Bary, 1660 : La Rhetorique Francoise

Définition publiée par Dylan VANOTTI

René Bary, La Rhetorique Francoise Ou L'On Trouve de nouveaux Exemples sur les Passions & sur les Figures. Ou l'On Traite à Fonds de la Matière des Genres Oratoires, Paris, Pierre le Petit, 1660, troisième partie, « De la Ratiocination », p. 456

DE LA RATIOCINATION.

Cette figure consiste à donner raison des demandes qu’on fait à soy-mesme, & à éclaircir de suite en suite la proposition qu’on a mise en avant.

Exemple.

Quand nos anciens condamnoient une personne pour un grand crime, ils ne la condamnoient pas moins pour le mal qu’elle pouvoit faire, que pour celuy qu’elle avoit fait; Et pourquoy? parce que les crimes s’entresuivent, & qu’une femme, par exemple, qui partage son lit, est dans la derniere disposition de passer de l’adultere à l’empoisonnement, ou de la crainte aux embusches; Mais sur quoy fondoient-ils l’opinion qu’ils avoient de l’adultere : Sur ce qu’une courtisanne deshonnore ses parens & son mary, & que comme on apprehende souvent le ressentiment de ceux qui ont quelque empire sur nous: on s’efforce souvent aussi de prevenir par quelque adroite cruauté les maux dont on nous menace.

Autre exemple.

La Religion est une retraite heroïque, & sur quoy est fondée cette loüange? sur ce que le monde flatte les sens, & que le Monastere les mortifie: On donne des témoignages de sa précaution, lors qu’on se dépoüille de son bien: & d’où peut-on tirer les preuves de ce sentiment ? du danger des richesses. C’est choisir le veritable moyen d’estre sauvé que de choisir pour son sejour le sejour des austeritez: & qui verifie cette proportion? la necessité de la penitence. Il faut renoncer aux délicatesses de la nourriture. Il faut combattre ses appetits: Et pour quelle raison? parce que la bonne chere produit souvent de dangereux effets & qu’on ne peut rejetter la mortification du corps, qu’on ne neglige le salut de l’ame: On doit preferer les frequentations religieuses aux familiaritez mondaines:Et à cause de quoy? parce que dans la vie retirée, on est éloigné des occasions tentatives, & qu’on a tousjours devant ses yeux des exemples de sainteté, & que dans la vie éclatante, il est difficile d’avoir l’œil curieux, & le cœur indifferent, d’avoir l’ame chaste & l’oreille attentive, d’estre au milieu des plaisirs, & d’estre dans la retenuë.