Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, cinquième partie, "Exercices préparatoires < d'Aphthonius >", II. "Deuxième exercice préparatoire, De la chrie" p. 286-355. 

Définition publiée par RARE, le 07 juin 2020

DEUXIÈME EXERCICE PRÉPARATOIRE

De la chrie

 

CHAPITRE 1

DE LA CHRIE < ET COMBIEN ELLE A D’ESPÈCES >

 

Qu’est-ce que la Chrie ?

C’est l’exposition utile, ou bien l’explication, le développement d’un mot, ou d’un fait, ou de tous les deux ensemble.

Pourquoi donne-t-on le nom de Chrie à ce genre d’amplification ?

Parce que le mot chrie signifie en grec usage, utilité ; c’est pour cela que certains auteurs donnent à la chrie l’appellation d’usage.

Combien y a-t-il de chries ?

Il y en a trois : la chrie active, la chrie verbale, et la chrie mixte.

Qu’est-ce que la Chrie active ?

C’est la chrie où l’on expose, où l’on développe [exornat], une action ou un fait. 

< Donnez un exemple. >

Les Lacédémoniens pour donner à leurs enfants l’horreur de l’ivresse, les mettaient en présence d’esclaves complètement ivres, afin que ce spectacle dégoûtant les détournât de se livrer à ce vice.

< Le septième roi de Rome, Tarquin le Superbe, ne répondit rien à un légat que lui avait envoyé son fils pour lui demander ce qu’il voulait qu’il fît dans la cité de Gabies afin de la soumettre au pouvoir de son père, mais il passa dans le jardin de son palais, suivi du messager qui attendait sa réponse et, tout en y déambulant, il décapita en silence à coups de bâton les têtes de pavots ; son fils en déduisit qu’il devait éliminer les grands de la cité, ordre qu’il exécuta promptement : c’est ainsi que toute la cité tomba au pouvoir de Tarquin. >

Qu’est-ce que la Chrie verbale ?

C’est celle où l’on développe des mots et des pensées sages. 

< Donnez un exemple. >

1. Il est plus difficile de faire ce qui est ordonné, que d’ordonner ce qu’il faut faire. < 2. On combat parfois avec plus d’acharnement pour son foyer que pour ses autels. 3. Pour ceux qui s’écartent du sommet, il est facile de tomber au fond de n’importe quel précipice. 4. Il n’est pas à la portée d’un même individu et d’allumer un incendie et, une fois l’incendie allumé, d’en limiter l’étendue et l’intensité. 5. Les largesses faites à la communauté, tous les acceptent, mais aucun ne les retourne. >

Qu’est-ce que la Chrie mixte ?

C’est celle qui comprend un fait et une pensée ou une sentence. 

< Donnez un exemple. >

Diogène ayant vu l’effronterie et l’impudence d’un enfant frappa son précepteur < à coups de bâton > en ajoutant aux coups ces mots-ci : « Est-ce ainsi que tu élèves cet enfant, confié à tes soins ! »

< Alors que le roi des Scythes était sur le point de mourir et qu’il avait convoqué ses quatre-vingt fils, il présenta à chacun d’eux un paquet de javelots à briser, mais en vain : qui donc pourrait briser tant de javelots attachés ensemble ? Quant à lui, retirant l’un après l’autre chacun des traits, il les brisa sans aucun mal et joignit à ce geste un illustre conseil : « Aussi longtemps que vous unira une affection réciproque, leur dit-il, aussi longtemps vous serez invulnérables et invincibles ; mais si quelque dissension vient à vous diviser et vous désunir, vous serez facilement vaincus. » > 

 

CHAPITRE 2

PARTIES DONT SE COMPOSE LA CHRIE

 

De combien de parties < ou points essentiels > une chrie se compose-t-elle ?

De huit, savoir : l’Éloge [Encomium], la Paraphrase, la Cause, le Contraire, le Semblablel’Exemple, le Témoignage des anciensl’Épilogue.

Que signifie le mot Encomium ?

C’est qu’il faut commencer une Chrie par l’éloge de celui qui a dit un mot ou fait une action pouvant être le sujet d’une chrie.

Que signifie le mot Paraphrase ?

On entend par paraphrase l’amplification d’un mot ou d’un fait. La paraphrase n’est en latin qu’une interprétation plus libre et un développement plus clair d’un mot quelconque.

Que signifie le mot Cause ?

On entend par cause l’obligation de motiver l’argument que l’on a à développer. – Ainsi dans cette sentence : Tout obéit à l’argent, il faut chercher pourquoi tout obéit à l’argent qui est comme le maître de toutes choses, la cause, le motif qui, avant tout autre, se présentera à notre esprit ; c’est que l’argent est nécessaire pour presque tout.

Que signifie le mot Contraire ?

C’est qu’il faut confirmer par les contraires ce que nous avons à prouver. Ainsi : De même que tout obéit à l’argent, c’est-à-dire, comme les gens riches exercent leur empire sur les autres mortels et paraissent avoir la permission de tout faire, par contre, les pauvres traînent avec peine leur misérable vie ; ils sont méprisés et forcés d’obéir aux volontés des autres.

Que signifie le mot Semblable ?

Il nous apprend qu’il faut orner une pensée de quelques ressemblances. Ainsi : De même que les sujets sont les humbles serviteurs du roi, et qu’ils dépendent tous de lui, de même tout obéit à l’argent.

Que signifie le mot Exemple ?

Il nous avertit qu’il faut appuyer sur un exemple ce que nous voulons établir. Ainsi, voulez-vous prouver que l’argent est le maître de tout, vous direz que c’est par des largesses que César s’était préparé le moyen d’arriver à exercer son empire sur l’univers.

Que signifie le mot Témoignage des anciens ?

Il veut dire qu’il faut appuyer ce qu’on avance sur l’autorité d’un auteur ancien. Ainsi : je dirai que Virgile a pensé comme moi, que l’argent est tout-puissant, quand il s’est écrié : 

              

À quoi ne forces-tu pas le cœur de l’homme, 

Faim maudite de l’or ! 

 

Que signifie < enfin > le mot Épilogue ?

Il veut dire qu’il faut conclure en quelques mots bien appropriés tout ce qui a été dit.

 

CHAPITRE 3

PREMIER POINT ESSENTIEL DE LA CHRIE

 

Pourquoi commençons-nous une chrie par louer l’auteur d’une pensée ou d’un fait à amplifier ?

C’est que plus celui qui parle, ou qui agit, a d’autorité, plus ses paroles ou ses actions ont de poids. Quand nous avons une pensée ou un fait à développer, nous devons donc commencer par en louer l’auteur, pour nous concilier non seulement la bienveillance des auditeurs, mais encore par respect pour nous-mêmes.

De quelle manière [ratio] doit-on louer l’auteur d’une chrie ?

De deux manières [cautio], d’abord en ne lui donnant que des louanges vraies ; car ce n’est pas louer quelqu’un que d’en faire un éloge qu’il ne mérite pas, c’est se moquer de lui ; on pourra cependant, comme le dit Cicéron < dans ce cas >, accorder un peu plus d’éloges que ne concède la vérité, et employer en cette circonstance une figure qu’on appelle Hyperbole < ou Augmentation >Mais on ne doit s’en servir qu’avec modération. La seconde manière de louer, est d’approprier l’éloge au caractère, à la nature, à la situation de celui qu’on loue. Ainsi, on ne doit pas louer un poète de sa force physique, mais de son génie ; un général de sa belle voix, mais de sa valeur, de sa science militaire.

Un élève. Donnez-nous, je vous prie, quelques idées sur la manière de commencer une chrie.

R. Je le ferai d’autant plus volontiers que les élèves, je le sais, n’ont rien qui leur coûte plus à composer que les exordes des chries. Quand ils ont à faire l’éloge de l’auteur d’un mot ou d’un fait, une fois qu’ils ont entonné cette phrase banale et puérile : « C’est avec raison qu’Isocrate est digne d’éloge », ils n’ont plus rien à dire. Pour remédier à cette difficulté, et les soulager dans cette partie ennuyeuse de leur travail, je vais donner des exemples variés d’exordes tirés de lieux et de figures de rhétorique ; ils apprendront à les imiter ou même à en composer de meilleurs.

 

Éloge de Cicéron

tiré de Définitions accumulées

Cicéron, que nous pouvons appeler, à juste raison, le roi du Forum, le triomphateur invincible des âmes, la gloire et l’honneur de la Rhétorique, le disciple ou plutôt le père de l’Éloquence, la source de l’élégance de la langue latine, disait ordinairement : Il n’y a que la faute et le péché dont l’homme puisse avoir horreur et qu’il doive craindre. Le plus sage des hommes a-t-il pu dire rien de plus vrai, et d’une manière plus brillante ? 

Je voudrais qu’on développât ensuite chacun des mots de cette pensée divine. Est-ce vrai, Cicéron, qu’on ne doit redouter rien plus que le péché ? Eh quoi ! ne doit-on pas craindre de perdre ses biens, de mourir, etc. ?

 

Éloge de Virgile

par l’Énumération des parties et par la Concession

Que d’autres louent dans ce prince des poètes latins, sa science rare, sa modestie, son mépris de la faveur populaire, sa charité, sa pudeur, grâce à laquelle il a évité les obscénités communes aux poètes païens ; pour moi, j’admire la prudence et la sagesse qui brillent dans un grand nombre de ses vers, quand il dit, par exemple, le seul salut pour les vaincus est de ne pas en espérer.

