PROPOSITIO / MAJEURE DU SYLLOGISME - DESSEIN, PROPOSITION DU DISCOURS
De quoi se compose le syllogisme ? R. De trois parties < principalement > : de la proposition ou majeure, de la mineure et de la conclusion. Exemple :
Il faut éviter toute espèce de vice (proposition ou majeure).
Or la paresse est un vice (mineure).
Donc il faut éviter la paresse (conclusion).
Si l’on ajoute une preuve à la proposition, et si à la mineure on ajoute pareillement la confirmation de ce qu’elle énonce, on aura un raisonnement syllogistique composé de cinq parties.
< Donnez un exemple. R. > Il faut éviter toute espèce de vice (proposition), parce que le vice est honteux et pernicieux (voilà la preuve de la proposition) ; or la paresse est un vice (mineure), elle est contraire à la raison, elle est cause de malheurs innombrables (voilà la preuve de la mineure) ; il faut donc éviter la paresse (conclusion).
Doit-on toujours suivre l’ordre syllogistique ? R. Non : pour éviter la fatigue et l’ennui, on peut varier le syllogisme de plusieurs manières ; on commence tantôt par la mineure, tantôt par la conclusion.
[...]
ARTICLE 1
Proposition du discours
Après l’exorde viennent immédiatement la Proposition et la Division. < La Proposition doit être une et non complexe [multiplex], parce que l’unité du discours dépend de l’unité de la proposition. Or la proposition est une quand elle ne renferme qu’une pensée [sententia] simple. Ainsi : « il faut faire la guerre » ; « la littérature [tractatio litterarum] illustre les villes où elle se développe » ; « telle est l’éducation de la jeunesse, tel est l’État » ; « comment il faut expliquer les auteurs profanes dans les établissements chrétiens » ; « il vaut mieux lire peu de livres qu’en lire beaucoup » ; et autres pensées de ce genre. D’après ce que nous venons de dire, < on comprend que > tout problème ou toute question [quaestio] qui prête à la discussion de part et d’autre [quae disputatur in utramque partem] convient beaucoup moins à l’unité du discours ; il en résulte < en effet > une double proposition ; telle est, par exemple, cette question : les armes doivent-elles céder à la toge ? ou la toge doit-elle céder aux armes ? Si vous commencez par parler de la toge, il faudra ensuite parler des armes, il y aura là un double discours.
Toute proposition doit présenter quelque chose d’agréable, de nouveau, d’utile, et elle doit être susceptible de discussion [contentio] et de controverse. En effet, si une proposition n’a pas besoin de raisonnement pour être prouvée, elle se réduit alors à une simple exposition, < ou bien > à quelques ornements [exornatio rerum] ; elle diffère à peine de la narration historique, et l’on ne prononce pas, à proprement parler, un discours quand on entreprend, par exemple, de décrire les mœurs des courtisans, ou la laideur de l’avarice, ou bien tout autre sujet semblable qui se borne à un développement [explicatio], sans donner lieu à une discussion [contentio]. Cela ressort du reste de la définition même du discours < lequel n’est rien d’autre que l’ouvrage de l’orateur. Or l’orateur est celui qui s’efforce de persuader par la parole. > Il faut encore que la proposition soit appropriée à l’âge, à la condition, aux mœurs de l’orateur, ainsi qu’à l’auditoire, au temps et au lieu où l’on se trouve.
Il faut ordinairement diviser la proposition, en plusieurs parties, < d’un côté > parce que la division [partitio] met de la clarté et de l’ordre dans le discours, < de l’autre côté parce > qu’elle aide la mémoire de l’orateur et de l’auditeur. Voici les règles de la division [divisio]. – Il faut que les parties annoncées embrassent la totalité du discours, avec correspondance complète [adaequent]. – Que ces parties ne soient pas trop nombreuses : on partage ordinairement le discours en trois parties, quatre au plus. – Il faut que ces parties soient bien distinctes < et opposées > entre elles ; que l’une d’elles n’en renferme pas une autre. – Qu’elles soient claires, faciles à saisir ; qu’elles ne soient pas tirées de trop loin, obscures [reconditae], entortillées et préparées plutôt pour faire briller le talent de l’orateur que pour séparer nettement les parties du sujet à traiter. – Il faut enfin que l’on suive dans le développement des parties l’ordre dans lequel elles ont été exposées. >