SERMO / ENTRETIEN
L’Entretien [sermocinatio] ou dialogue est une conversation fictive, où la parole est donnée tantôt à une seule personne, tantôt à plusieurs qui conversent ensemble, comme dans l’exemple suivant :
« Un riche marchand, non moins recommandable par sa fortune que par son âge, avait une fille qu’il maria à un jeune homme de grande noblesse, et à qui il donna comme dot tout ce qu’il possédait. Il reconnut bientôt son erreur, en se voyant indignement méprisé par sa fille et par son gendre. Les choses en vinrent au point qu’ils ne daignaient pas même le regarder quand ils le rencontraient. Le pauvre vieillard ne perdit pas tout espoir d’améliorer son sort, et voici l’adroit projet qu’il conçut. Il alla trouver un de ses amis à qui il conta son malheur, et lui exposa ce qu’il avait imaginé. « Prêtez-moi », lui dit-il, « pour quelques jours une certaine somme d’argent. – Prenez », lui dit son ami, « ce que vous voudrez dans ce coffre-fort. » Notre homme prit une grosse somme, et retourna chez lui plein d’espoir. A peine était-il rentré dans sa chambre, qu’il entendit son gendre monter l’escalier ; immédiatement il fut se cacher dans le salon, répandit l’or sur la table, et compta à haute voix les pièces en les faisant sonner. À ce son, le gendre accourut, etc. « Je vous félicite, mon père », lui dit-il, « de ce qu’il vous reste encore une telle fortune pour faire du bien à vos enfants. – C’est une somme que j’ai reçue aujourd’hui d’un débiteur », répondit le vieillard, « et je n’oublierai pas d’en faire part à mes amis. » Le gendre alla immédiatement raconter à sa femme ce qu’il venait de voir, etc. « Que nous sommes insensés et crédules ! » dit le gendre, « notre petit vieux possède encore beaucoup d’argent. – Vraiment », lui répondit sa femme ; « a-t-il encore beaucoup d’argent ? arrangeons-nous de telle sorte qu’il nous revienne entièrement. » Et, sans attendre, elle court chez son père, prend son air le plus gracieux, le salue, et lui parle de la manière la plus douce. « Grâce à Dieu », lui répond son père, « je vais très bien, et je me réjouis de ce que tu viens fort à propos, car j’ai l’intention de faire mon testament, et de te déclarer mon héritière. – Tu me rends bien heureuse », lui répondit sa fille. « Mais pourquoi me le cachais-tu, mon père ? Ne suis-je pas ta fille qui t’aime plus que ses yeux ? – J’en suis convaincu », répondit le vieillard, « mais on ne peut pas divulguer tout, à tout propos. Fais venir de suite le notaire. » Ce dernier arrive, et rédige le testament. Dès lors, le vieux père est l’objet de tous les soins. Il meurt ; on lui fait de magnifiques funérailles ; on ouvre le testament : la ruse se déclare et nos fourbes n’ont plus qu’à la déplorer. »