Expliquons ce mystère, on dirait que ces vers manquent de bon sens, si on examine légèrement la pensée du poète. Comment, direz-vous, vous prétendez que le vaincu, pour veiller à son salut, ne doit pas espérer de se sauver ? Certainement, répondrai-je, il ne doit avoir aucun espoir, car lorsqu’il verra qu’il ne lui reste aucun moyen de conserver la vie, que ne fera-t-il pas ? à quel carnage ne se livrera-t-il pas pour se dégager ? etc.

 

Éloge d’Aristote

par l’Étymologie du nom

Ce n’est pas sans un dessein de Dieu, < je crois >, que le nom d’Aristote a été donné au prince des philosophes. Que signifie en effet Aristos ? le Meilleur ; que signifie telos ? le suprême, le parfait < et l’absolu >. Ce nom a < certainement > été comme un présage de la gloire la plus brillante [absolutissima] dont ce grand homme a été tellement digne, qu’il semble que la sagesse a fixé sa demeure dans sa vaste intelligence, ou du moins on est porté à croire que la Providence l’a fait naître, pour qu’en lui brillassent la puissance et la beauté de tous les arts libéraux, tant il a dépassé < de beaucoup et de loin > par son génie les bornes de l’esprit humain. Écoutez ce qu’un jour ce grand homme dit, en l’honneur des belles lettres, à quelqu’un qui lui demandait en quoi les savants diffèrent des ignorants : Il y a entre eux, dit-il, la même différence qu’entre des vivants et des morts.

Ô réponse bien digne d’Aristote ! Ô parole digne du plus sage de tous les mortels ! Croyez-vous qu’elles vivent ces brutes qui passent leur vie dans l’ignorance absolue des arts libéraux ? Croyez-vous que ces hommes vivent, parce qu’ils sentent, qu’ils parlent, qu’ils jouissent de la lumière du jour ? Vous vous trompez, ce n’est pas là vivre, etc.

 

Éloge de Sénèque

par le Genre et l’Espèce

Sénèque, le plus sage des Romains, s’est acquis à juste titre une grande gloire par plusieurs actions d’éclat, par sa vie exemplaire, par la modération dont il fit preuve dans l’adversité aussi bien que dans la prospérité. Cependant son nom est encore plus illustre par les monuments de son génie qu’il a transmis à la postérité. Ils renferment de si belles maximes, qu’à défaut d’autre gloire, celle-là seule suffirait pour le rendre célèbre. On dirait qu’il ne parle pas comme les autres hommes, mais qu’il rend des oracles ; qu’il n’écrit pas comme le commun des mortels, mais qu’il fait des lois ; et qu’elles sont belles, ô Dieux ! qu’elles sont ingénieuses, qu’elles sont profondes ! Voulez-vous que nous en examinions une ? Voyez avec quelle expérience et quelle habileté il reprend et gourmande la mauvaise habitude qu’ont certaines personnes de blâmer tout ce que font les autres : nous voyons devant nous les fautes d’autrui, dit-il, et nous ne voyons pas les nôtres qui sont derrière.

< Il en est exactement ainsi. > C’est ce qu’un fabuliste a traduit, en disant : nous portons une besace où nous mettons sur le devant les fautes d’autrui, et les nôtres par derrière < en sorte que les nôtres, nous ne les voyons jamais, celles d’autrui, au contraire, se trouvent toujours sous nos yeux, etc. >

 

Éloge de César

par la Comparaison et les Contraires

Quoiqu’on ne puisse facilement décider si César l’emporte plus par son éloquence que par ses hauts faits, par son style que par son épée, par ses écrits que par ses actions, par ses commentaires que par ses victoires, par son talent oratoire que par son génie militaire, je pense qu’il a été plus grand écrivain que grand général ; que son éloquence a été supérieure à ses victoires ; je dirai même que sa supériorité dans les lettres surpasse sa grandeur d’âme, sa valeur, et ses succès dans la guerre. Qui ne conviendra en effet qu’il a déshonoré ses exploits par des désastres sans nombre ; qu’il a arrosé du sang des malheureux les lauriers qu’il a moissonnés ; qu’il n’a augmenté sa puissance que par le pillage des villes et des provinces conquises ; et qu’il n’est monté comme par degrés au faîte de la gloire, que par les dommages infligés aux étrangers, et par des massacres publics ; tandis que les victoires de son génie, les triomphes de son éloquence, n’ont jamais été non seulement funestes à personne, mais elles ont, au contraire, été des plus utiles à la postérité, et elles ont acquis à César une gloire immortelle. Appréciez ce que je viens de dire, et ce qu’on peut dire de César, réfléchissez sur cette pensée qui vient de lui, et, à la griffe, comme on dit, reconnaissez le lion : Rien, dit-il, ne doit être plus agréable à un général que de pardonner à des suppliants.

Écoutez, généraux, députés, tribuns des soldats, écoutez César, le premier et le plus grand de tous les généraux, écoutez ce qu’il dit au sujet des devoirs à observer dans la guerre ; apprenez de lui ce que vous devez faire, si vous voulez cueillir des lauriers, et remporter des victoires dignes d’être célébrées. < Rien, dit-il, > etc.

 

Éloge de Quinte Curce

par les Semblables

Quand je lis l’Histoire de Quinte Curce, ce qui m’arrive souvent, et que je l’approfondis, il me semble que je me promène dans un jardin magnifique, au milieu de plates-bandes émaillées de belles petites fleurs, dont l’agréable odeur m’engage, et me pousse, par un attrait irrésistible, à le lire de préférence à tout autre, et à en goûter les délices. En lisant son histoire, mon esprit travaille, attiré doucement, et comme entraîné par la variété merveilleuse des pensées qu’elle contient. Il en est cependant une que je préfère à toutes les autres, et que j’aime à admirer, avec plus de soin, comme on respire l’odeur d’une fleur rare. Il n’est pas de hauteur, dit-il, où la vertu ne puisse atteindre.

Quelle est en effet la hauteur, si grande et d’un si difficile accès qu’on l’imagine, où l’homme vertueux ne puisse espérer d’arriver et n’arrive ? quelles difficultés lui opposera-t-on qu’il ne brise ? quels sont les obstacles, si nombreux qu’ils soient, dont il ne triomphe ?

 

Éloge de Sévérinus Boèce

par les Effets

Si j’avais à rappeler dans un discours quel grand homme fut Sévérinus Boèce, combien il fut comblé de gloire de toute sorte, quelles faveurs il obtint auprès des rois, si j’avais à rappeler sa vive foi en Dieu, sa sagesse dans l’administration de l’État, sa profonde connaissance de toutes les langues, les témoignages qu’il a laissés de ses vertus, les revers, les chaînes, les tortures qu’il a endurés, la mort cruelle qu’il a supportée pour la défense de la religion catholique, je ne ferais certainement autre chose, à mon avis, que ce que fit un malencontreux personnage qui prétendait éclairer le soleil avec la lumière d’une chandelle : contentons-nous donc d’admirer un rayon de ce soleil de gloire ; passons sous silence ses actions glorieuses, réfléchissons sur ce qu’il a dit, et rappelons-nous surtout cette pensée digne de l’admiration de tous les siècles : Ceux qui font du mal sont plus malheureux que ceux qui le souffrent.

Qui croira que le persécuteur est plus à plaindre que celui qui est persécuté ? etc.

 

Éloge de saint Jérôme

par Accumulation de pensées morales

La puissance de son admirable génie et sa science, qui ont fait de saint Jérôme le plus célèbre docteur de l’Église, méritent au plus haut point la gloire et le respect. On ne saurait assez louer son érudition et sa connaissance parfaite de toutes les langues et de tous les arts libéraux, où il se montra supérieur. Cependant, de ses innombrables qualités, il n’en est pas de plus grande que la sagesse extraordinaire dont il donna des preuves pendant toute sa vie, et que les grandes et belles pensées répandues dans les monuments de science et d’érudition qu’il nous a laissés. Pour qu’on ne m’accuse pas d’exagération, je crois utile d’en citer une seule, et de la proposer à l’admiration de tous les hommes. « La seule liberté, dit-il, est de ne pas se rendre l’esclave du péché. » 

Eh quoi donc ? ô le plus grand des docteurs ! celui qui ne dépend que de lui, qui vit à son gré, celui-là n’est pas libre ? Non, il ne l’est pas. Celui que rien ne contraint, qui n’est poussé par aucun besoin, qui fait tout librement, vous prétendez qu’il n’est pas libre ? Non, je le prouverai, etc.

 

Éloge de saint Ambroise

par l’Interrogation et l’Augmentation

Quelle langue assez éloquente, quel talent de paroles assez souple et disert, quel genre de discours assez parfait, pourront exprimer et énumérer les titres de gloire que saint Ambroise s’est acquis par sa sainteté et la grandeur de son génie ? Les mots me manquent toutes les fois qu’examinant les travaux de rare érudition qu’il a transmis à la postérité, les grandes pensées qu’il a développées éloquemment de son vivant, et qu’il a consignées dans ses lettres, j’en admire la variété et la majesté. Cependant voici chez lui la pensée qui m’a paru toujours la plus belle de toutes, et que je regarde comme la plus utile et la plus nécessaire pour former les mœurs : La luxure est la pépinière et la source de tous les vices.

Si l’on veut triompher de tous les vices, le seul moyen est de déclarer la guerre à la luxure, et se montrer l’éternel ennemi de ce vice capital, etc.

