & que la vieillesse de la flamme est incompatible avecque la durée de la matiere.
Ceux qui ont fait des reflexions sur le traitté des metaphores, ont reduit toutes les especes de translations au nombre de quatre.
La premiere transfere les choses qui n’ont point d’ame, à celles qui n’en ont point aussi & cela arrive quand nous disons, c’est un fleuue de liqueur, c’est un abisme de biens.
La seconde transfere les choses animées aux animées, & cela arrive quand nous appellons un Prince Pasteur & un peuple trouppeau.
La troisiéme transfere les choses animées aux choses qui n’ont point d’ame, & cela arrive quand nous disons; la mer se courouce, la flèche vole.
Et la quatriéme transfere les choses, inanimées aux animées, & cela arrive quand nous disons; son cœur est de bronze; cét homme est un cube.