Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, deuxième partie, "< De la deuxième partie de l'éloquence ou > de la disposition du discours", chap. III, "Des différentes espèces d'argumentation", "Le syllogisme", "Proposition ou majeure", p. 124-127 et chap. V, "Règles à observer dans chaque partie du discours", art. I, "Proposition du discours", p. 130-133. 

Définition publiée par RARE, le 05 juin 2020

De quoi se compose le syllogisme ? R. De trois parties < principalement > : de la proposition ou majeure, de la mineure et de la conclusion. Exemple : 

Il faut éviter toute espèce de vice (proposition ou majeure). 

Or la paresse est un vice (mineure). 

Donc il faut éviter la paresse (conclusion).

Si l’on ajoute une preuve à la proposition, et si à la mineure on ajoute pareillement la confirmation de ce qu’elle énonce, on aura un raisonnement syllogistique composé de cinq parties. 

< Donnez un exemple. R. > Il faut éviter toute espèce de vice (proposition), parce que le vice est honteux et pernicieux (voilà la preuve de la proposition) ; or la paresse est un vice (mineure), elle est contraire à la raison, elle est cause de malheurs innombrables (voilà la preuve de la mineure) ; il faut donc éviter la paresse (conclusion). 

Doit-on toujours suivre l’ordre syllogistique ? R. Non : pour éviter la fatigue et l’ennui, on peut varier le syllogisme de plusieurs manières ; on commence tantôt par la mineure, tantôt par la conclusion.

 

[...]

 

ARTICLE 1

 Proposition du discours

 

Après l’exorde viennent immédiatement la Proposition et la Division< La Proposition doit être une et non complexe [multiplex], parce que l’unité du discours dépend de l’unité de la proposition. Or la proposition est une quand elle ne renferme qu’une pensée [sententia] simple. Ainsi : « il faut faire la guerre » ; « la littérature [tractatio litterarum] illustre les villes où elle se développe » ; « telle est l’éducation de la jeunesse, tel est l’État » ; « comment il faut expliquer les auteurs profanes dans les établissements chrétiens » ; « il vaut mieux lire peu de livres qu’en lire beaucoup » ; et autres pensées de ce genre. D’après ce que nous venons de dire, < on comprend que > tout problème ou toute question [quaestio] qui prête à la discussion de part et d’autre [quae disputatur in utramque partem] convient beaucoup moins à l’unité du discours ; il en résulte < en effet > une double proposition ; telle est, par exemple, cette question : les armes doivent-elles céder à la toge ? ou la toge doit-elle céder aux armes ? Si vous commencez par parler de la toge, il faudra ensuite parler des armes, il y aura là un double discours.

Toute proposition doit présenter quelque chose d’agréable, de nouveau, d’utile, et elle doit être susceptible de discussion [contentio] et de controverse. En effet, si une proposition n’a pas besoin de raisonnement pour être prouvée, elle se réduit alors à une simple exposition, < ou bien > à quelques ornements [exornatio rerum] ; elle diffère à peine de la narration historique, et l’on ne prononce pas, à proprement parler, un discours quand on entreprend, par exemple, de décrire les mœurs des courtisans, ou la laideur de l’avarice, ou bien tout autre sujet semblable qui se borne à un développement [explicatio], sans donner lieu à une discussion [contentio]. Cela ressort du reste de la définition même du discours < lequel n’est rien d’autre que l’ouvrage de l’orateur. Or l’orateur est celui qui s’efforce de persuader par la parole. > Il faut encore que la proposition soit appropriée à l’âge, à la condition, aux mœurs de l’orateur, ainsi qu’à l’auditoire, au temps et au lieu où l’on se trouve.

Il faut ordinairement diviser la proposition, en plusieurs parties, < d’un côté > parce que la division [partitio] met de la clarté et de l’ordre dans le discours, < de l’autre côté parce > qu’elle aide la mémoire de l’orateur et de l’auditeur. Voici les règles de la division [divisio]. – Il faut que les parties annoncées embrassent la totalité du discours, avec correspondance complète [adaequent]. – Que ces parties ne soient pas trop nombreuses : on partage ordinairement le discours en trois parties, quatre au plus. – Il faut que ces parties soient bien distinctes < et opposées > entre elles ; que l’une d’elles n’en renferme pas une autre. – Qu’elles soient claires, faciles à saisir ; qu’elles ne soient pas tirées de trop loin, obscures [reconditae], entortillées et préparées plutôt pour faire briller le talent de l’orateur que pour séparer nettement les parties du sujet à traiter. – Il faut enfin que l’on suive dans le développement des parties l’ordre dans lequel elles ont été exposées. >