 

Éloge de Diogène

par Accumulation et Antithèses

Cet homme, le plus pauvre et le plus riche des mortels, ce contempteur des choses humaines qui foulait aux pieds le faste et l’orgueil, ce philosophe ridicule et admirable, ce Diogène qui, tournait tout en dérision, a-t-il pu dire quelque chose de plus vrai et de plus ingénieux que sa réponse à la personne qui lui demandait quel était le fardeau le plus lourd à supporter ? C’est un ignorant, dit Diogène.

 

Éloge de Sénèque le tragique

par Antonomase

Quelle sagesse et quelle vérité dans cette pensée admirable de Sénèque, l’astre le plus brillant du théâtre espagnol, le premier de tous par la finesse de son esprit, et supérieur à tous par la noblesse de ses pensées ! Il ordonne le mal, celui qui ne le défend pas et n’empêche pas de le faire quand il le peut.

 

Éloge de Salluste

par l’Exclamation

Toutes les fois que je parcours, que j’examine attentivement les œuvres éternellement dignes d’admiration de Salluste, le prince de tous les historiens, à mon avis, je ne puis me contenir, et je m’écrie dans mon admiration : Ô grand homme ! le premier de tous dont on doit célébrer la gloire ! Ô génie digne d’être éternellement honoré ! Avec quelle prudence il a décrit tous les événements de son temps, avec quelle gravité il les a racontés, et a dit : La gloire de nos ancêtres est pour la postérité une lumière qui ne souffre pas qu’on laisse dans l’obscurité le bien et le mal qu’ils ont faits.

 

Éloge de Quintilien

par la Répétition

Ce n’est pas sans motif qu’on célèbre le talent et l’érudition de Quintilien, ce grand et savant déclamateur, ce maître des rhéteurs. Qui est plus éloquent que lui dans les éloges ? plus mordant dans la critique ? plus subtil dans la discussion ? plus fleuri dans les expressions, plus fin dans les idées ? Je ne l’ai jamais vu plus spirituel et plus pressant que dans cette pensée : On est assez riche quand on ne veut rien de plus que ce que l’on possède.

 

Éloge de Théophraste

par Apostrophe

Dites, Théophraste, vous le plus célèbre disciple du grand Aristote, vous qui avez acquis dans l’éloquence une telle gloire que Cicéron vous a appelé le plus savant et le plus éloquent des philosophes, dans quel but aviez-vous toujours à la bouche et répétiez-vous souvent : Le temps est le bien le plus précieux, alors que la plupart des gens passent leur vie dans les futilités et, ce qui est encore plus grave, dans les vices et les crimes ?

 

Éloge de Démosthène

par Suspension

Je souffre, dit un jour Démosthène. – Qu’est-ce qui vous fait souffrir, père et maître de l’éloquence, qui surpassez tous les orateurs par votre gloire dans l’art de bien dire, par la force, la sublimité, la chaleur, le raffinement du style, la composition ? Qu’est-ce qui vous fait souffrir ? la fortune, qui n’a pas exaucé vos vœux ? une maladie, ou quelque chagrin qui vous ont frappé ? – Je souffre de voir que des artisans se lèvent avant le jour et plus tôt que moi. – Ô admirable débat ! Ce grand orateur est affligé parce que des ouvriers se montrent plus diligents que lui, etc.

 

CHAPITRE 4

DE LA PARAPHRASE, SECOND POINT ESSENTIEL DE LA CHRIE

 

La Paraphrase n’est autre chose que le développement, l’exposition plus large d’une idée. On peut développer une idée quelconque, de la même manière qu’on amplifie une période. Souvent il suffit de développer chaque mot de la pensée en question. Ainsi, énoncez-vous cette pensée : Tout est commun entre amis : le mot tout comprend les richesses, les honneurs, le bonheur et le malheur ; par amis on entend non seulement ceux qui ne le sont que de nom, mais encore ceux qui s’aiment réellement, etc. Entourez ces explications de quelques figures et vous aurez une paraphrase. C’est ainsi que vous pourrez paraphraser. < Par exemple : > « Ô force admirable de l’amitié ! Elle unit deux cœurs et fait que tout est commun entre eux, non seulement parce qu’ils habitent la même demeure, parce qu’ils sont de la même patrie, mais encore par la plus douce conformité de sentiments. » (Continuez par subjection.) « Quelle est la chose que possède un ami, et qu’il ne mette pas en commun avec son ami ? A-t-il de la fortune ? il la partage largement avec lui ; des honneurs ? » etc.

 

< Vous plaît-il d’amplifier cette autre sentence ?

La fortune sourit aux audacieux.

Chacun de ces trois mots est à développer de façon semblable, selon une méthode elle aussi assez semblable. 

Vous expliquerez le premier mot par la subjection mêlée à de fréquentes répétitions ; par l’isocolon, etc.

Aux audacieux

Qui sont les audacieux ? Ce sont ceux que le danger n’effraie pas, qui mettent leur vie en péril, qui ne craignent ni les blessures, ni la mort, que nulle peur ne paralyse, que nul revers de fortune n’arrête ; qui, poussés par un illustre désir de gloire, se jettent les premiers dans le gros des bataillons ennemis, s’il faut engager le combat ; approchent les échelles, sautent les premiers dans le camp ennemi, s’il faut prendre d’assaut un rempart ; qui, même blessés, ne cèdent pas de terrain ; même abandonnés, ne pensent pas à la fuite ; même abattus, ne perdent pas courage. Si elle trouve de tels gens, 

la fortune

cette grande déesse, quoiqu’aveugle, inconstante, toujours changeante et incertaine et, comme le dit le prince des poètes lyriques, « constante à jouer son jeu capricieux », pourtant leur

sourit.

À l’abri du danger, invincibles au combat, insensibles aux revers, elle les garde, les défend, les protège, elle lève les obstacles, aplanit les difficultés, leur fraye une route vers la victoire, leur gagne les couronnes et les triomphes d’une gloire immortelle.

 

Prenons-en encore un exemple. 

Tant que tu seras heureux, tu compteras de nombreux amis.

Cette sentence consiste seulement en ces deux membres : I. Tant que tu seras heureux. II. Tu compteras de nombreux amis. Or c’est ainsi que je déploierai chacun d’eux, en examinant donc ce que c’est que d’être heureux ; puis ce que c’est que de compter de nombreux amis.

Tant que tu seras heureux.

Être heureux, c’est : 1. Jouir d’un destin prospère. 2. Posséder de grandes richesses. 3. Obtenir dignités et honneurs. Voici comment vous l’exposerez par une accumulation de synonymes :

Aussi longtemps que le destin répondra à tes souhaits et exaucera tes vœux ; aussi longtemps que tout se déroulera selon ta volonté ; tant que tu crouleras sous les richesses, les honneurs et tous les autres biens de la vie ; tant que fièrement ta maison, etc.

Tu compteras de nombreux amis.

Tu trouveras des gens en infinité pour se déclarer haut et fort tes serviteurs et tes obligés, pour te promettre leur singulier dévouement en tout genre de service qui vise ta gloire et tes intérêts, pour clamer publiquement qu’ils ne s’épargneront aucune peine pour toi, aucune charge, pour veiller à ce que toute chose t’agrée, pour t’entourer de tout leur soin et de toute leur attention. Ils accourront en foule à ta rencontre quand tu paraîtras en public, ils t’accompagneront, t’escorteront, t’accueilleront en termes déférents, te salueront avec amabilité, t’embrasseront, te vénéreront. >

 

CHAPITRE 5

TRANSITIONS POUR LIER ENTRE ELLES LES PARTIES DE LA CHRIE

 

Nous ajoutons certaines formules de transitions pouvant servir à toutes les chries, pour lier entre elles les différentes parties dont elles se composent. Nous avons déjà dit que ces sortes de transitions étaient à peine soumises aux règles de l’art. Elles sont naturellement tirées du sujet même, et le choix en est laissé à l’intelligence de l’orateur ou de l’écrivain. Néanmoins, pour que même en cette matière vous n’ayiez rien à désirer, je vais donner quelques formules de transitions qui puissent convenir à presque toute sorte de sujet. Prenons par exemple cette pensée : 

 

Le chemin qui conduit à la vertu est difficile.

 

Transition entre la paraphrase et la cause

Si vous me demandez la cause de la difficulté que l’on éprouve pour marcher dans le chemin de la vertu, je vous dirai que ce chemin est difficile, parce que, etc.

Me demandez-vous d’où vient cette difficulté ? vous ignorez donc qu’on n’en peut assigner d’autre que, etc.

< Voulez-vous apprendre de moi la cause de cette difficulté ? Écoutez. Ce chemin me semble difficile, parce que, etc. >

Il n’est pas étonnant que le chemin de la vertu soit fatigant, car, etc.

Mais pourquoi nous étonnons-nous que le chemin de la vertu soit < aussi escarpé et > si embarrassé ? C’est que, etc.

La raison de cette difficulté me paraît toute naturelle, c’est que nous sommes enclins au vice, etc.

Entre la cause et le contraire

Le chemin du vice est au contraire facile et agréable. Nous y sommes portés si naturellement, que nous n’avons pas besoin de guide.

< Au contraire > qu’y a-t-il de plus facile que de glisser dans le vice ? qu’y a-t-il < au contraire > de plus doux, de plus charmant que le chemin du vice ?

Aucun chemin < au contraire > n’est plus accessible, plus débarrassé de tout obstacle < que celui qui conduit aux vices, ou plutôt nous y précipite >. 

Autant le chemin de la vertu est abrupt, hérissé de difficultés, autant celui qui nous entraîne au vice est agréable et toujours en plaine. 

