Étienne Dubois de Bretteville, 1689 : L’Éloquence de la chaire et du barreau

Définition publiée par Kayirici

Étienne Dubois de Bretteville, L’Éloquence de la chaire et du barreau selon les principes les plus solides de la rhétorique sacrée et profane, Paris, Denys Thierry, 1689, p. 132-134

La Proposition est une exposition nuë, simple, courte & naturelle du sujet que l’on doit traitter.

Par exemple :

« Ma Partie adverse pretend, Messieurs, qu’une fille âgée de vingt-cinq ans est exemte de tous les devoirs naturels ; & qu’elle n’est point tenuë d’avertir son pere, ny de penser même s’il est au monde, lors qu’elle desire de se marier. »

« Et moy je soutiens au contraire, qu’une fille majeure est encore fille ; que l’Ordonnance du Roy Henry II. est une Loy inviolable ; & que l’autorité des peres établie par toute la Justice Divine & humaine, n’est pas une chimere, une imagination, un songe : mais quelque chose de vrai, de solide, & de sacré. »

« Elle estime que la seule qualité de fille, quoy que coupable, quoy qu’indigne, quoy que dénaturée, vous touchera plus sensiblement, que celle d’un pere innocent, affligé, meprisé ; & que vous jugerés qu’il devoit se souvenir d’elle dans son Testament avec des témoignages de bienveillance, & des eloges d’honneur, quoy qu’elle l’ait oublié dans son mariage par un mépris injurieux, & par un orgueïl insupportable. »

« Et moy je soûtiens au contraire, qu’une fille ne peut rien prétendre aux droits de la nature, lors qu’elle les a violés : qu’elle est autant obligée d’honorer son pere, parce qu’elle en a reçu la vie ; que luy de l’aimer, parce qu’il la luy a donnée ; & par consequent qu’il n’est plus obligé d’avoir les sentimens d’un pere pour elle, lors qu’elle n’a plus ceux d’une fille pour luy. Ainsi, Messieurs, j’espere de vôtre Justice un Arrêt qui conservera les dernieres, mais les plus precieuses reliques de l’autorité paternelle ; & l’Intimée en desire un qui les efface. »