Mais, ô misérable condition que la nôtre ! autant nous éprouvons de difficultés pour arriver à la vertu, autant nous goûtons de plaisir quand nous nous jetons dans le vice. 

Plût à Dieu que le chemin du vice fût aussi difficile que celui de la vertu ! Mais le vice et la vertu ne peuvent avoir rien de semblable ; c’est par la peine que nous arrivons à l’un, et par le plaisir que nous dirigeons vers l’autre ; 

Allons, jetez les yeux sur le chemin de la vertu ; ô Dieu, qu’il est malaisé !

Entre le contraire et le semblable

De même qu’il est ordinairement pénible de monter, et que monter est d’autant plus difficile que nous sommes plus faibles et que la colline est plus raide, etc.

De même qu’en fait d’architecture, construire exige un travail pénible, tandis que détruire n’en exige que fort peu, etc.

Voyez avec quel soin, quelle peine on peint un tableau qui peut être déchiré, détruit en un instant, de même, etc.

Ce n’est pas sans un pénible et long travail, ce n’est pas sans danger que l’on extrait l’or et le diamant de roches inaccessibles, et des perles précieuses du fond de la mer.

Pensez au travail énorme qui est nécessaire pour apprendre les premiers éléments de tous les arts, et vous comprendrez, etc.

Entre le semblable et l’exemple

Je prends à témoin tous ces héros qui ont passé leur vie dans les tourments pour être vertueux. 

Je prends à témoin tous ceux qui, au prix de leur sang, ont acquis ce trésor, je vous appelle en témoignage, hommes et femmes illustres, et vous Alexis, et vous Carloman, pour arriver à la vertu, etc.

Ils savent à quel prix, par quelles fatigues on acquiert la vertu, ces grands saints, Athanase, Chrysostome, Basile, etc.

< Vous avez éprouvé cette peine, docteurs illustres, martyrs si invincibles, vierges si célèbres, pendant que…, etc. >

Qu’est-il besoin d’exemples pour établir ce que nous avançons ? Qui ignore en effet ce qu’ont eu à supporter ceux qui ont suivi le chemin de la vertu ? 

Vous demandez des exemples ? vous désirez produire des témoins ? parcourez les annales de toutes les nations, etc.

Entre l’exemple et le témoignage

C’est la signification que le Christ a voulu donner à ces paroles : La porte du ciel est étroite.

C’est encore ce que pensait celui qui disait : Les Dieux nous vendent tout au prix de longs travaux.

Pythagore a-t-il voulu dire autre chose en affirmant que la vertu ne peut s’acquérir sans peine ?

< Écoutez ce qu’Horace a écrit à propos de cette même sentence : « La vie n’a jamais rien accordé aux mortels sans beaucoup de travail. »

C’est précisément ce que tu voulais dire, Sophocle, quand tu affirmais que sans peine, l’être humain ne réussit jamais rien.

Mais pourquoi disputer davantage ? Écoutons avec quel brio Cicéron a précisément approuvé cette sentence. >

Formules d’Épilogues

Puisqu’il en est ainsi, qui n’avouerait que le chemin de la vertu est difficile, < que la chose est pleine d’embarras ? > etc.

Puisque les choses sont telles, il n’est personne, je pense, assez dépourvu de raison, pour ne pas, etc.

C’est pourquoi nous devons avouer que cet auteur n’a dit que la vérité en assurant que le chemin de la vertu est, etc.

< Et il s’en trouvera ensuite pour oser mettre en doute ce qui a été établi par tant de raisons ? Il est difficile, c’est évident, etc.

Mettons un terme à ce discours et emportons l’adhésion par cette parole visiblement oraculaire : rien n’est plus difficile que la pratique de la vertu, etc. >

Mais il est temps de terminer le discours, finissons donc en répétant, comme au commencement, que le chemin de la vertu, etc.

Ces formules d’épilogues et de conclusions sont banales [vulgares], et peuvent convenir [communes] à toutes sortes de sujets ; mais il en est de plus élégantes, de meilleures, que l’on tire du sujet < même de la Chrie >, ou, comme on dit, « des entrailles de la cause » ; on en verra plus bas des exemples variés.

CHAPITRE 6

EXEMPLES DE CHRIES

 

Nous avons dit qu’il y a trois genres de chries :

1° Celles qui consistent dans les mots et que l’on appelle verbales ;

2° Celles qui consistent dans l’action et que l’on appelle actives ;

3° Celles qui consistent dans les mots et dans l’action et que l’on appelle mixtes.

Nous donnerons des exemples de chacune d’elles, mais surtout des chries du premier et du second genre, et nous les développerons dans un style plus élégant que nous ne l’avons fait précédemment : on verra ainsi la différence qui existe entre ces deux manières d’écrire, ce qu’il faut éviter, et ce qu’il faut imiter.

 

Chrie verbale

< Sur ces propos du roi Salomon : >

Le nombre des sots est infini

 

[1. Éloge]

De toutes les maximes de Salomon, il n’en est pas de plus sage que celle-ci : Le nombre des sots est infini.

C’est ainsi que s’exprimerait un grammairien, mais un rhéteur lui donnera la forme suivante :

Un illustre roi qui, par sa sagesse extraordinaire et divine, a surpassé les autres mortels, et a reçu le nom glorieux de sage, nom qui, pour ainsi dire, est attaché à sa personne, Salomon, dis-je, a dans ses paroles et ses écrits fait preuve de sagesse ; mais il n’a jamais rien dit de plus conforme à la raison et à la vérité que lorsque, animé de l’esprit divin, il a déclaré que le nombre des sots est infini.

[2. Paraphrase]

Rien n’est plus vrai. Presque tous les hommes déraisonnent ; il n’est pas de lieu où l’on ne trouve des sots. Ils le sont en effet ceux qui préfèrent le vice à la vertu, la terre au ciel, la créature au créateur. Or il y a un nombre infini de sots de cette espèce, donc le nombre des sots est infini. 

Ce discours est grossier, sans élégance, on l’ornera de la manière suivante :

Le fait n’est que trop vrai : la plupart des mortels, je le dis sans haine, sont d’autant plus atteints de démence, qu’ils croient être plus sages que les autres ; où irez-vous, je vous prie, où vous ne trouviez des insensés ? le plus grand nombre de ceux que vous voyez, soigneux de leurs intérêts, goûtant les plaisirs de la vie, s’occupant activement de leurs affaires, et menant à bonne fin ce qu’ils ont entrepris avec prudence, ceux-là, dis-je, ceux que l’on vante comme sages, qu’on exalte comme prévoyants, comme ayant la vue perçante, comme ingénieux, ceux-là, Salomon, ce roi des sages, prétend avec raison qu’ils sont les moins sages et les plus sots. Quoi donc ? ne méritent-ils pas le nom d’insensés, de sots, ceux qui préfèrent la honte à l’honnêteté, la débauche à la tempérance, le vice à la vertu, la terre au ciel, les biens périssables aux biens éternels ? N’appellerai-je pas insensés ceux qui, faisant abandon des joies célestes d’une vie bienheureuse, ne recherchent que d’obscènes voluptés ? N’appellerai-je pas insensés ceux qui, pour un plaisir d’un instant, se préparent un supplice éternel ? qui, foulant aux pieds la raison, mènent une vie semblable à celle des bêtes, se laissent séduire par les vaines fumées de la gloire et ne jugent rien d’après les règles du bon sens et de la vérité ?

Voyez-vous la différence entre chacune de ces paraphrases ?

[3. Cause]

La cause de cette sottise si manifestement évidente, c’est que la plupart des gens ne prennent pas la raison pour guide, mais leurs désirs, qui les entraînent vers ce mode de vie dément. >

Exposez le même sujet par Allégorie

Peu de gens prennent pour guide de leur conduite la raison qui devrait tenir le gouvernail, et diriger le cours de la vie ; loin de là, on la rejette pour se précipiter dans le crime et la honte ; croupir dans la sentine des vices ; à sa place, la passion tient le gouvernail et expose l’homme aux troubles de l’âme qu’on peut comparer à de terribles tempêtes.

[4. Contraire]

< Au contraire, > le nombre des sages est extrêmement petit.

Développez cette pensée par Induction allégorique

Au milieu de tant de naufragés insensés, de rares sages apparaissent dans l’immense Océan de cette vie si orageuse. On ne compte qu’un seul Orphée, qu’un seul Ulysse, qui aient résisté au charme trompeur du chant des Sirènes, et qui n’aient pas perdu la raison, séduits par les enchantements de Circé ; qui n’aient pas traversé sans dommage les Scylles et les Charybdes ; et qui aient enfin abordé au port de la vertu. 

[5. Semblable]

Ainsi que les cailloux inutiles et les plantes qui n’ont aucune valeur, le nombre des sots est infini.

Développez cette pensée dans un style plus orné, par les incises et la répétition etc. >

Vous compterez plutôt les flots soulevés par la tempête, les feuilles des arbres que le froid de l’hiver fait tomber, les grains de sable poussés sur le rivage de la mer, que vous ne compterez les hommes dépourvus de raison et de prudence. C’est ainsi que la nature a voulu que tout ce qui est d’une valeur supérieure fût rare, et que ce qui n’a aucun prix se trouvât partout ; c’est ainsi que vous voyez en tous lieux des pierres et des cailloux dont on ne fait nul cas, des champs où pullulent les ronces et les plantes nuisibles, etc.

[6. Exemple]

Vous pourrez encore citer comme exemple Noé qui seul fut trouvé sage parmi les innombrables insensés de son époque.

Développez ainsi ce dernier exemple, manière de joindre le point suivant à celui qui précédait.

Ce n’est pas seulement au temps de Noé que les insensés commencèrent à être en nombre infini. Dès le berceau du monde ils devinrent si nombreux, qu’après 1556 ans, Noé fut le seul que Dieu déclara sage. D’après l’ordre du Très-Haut, il construisit, pour y recueillir la sagesse bannie de la terre, un navire où, seul avec les siens, il fut sauvé du naufrage qui fit périr le genre humain. 

[7. Témoignage des anciens]

David roi et prophète confirma la pensée de son fils Salomon quand il dit qu’on ne trouva pas un seul homme qui fût sage.

Employez ainsi ce > témoignage avec élégance en vous servant de l’apostrophe :

Vous avez vu, très saint prophète, dont la sagesse a été encore supérieure à celle de Salomon votre fils, combien cette pensée est juste. C’est de vous qu’il a tiré cette science et cette philosophie divine ; il vous avait certainement entendu quand, étonné et stupéfait du petit nombre des sages, vous vous écriiez que Dieu, après avoir examiné toutes les créatures, n’avait pas trouvé même un seul homme qui fût sage, qui suivît exactement le chemin de la vertu, qui menât une existence honorable. « Tous ont dégénéré, disiez-vous, il n’en est pas un seul qui ait du bon sens. »

[8. Bref épilogue]

Salomon a donc dit sagement que le nombre des sots est infini.

Terminez plus élégamment par l’interrogation rédigée en forme de période

Si l’on admet comme vrai ce dont tout esprit sain affirme la parfaite vérité, ne doit-on pas avouer que Salomon a fait preuve de la plus grande sagesse, en disant que le nombre des sots est si grand qu’on ne pourrait les compter ?

 

Chrie active

Saint François avec son compagnon parcourt la ville pour y prêcher d’exemple et non en paroles.

 

Je vais exposer le plan de chaque partie de cette chrie, pour qu’on puisse l’imiter facilement.

[1. Éloge]

Commençons par l’éloge de saint François.

Faites tous silence : François se prépare à prêcher. Voulez-vous remplir une page avec cette seule ligne ? Vous développerez les trois parties qu’elle contient. 1° Faites tous silence : Développez par l’énumération des parties, en vous adressant à tous ceux à qui on peut commander le silence. 2° François : Expliquez ce qu’est François, par différentes définitions, et par les effets. 3° Se prépare à prêcher : Exposez, en employant les circonstances, ce que c’est que se préparer.

Orateurs, faites silence ; taisez-vous, rhéteurs, prédicateurs ; écoutez ce nouvel apôtre, ce François, illustre défenseur de la pauvreté religieuse, ce généreux contempteur de la richesse, et ce riche partisan de l’indigence, ce savant littérateur, cet orateur éloquent ; François sort de sa cellule pour aller prêcher ; prêtez-moi toute votre attention.

[2. Paraphrase]

Vient maintenant la paraphrase ou plutôt l’explication de l’action qui fait l’objet de cette chrie, et que je résume en trois parties : François parcourt la ville en gardant un modeste silence.

Cette action doit être amplifiée par les circonstances et lesconséquents. Les circonstances sont le silence, et la modestie de François parcourant la ville. Les conséquents sont le concours de citoyens avides de le voir, c’est l’admiration qu’excite sa vertu, et qui est attestée par tant de marques

Vous traiterez cette paraphrase ou bien cette exposition par la correction oratoire, vous y ajouterez de fréquentes antithèses et des suspensions etc. >

Allons, ouvrez les yeux et voyez. Les oreilles ne seront d’aucun usage dans ce sermon, car il consistera dans le silence, et la voix ne s’y fera pas entendre : ce sont les actions, et non les paroles, l’exemple et non le discours, qui y joueront leur rôle. Qu’attendez-vous ? François ne monte pas en chaire, mais il descend au milieu de l’assemblée ; il n’entre pas dans le temple, mais il parcourt la ville ; il n’agite pas les mains pour faire des gestes, mais il les tient immobiles sur sa poitrine avec beaucoup de modestie. 

Néanmoins, quoique ce divin orateur ne prononce aucune parole, quoiqu’il n’interpelle et ne regarde personne, quoiqu’il marche en gardant le silence, d’innombrables auditeurs, hommes, femmes, viennent en foule au-devant de lui, pour l’écouter (mais je me trompe une seconde fois), pour le voir. Ils volent vers François, ils admirent la modestie de son maintien, sa patience, ils remarquent sa tenue misérable, ils vantent la sainteté de sa vie ; ce n’est pas seulement par des vœux qu’ils témoignent leur respect, mais encore par les marques de vénération qu’ils lui donnent en s’inclinant sur son passage. Les uns tombent à ses pieds, et lèchent les traces de ses pas imprimées sur le sol ; d’autres, d’une main tremblante, touchent les bords de son vêtement déchiré, et en coupent furtivement un morceau. Mais pourquoi rappeler une à une toutes ces marques d’honneur ? tous, par sa présence, sont enflammés du zèle de la vertu, de la crainte salutaire de Dieu, et ils pensent à la vie éternelle. Pendant ce temps, le saint homme rentre dans sa cellule, et comme son compagnon lui dit : « Que faites-vous ? où allez-vous, mon père ? vous étiez sorti, me disiez-vous, pour prêcher ? où est le sermon ? – Nous l’avons fait, lui répond François ; c’est dans l’exemple, et non dans la parole, qu’a consisté mon sermon. »

[3. Cause]

Comme cause de ce sermon fort utile et supérieur à tous les autres sermons, vous pourrez ajouter : « les exemples sont plus efficaces que les paroles ». Cette cause pourra être développée par accumulation, et amplification de pensées, termes signifiant à peu près la même chose. Vous commencerez par une exclamation. 

Ô magnifique sermon ! Ô discours sans paroles et néanmoins très éloquent ! Vous l’avez prononcé, ô François ! et ce discours a été celui dont vous avez retiré les plus heureux fruits. Vous avez persuadé d’autant plus facilement que votre main est plus persuasive que la langue, et que les exemples sont, pour triompher des âmes, des armes de guerre plus puissantes que les préceptes. En effet, les préceptes nous éclairent, mais les exemples nous enflamment ; ceux-ci nous appellent, ceux-là nous entraînent ; ceux-ci nous conseillent, ceux-là nous persuadent. Vous qui professez l’art oratoire, voulez-vous persuader ? voulez-vous aplanir le sentier si ardu de la vertu ? Allez, marchez en avant, donnez l’exemple, on vous suivra spontanément ; exhortez plutôt par des actes que par des préceptes ; ne vous bornez pas à peindre, seulement en paroles, la beauté céleste de la vertu, c’est à peine si l’on vous écoutera et si l’on vous croira ; mais montrez-en la beauté par votre conduite, vous enflammerez de son amour ceux qui la verront en vous.

[4. Contraire]

Montrez maintenant par le contraire que les paroles ne touchent pas autant que les exemples, et attaquez ces orateurs qui, ne faisant pas ce qu’ils enseignent, plaisent parfois, mais ne touchent jamais.

Et vous, vains orateurs, qui chatouillez des oreilles inexpérimentées par de douces paroles et une séduisante abondance de mots, vous n’obtenez qu’une fugitive faveur populaire, quelques bribes de renommée. Dites, je vous prie, dites-moi quelles émotions, quelles conversions, quels miracles de vertu ont obtenus les beaux discours que vous avez prononcés. Vous apportez ceux que vous avez longuement préparés, médités chez vous, vos phrases sont tirées au cordeau, d’une correction parfaite ; vous grossissez la voix, vous étourdissez de vos cris des auditeurs qui ne vous écoutent pas, quels fruits retirerez-vous de votre peine ? Vous êtes tout en feu, et vos auditeurs restent froids ; ils bâillent au plus beau moment de votre discours, et s’endorment quand vous tonnez. Pourquoi cela ? C’est que vos mœurs ne sont pas en rapport avec vos discours ; c’est que vous détruisez par vos actes ce que vous édifiez par vos paroles ; c’est que votre vie perverse contredit les conseils que vous donnez.

[5. Semblable]

Ce n’est point par une grêle qui tombe avec grand fracas, qu’une terre desséchée est arrosée, mais par une pluie douce qui tombe goutte à goutte ; ce n’est pas l’éclat de la foudre qui fait mûrir les moissons, mais les rayons bienfaisants du soleil, etc. 

Voyez avec quelle impétuosité les soldats se précipitent sur l’ennemi, avec quelle fureur ils font irruption dans la ville assiégée dont les remparts sont détruits, qui les entraîne au milieu des dangers, sans se préoccuper s’ils vivront ou s’ils mourront ? c’est un vaillant général qui, monté sur son cheval, marche en avant, agitant son épée.

[6. Exemple]

Cette pensée n’a pas de meilleur garant et de partisan plus digne du vieux saint François, que toi, François Borgia, très saint duc de Gandie. Ce grand homme et ce grand saint prêchait quelquefois en dehors de la ville, dans une vaste plaine où accouraient une multitude de personnes venues des villes voisines. Comme il ne pouvait se faire entendre d’une foule d’auditeurs trop éloignés de lui, et même se faire entendre de ceux qui étaient le plus rapprochés, parce qu’il ne connaissait point parfaitement la langue du pays, sa présence seule était un magnifique sermon. De tous les yeux coulaient des torrents de pieuses larmes ; quand on demandait aux assistants pourquoi ils pleuraient ainsi, « c’est que nous regardons un saint, disaient-ils, et sa présence est un sermon ».

[7. Témoignage des anciens ; et 8. bref épilogue]

Tant est vrai cet oracle du souverain pontife saint Léon : « les exemples valent mieux que les paroles, et les œuvres sont un enseignement plus puissant que les préceptes ». Tant il est juste de reconnaître que saint François n’a pu rien faire de plus sage que de parcourir la ville, en gardant le silence, et en prêchant cependant par l’exemple de sa modestie et de ses autres vertus.

 

Chrie mixte

Diogène, avec sa lanterne allumée, cherche un homme au milieu de la foule.

 

[1. Éloge]

Que cherches-tu avec ta lanterne, Diogène, ô le plus charmant des bipèdes ? qu’examines-tu, très sage farceur, avec cette lanterne allumée, au milieu du jour, au milieu de la place publique et de la foule ? Réponds, célèbre imposteur, que cherches-tu ? Écoutez sa réponse. « Je cherche un homme, dit-il. – Tu cherches un homme ? toi, homme, tu cherches un homme parmi les hommes ? tu cherches un homme, dans cette vaste place publique, au milieu de cette multitude d’allants et de venants ? Est-ce que tu es aveugle, ou fou ? crois-tu donc que ceux que tu vois ne sont que des ombres d’homme, et non des hommes véritables ? Ceux qui te saluent, qui te demandent ce que tu cherches, ne penses-tu pas que ce sont des hommes ? » 

[2. Paraphrase]

Non, Diogène ne le pense sans doute pas ; il cherche un homme, mais ce n’est pas un homme quelconque celui qu’il cherche, c’est un homme prudent, ayant du cœur, de la modération, du zèle pour la vertu, un sage enfin. Que penses-tu, toi qui te moques du dessein et de la réponse de ce philosophe ? quel est, je t’en prie, l’homme que tu penses être véritablement sage ? quel est celui que tu juges digne de cet illustre nom ? Est-ce celui qui croit que le bonheur consiste dans ce qu’il y a de plus honteux ? que rien n’est plus digne d’envie que ce qui charme les sens par des plaisirs obscènes ? qui, sans songer aux devoirs qu’imposent la raison et une vie honnête, va dans sa démence, là où la volupté l’attire, où la passion le pousse ? Il souille la dignité de l’homme, que le souverain créateur de toutes choses a établi maître du monde, et à qui il a soumis son empire. Celui qui mérite le nom d’homme, c’est celui qui, par sa grandeur d’âme, ses vertus, son mépris des biens et des plaisirs d’ici-bas, met un frein à ses passions, à l’avarice, n’obéit pas aux méchants, aux ambitieux et aux dépravés. Voilà l’homme que cherchait Diogène portant une lanterne en plein jour, pour le trouver plus facilement. 

[3. Cause]

Un homme de cette espèce ne se rencontre pas facilement, ou du moins il est fort rare. Pour en trouver un homme tel que tu le désires, Diogène, c’est la lampe d’un jugement plus sage qu’il fallait allumer en toi, et ne pas te contenter d’ouvrir les yeux. Presque tous les hommes ont les caractères physiques de la race humaine, mais quand les filtres de Circé les pénètrent de passions effrénées, ils se transforment en bêtes de différentes espèces ; les uns prennent la ruse du renard, d’autres ont et dépassent souvent la rage du lion ; chez d’autres, redoutez le venin du serpent, ou la stupidité et l’inertie des petits ânes ; la légèreté des oiseaux. 

[4. Contraire]

Si vous cherchez de tels hommes, vous n’avez pas besoin d’allumer votre lanterne, ni de parcourir les places publiques, les carrefours ; partout vous en rencontrerez en nombre infini, même les yeux fermés ; mais si vous voulez en trouver un véritablement sage, prenez une lanterne et faites-vous le compagnon de Diogène.

 

CHAPITRE 7

DIFFÉRENTS SUJETS DE CHRIES

 

J’ai pensé être agréable aux maîtres et aux élèves en ajoutant ici quelques sujets de chries, et en donnant un canevas sur lequel on travaillera à loisir. Les plans que je trace se rapportent d’abord aux chries verbales, puis aux chries mixtes, et enfin aux chries actives.

 

I. Chrie verbale

Elle se fera sur cette sentence :

Il n’est pas de chemin impraticable pour la vertu.

 

[1. Éloge]

On louera Ovide pour sa grande intelligence et pour sa sagesse, quand il a proféré ces mots : « Il n’est pas de chemin impraticable pour la vertu. »

[2. Paraphrase]

Le sens de cette sentence est qu’il n’y a rien de si difficile qu’un homme doué de vertu ne puisse accomplir. Devront ici être recensées l’une après l’autre ces difficultés : les épreuves, les misères, les faillites et infamies, les maladies, la mort enfin : et il faut montrer que toutes ces difficultés se laissent remarquablement vaincre par la vertu, et avec tant de bonheur que plus les épreuves sont pénibles, plus on en récolte de gloire et de riches sujets d’éloges.

[3. Cause]

Pourquoi n’y a-t-il pas de chemin impraticable pour la vertu ? Pourquoi n’y a-t-il aucune épreuve si grande qu’elle ne puisse se laisser vaincre par la vertu ? Il faudra en examiner la raison idoine : par exemple, que nulle épreuve n’effraie un homme doué de vertu, que la perspective de la mort elle-même ne le trouble pas, etc. Voyez l’ode d’Horace « L’homme juste et ferme… ».

[4. Contraire]

Au contraire, le vice est faible, mou, débile, et un homme privé de vertu se laisse briser même par la plus petite épreuve.

[5. Semblable]

Tout comme il n’y a rien qui ne vienne faire obstacle à la foudre, de même qu’il n’y a aucun nuage pour s’opposer au soleil, et qu’il ne puisse dissiper, de même qu’un torrent en crue, en dépit des digues qu’on lui oppose, emporte tout sur son passage, de même qu’un feu qui couve éclate inévitablement, et qu’il ne puisse se trouver placée au-dessus aucune masse si imposante qu’il ne détruise, de même la vertu, etc.

[6. Exemple]

Combien il a dû être difficile pour David, encore petit et sans armes, d’étrangler et de tailler en pièces des lions, des ours capturés de ses mains ? Il les a taillés en pièces. De vaincre et de terrasser en combat singulier un géant en armes ? Il l’a vaincu, terrassé, occis. Combien il a dû être éprouvant pour Joseph de supporter et de surmonter la jalousie de ses frères, leur cruauté, l’esclavage, la calomnie, les chaînes ? Il les a supportés avec courage, surmontés avec bonheur. On pourra procéder de la même façon à cet endroit par semblable induction au moyen d’exemples.

[7. Témoignage]

Quinte Curce s’accorde avec Ovide en termes presque identiques, quand il dit qu’il n’y a rien de si ardu que la vertu « ne puisse atteindre ».

[8. Épilogue]

On conclura par un bref épilogue, où nous nous inciterons nous-même à cultiver la vertu, dès lors qu’il n’y a rien de plus puissant qu’elle.

 

II. Chrie verbale

Le vice s’apprend, même sans maître.

 

[1. Éloge]

Il faut louer Sénèque de ce que, parmi les écrivains païens, il semble pouvoir revendiquer à juste titre pour soi le titre de maître ès vertus, surtout quand il a dit que « le vice s’apprend, même sans maître ».

[2. Paraphrase]

On expliquera cette sentence en montrant que point n’est besoin de fréquenter les classes de gens vicieux, de lire des livres pernicieux, d’écouter des précepteurs pervers, pour apprendre le vice, etc.

[3. Cause]

La cause pour laquelle le vice s’apprend sans effort ni études, c’est la dépravation de notre nature et notre propension innée au mal, que nous accentuons par nos vices de chaque jour.

[4. Contraire]

La vertu est contraire au vice : pour l’apprendre, le concours de combien de maîtres et de livres est-il requis ? de combien de préceptes, combien de conseils, combien de leçons avons-nous besoin ?

[5. Semblable]

La similitude se tirera de l’agriculture : pour faire pousser les mauvaises herbes et les plantes parasites, en effet, point n’est besoin de l’industrie d’un cultivateur, une terre en jachère produit naturellement à profusion épines et chardons, etc. De même les vices, etc.

[6. Exemple]

Peuvent servir d’exemple tous ces jeunes gens qui, nés dans une honorable famille et éduqués par d’honnêtes parents, mènent une existence perdue de vices.

[7. Témoignage]

Saint Jérôme a exprimé le même avis en ces termes : « On est enclin », dit-il, « à imiter le mal. »

[8. Épilogue]

De ces éléments, nous déduirons que Sénèque a fait preuve de sagesse en disant que le vice s’apprend même sans maître ; que nous ferons bien, si nous nous efforçons d’amender ce que nous avons déjà appris par nous-mêmes et dont nous instruirons peut-être même autrui, en maîtres hélas plus instruits qu’il ne sied pour enseigner le mal.

 

III. Chrie verbale

Les princes ne sont jamais seuls en faute.

 

[1. Éloge]

Il faut louer au passage celui qui a proféré cette sentence, Famiano Strada, un homme louable pour son éloquence, encore plus louable pour sa religion et un éminent historien de notre temps.

[2. Paraphrase]

On devra expliquer cette sentence, « Les princes ne sont jamais seuls en faute », en développant chaque mot en une ou plusieurs périodes. « Les princes », qui tiennent évidemment les rênes du pouvoir, qui sont à la tête de l’État pourvus de l’autorité suprême, les rois, les magistrats, les présidents, etc. « Si jamais ils sont en faute », s’ils commettent une infraction au droit et aux lois de la vertu. « Ne sont pas seuls », c’est-à-dire qu’ils ont, pour leur crime, bon nombre de complices ou d’imitateurs.

[3. Cause]

La cause pour laquelle ils ne sont pas seuls en faute, c’est qu’ils ont – puisqu’ils jouissent de l’autorité suprême et d’un immense pouvoir – d’innombrables flatteurs qui, pour entrer dans leurs bonnes grâces, cèdent à leurs pires caprices, et imitent ou flattent leurs vices. C’est que, deuxièmement, les actes des princes paraissent servir de lois à leurs peuples.

[4. Contraire]

Il se produit en pratique exactement le contraire, quand les princes règlent leur vie selon les principes de la vertu ; leurs exemples ont en effet énormément de force pour inculquer la vertu.

[5. Semblable]

Les gouvernements se fondent sur l’exemple et l’autorité des princes : quand les fondations croulent, c’est forcément tout l’édifice qui s’écroule. Les fautes des généraux en guerre et des amiraux en mer causent la perte non d’un seul, mais de la majorité.

[6. Exemple]

Si l’on avait besoin d’exemples, je dirais que l’ivrognerie de Néron a exercé une telle influence que Rome semblait transformée en autant de tavernes ; que la cruauté de Commode, lorsqu’il combattait en gladiateur, a tellement déteint sur les mœurs que même les femmes se sont produites dans l’arène en tenue de gladiateur.

[7. Témoignage]

On se rappelle ces vers de Claudien : 

 

Rejaillit sur la foule l’exemple de ceux qui dirigent : 

Comme pour leur clairon, le camp suit les mœurs de ses chefs.

 

IV. Chrie verbale

Le plaisir est l’appât de tous les maux.

 

[1. Éloge]

Plaute, l’auteur de cette sentence, recevra des éloges pour son admirable intelligence, surtout dans sa charmante description des mœurs et dans son habile critique des vices.

[2. Paraphrase]

On développera cette sentence par la similitude qu’elle contient : de même en effet que les poissons mordent à l’hameçon, de même les hommes se laissent appâter et prendre par le plaisir, et entraîner à toutes sortes de vices.

[3. Cause]

Vous me demandez la cause pour laquelle le plaisir attire les hommes vers le vice ? Moi, je vous demande en retour pourquoi les poissons se laissent prendre à l’hameçon. Parce que, me direz-vous, les poissons voient l’appât, sans voir le crochet de fer. Et moi je vous réponds exactement la même chose : parce que les hommes ne pensent qu’à la sensation de plaisir, sans penser à la douleur consécutive. Ils ne prennent pas en considération, quand ils fautent, les maux infinis et incalculables qu’entraîne un tout petit plaisir passager.

[4. Contraire]

Le labeur au contraire, s’il ne peut guère se définir comme l’appât du bien, sous prétexte qu’il n’offre aucun ravissement aux sens, doit certainement se définir comme l’origine de tout bien, car du labeur découle la véritable vertu, et de la vertu, l’honneur infini et le bonheur éternel.

[5. Semblable]

Quoique cette sentence comporte en soi sa propre similitude, le récit que font les poètes à propos des sirènes qui, postées le long de la côte, pêchaient comme des poissons les marins séduits et hypnotisés par leur chant suave, et les dévoraient, pourra pourtant tenir lieu de similitude. 

[6. Exemple]

N’était-ce pas une sirène trompeuse que cette misérable créature qui a vaincu, tondu, trahi, perdu Samson, l’homme le plus fort au monde, appâté par ses charmes ?

[7. Témoignage]

Cicéron a saisi le sens de Plaute en tout autant de mots, et il exprime ailleurs la même chose fort élégamment en d’autres mots : « La volupté », dit-il, « imite le bien, elle est mère de tous les maux, et par ses charmes se corrompt ce qui est naturellement bon. »

 

I. Chrie mixte

Je transporte tous mes biens avec moi.

 

[1. Éloge]

On louera Bias pour sa sagesse, où il a tant excellé qu’il fut compté au nombre des sept sages grecs. Alors que l’ennemi avait envahi sa patrie et que tous les autres prenaient la fuite en emportant avec eux bon nombre de leurs biens, il répondit à un homme qui lui conseillait d’en faire de même : « Mais c’est ce que je fais, puisque je transporte tous mes biens avec moi. » Que peut-on dire de plus sage, je vous le demande ?

[2. Paraphrase]

Il faudra montrer avec combien de sagesse Bias a répondu et combien il est vrai qu’il n’y a nul autre bien humain que la sagesse et la vertu (c’est en effet précisément ce que Bias entendait, quand il disait « Je transporte tous mes biens avec moi »). Or cela se fera grâce à l’énumération de tous les biens que l’être humain peut posséder, tels que les biens liés à sa condition sociale : richesses, honneurs, réputation, noblesse, et les biens liés à sa condition physique : santé, force, beauté. Aucun des biens de ce genre ne doit se définir comme un bien pour l’être humain, au contraire de la seule vertu. Pourquoi cela ?

[3. Cause]

Parce que seule la vertu rend l’homme bon et parfait. Deuxièmement, parce que qui possède la vertu, possède un trésor infini et ne manque de rien d’autre. Troisièmement, parce que la vertu est à ce point notre bien propre que, autant personne ne peut la donner, autant personne n’a les moyens de nous l’arracher de force. Quatrièmement, parce que seule la vertu peut nous rendre heureux et à tout jamais bénis des dieux.

[4. Contraire]

Au contraire, les biens liés à la condition naturelle et sociale sont si loin de nous rendre bons qu’ils font au contraire le plus souvent de nous les pires des scélérats. Deuxièmement, tous ces biens ne méritent pas le nom de « bien », parce qu’ils sont souvent refusés aux honnêtes gens et attribués aux malhonnêtes. Troisièmement, parce qu’on les possède sans gloire, et même le plus souvent au prix d’un grand déshonneur. Quatrièmement, parce qu’on peut nous les enlever et qu’au moment de la mort on nous les enlève toujours. Cinquièmement, même si nous jouissons de tous les biens en question, si nous sommes uniquement privés de la vertu, nous serons maheureux dans cette vie, et bien plus malheureux encore dans l’autre vie.

[5. Semblable]

Ceux qui se glorifient des biens de ce genre font la même chose que la fameuse corneille d’Ésope, qui cherchait à se parer des plumes d’autrui : une fois dépouillée d’ornements qui n’étaient pas les siens, elle fut raillée par les autres oiseaux.

[6. Exemple]

Job, quoique privé de tous ces biens insignifiants, était pourtant riche et heureux, parce qu’il conservait encore la vertu, que le démon n’avait pu lui arracher en même temps que tous ses autres biens.

[7. Témoignage]

Voilà pourquoi Sénèque a eu raison de dire : « L’unique bien humain est la vertu. » Et raison aussi, Plaute : « Qui possède la vertu dispose de tous les biens. »

 

II. Chrie mixte

La concorde fait grandir les petites choses, la discorde s’effondrer les plus grandes.

 

[1. Éloge]

Il faut louer le roi numide Micipsa pour sa prudence, dont il a offert un témoignage en même temps qu’un remarquable exemple de vertu lorsque, au moment de mourir, il a exhorté ses fils à la concorde en ces termes : « Je vous lègue un royaume fort, leur dit-il, si vous vous entendez bien, faible, si vous vous entendez mal, car la concorde fait grandir les petites choses, la discorde s’effondrer les plus grandes. » 

[2. Paraphrase]

Cette sentence tient en deux parties opposées, à développer séparément. Voici la première : grâce à la concorde des cœurs et l’union des forces, il n’y a rien de si petit qui n’aille grandissant, rien de si humble qui ne s’élève, rien de si faible qui ne s’affermisse, ni ne se renforce.

[4. Contraire]

La deuxième partie de la sentence, opposée à la première, a le sens suivant : la discorde, la division des cœurs et des forces fait s’éteindre les familles les plus illustres, mourir les États les plus florissants, s’effondrer et succomber les empires les plus solides.

[3. Cause]

La cause en est évidente, c’est que plus la vertu est unie, plus elle est forte et résiste facilement aux coups du sort et aux atteintes des gens malveillants. Lorsqu’en revanche elle est divisée et désunie, elle en ressort affaiblie et se brise presque à la moindre épreuve.

[5. Semblable]

Aussi longtemps que les blocs d’un rempart sont solidement arrimés les uns aux autres, aussi longtemps il reste inexpugnable, mais dès que les murailles commencent à s’ébouler, etc. De même, les gouttes d’eau assemblées forment des fleuves et des rivières, mais, une fois séparées, s’évaporent en un rien de temps ; troisièmement, de même que les grains de poussière agglomérés s’entassent jusqu’à former de hautes montagnes, mais, une fois dispersés, cèdent aux caprices des vents, de même, sous l’effet de la discorde, les choses vont à la dérive, mais sous l’effet de la concorde se soutiennent et se cimentent les unes les autres.

[6. Exemple]

L’empire romain en donnera un insigne exemple : aussi longtemps, en effet, que la concorde a régné dans cet État, il est resté debout et florissant, mais dès qu’il s’est vu divisé en factions à cause de la discorde de César et de Pompée, il a rapidement succombé.

[7. Témoignage]

Alors que Scilouros, le célèbre Scythe, père de quatre-vingt fils, craignait de même pour sa famille, il les fit tous venir peu avant sa mort et présenta à chacun d’eux un paquet de javelots à briser, mais alors qu’ils n’avaient même pas voulu essayer de le faire, parce qu’ils voyaient bien qu’un paquet entier ne pouvait nullement se laisser briser, ce père sage, en retirant l’un après l’autre chacun des traits, les brisa tous facilement ; il ajouta ceci, à savoir qu’il leur arriverait à eux aussi exactement la même chose, à moins de vivre dans la concorde et l’union.

[8. Épilogue]

L’épilogue exhortera à la concorde.

 

III. Chrie mixte

Mes amis, j’ai perdu ma journée !

 

[1. Éloge]

L’empereur Titus, celui qui, pour son humanité et sa propension à faire du bien à tous, a reçu le surnom de « délices du genre humain », avait l’habitude, s’il lui arrivait de passer une journée sans la marquer par quelque bonté envers les gens, de se retourner vers ses amis et de leur dire, en se lamentant : « Mes amis, j’ai perdu ma journée ! » De quelle sorte d’éloges un tempérament si aimable n’est-il pas digne ?

[2. Paraphrase]

Il faut exposer cette sentence, dont voici le sens : on peut déclarer perdue la journée où nous n’avons fait aucun bien aux gens.

[3. Cause]

La cause en est qu’il n’y a rien de plus convenable pour l’être humain, rien de plus doux, ni de plus utile, que de faire du bien à autrui.

[6. Exemple]

Voilà sans doute le principe que tu respectais, Cyrus, quand tu prenais plus de plaisir à prodiguer tes richesses aux êtres méritants qu’à les accumuler. Voilà ce qui, Constantin et Charlemagne, vous faisait couvrir d’honneurs, gratifier de vos bontés les gens illustres par leur savoir et leur piété.

[7. Témoignage]

Socrate savait quel profit l’on tire de ce genre de commerce ; comme un pauvre auditeur, du nom d’Eschine, lui disait qu’il n’avait rien à lui donner en salaire, sinon sa propre personne, et lui demandait de daigner accepter ce présent quelconque, il lui dit : « Tu viens vraiment de me faire un beau présent, à moins peut-être que tu ne t’estimes peu. »

[8. Épilogue]

Aussi veillons bien à ne pas permettre de laisser passer une journée, sans l’illuminer par quelque beau souvenir de notre bonté et de notre bienfaisance envers autrui.

 

IV. Chrie mixte

Dernières paroles d’Auguste mourant : « Applaudissez ! »

 

[1. Éloge]

Il faut louer César Auguste, le très bienheureux et très sage empereur romain, qui dit au moment de mourir à ses amis réunis autour de son lit : « Est-ce que je vous parais avoir assez bien joué mon rôle ? » Comme ils lui avaient répondu : « Excellemment ! », César dit : « Alors, applaudissez ! » et, sur ces mots, il cessa aussitôt de parler et de vivre.

[2. Paraphrase]

Le sens de ces paroles est qu’on ne doit applaudir personne au monde avant sa mort.

[3. Cause]

Pourquoi ne doit-on applaudir personne, sinon au moment de sa mort, ou après sa mort ? Parce que la vie ici-bas est une pièce, dans laquelle chacun tient un rôle, les uns de rois, les autres d’esclaves, etc. Lorsqu’on a joué son rôle selon les règles de l’art, c’est-à-dire, selon les préceptes de la vertu et de la raison, on reçoit des applaudissements. En revanche, qui ne s’est pas acquitté de son devoir en fonction de sa dignité et ne s’est pas révélé être un acteur à la hauteur des exigences du rôle qui lui était imposé, se couvrira d’une honte éternelle. Mais ni les uns ne doivent s’attirer blâme et opprobre, ni les autres éloges et applaudissements, sinon au moment de mourir, puisque la mort est l’achèvement de la vie : or rien, sinon de fini et d’achevé, ne mérite d’éloges.

[4. Contraire]

Ils agissent de façon parfaitement inconsidérée, ceux qui applaudissent avant la mort, qui exigent pour récompense des éloges qui ne leur sont pas encore dus, alors que la vie n’a pas encore cessé, en s’applaudissant eux-mêmes, ou même en adulant autrui.

[5. Semblable]

Dans une pièce non plus, on n’applaudit pas avant qu’elle n’ait été menée à son terme et dénouement. On ne couronne pas le vainqueur avant que le stade n’ait été traversé, ni la course achevée. On n’accorde pas le triomphe, sinon la bataille terminée, etc.

[6. Exemple]

Que faites-vous donc, Romains ? Pourquoi Tibère, pourquoi Néron et Vitellius en quête de pouvoir les applaudissez-vous inopportunément ?

Attendez, il n’est pas encore temps d’applaudir ; attendez qu’ils quittent la scène de la vie ! Mais je me trompe, il n’y a pas à attendre aussi longtemps ; ils endosseront sous peu un autre rôle : dépouillés de toute humanité, ils ne joueront plus le rôle d’empereurs et de pères de la patrie, mais de monstrueux tyrans, etc.

[7. Témoignage]

Que de sagesse dans ces mots d’un éminent poète ! « Aucun homme ne doit être appelé heureux avant qu’il ait quitté la vie et reçu les honneurs suprêmes. »

[8. Épilogue]

Ainsi, vivons de façon louable afin qu’au moment de mourir nous puissions nous applaudir en toute sûreté, ou mieux encore, rendre des grâces méritées à Dieu et le remercier de ses bontés à notre égard.

 

I. Chrie active

Il n’y a rien de pire que la langue.

 

[1. Éloge]

Ésope, cette si belle intelligence dans un corps si laid, mérite des éloges pour n’avoir apporté à table que des plats de langue, quand on lui ordonna d’apprêter seulement les meilleurs mets pour un festin ; et pour avoir, encore une fois, servi à table de la langue en abondance, quand on lui ordonna, encore une fois, de préparer un repas, mais avec seulement les pires mets. 

[2. Paraphrase]

On exposera brièvement ce qu’a voulu signifier ce sage fabuliste à travers la préparation de ces mets ; certainement rien d’autre que ceci : autant il n’y a rien de meilleur que la langue, quand nous parlons à bon escient, autant il n’y a rien de pire, ni de plus pernicieux, quand nous parlons à mauvais escient.

[3. Cause]

Pourquoi n’y a-t-il rien de pire que la langue ? (On prouvera en effet dans la chrie suivante qu’il n’y a rien de meilleur.) Parce qu’elle crée d’infinis dommages, ce qu’on pourra facilement montrer grâce à une énumération.

[4. Contraire]

Il n’y a au contraire rien de meilleur que le silence. « L’insensé même passe pour sage lorsqu’il se tait. »

[5. Semblable]

La langue est un glaive ; que de carnages, que de massacres produit-elle ?, etc. C’est une flamme ; que de brasiers allume-t-elle ? C’est un javelot, elle frappe de loin, etc. C’est un serpent, elle distille partout son venin, etc.

[6. Exemple]

La langue du serpent diabolique et de la première de toutes les femmes a causé la perte du genre humain.

[7. Témoignage]

Voilà pourquoi un homme très sage a dit très justement : « il est bien mort des hommes par le tranchant de l’épée, mais il en est encore mort davantage par leur propre langue ». Et saint Jacques : « la langue est plus cruelle que n’importe quelle bête sauvage, nulle habileté humaine ne peut la dompter. »

[8. Épilogue]

Bridons par conséquent la langue, si nous craignons les maux qu’elle apporte.

 

II. Chrie active

Il n’y a rien de meilleur que la langue.

 

[1. Éloge]

Pittacos de Mytilène, l’un des sept sages grecs, recevra des éloges pour avoir tranché et présenté la langue d’une victime dont on lui demandait de désigner le pire et le meilleur morceau. Et quand Amasis, le roi des Égyptiens, demanda à Bias, un autre de ces mêmes sages, de retirer le pire et le meilleur morceau d’une brebis qu’il lui avait envoyée à dessein pour sonder sa sagesse, Bias n’en retira que la langue.

[2. Paraphrase]

Tous deux ont évidemment voulu montrer que la langue est à la fois la plus utile et la plus pernicieuse partie du corps humain, selon qu’on en use à bon escient ou autrement.

[3. Cause]

Pourquoi n’y a-t-il rien de meilleur que la langue chez l’être humain ? (On a en effet déjà prouvé plus haut qu’il n’y a rien de pire.) Parce qu’elle apporte d’innombrables biens, ce qu’il faudra illustrer grâce à leur énumération. Que ne réalise pas la langue, en effet ? Elle instruit, exhorte, loue, vitupère, ordonne, etc.

[4. Contraire]

Le silence, au contraire, cause le plus souvent de grands dommages, qui pourront être recensés à cet endroit.

[6. Exemple]

On citera les exemples de tant de philosophes et de rhéteurs, de tant de pères de l’Église, dont la langue, dont les écrits expliquent les arcanes du monde, jettent la lumière sur les mystères les plus insondables, etc.

[7. Témoignage]

Ce n’est pas sans raison que Salomon a dit : « La bouche du juste est une source de vie. » Et : « La langue des sages est une source de santé. »

[8. Épilogue]

L’épilogue nous instruira qu’il faut ou parler à bon escient, ou se taire absolument, en vertu de cette sentence commune :

 

Si ce que tu vas dire est mieux que le silence, 

Parle ; sinon : silence ! >