EPIDICTICUM (GENUS) / ÉPIDICTIQUE (GENRE)
CHAPITRE 3
DES TROIS GENRES DE CAUSES
[...]
En combien de parties se divise le genre Démonstratif ? R. En deux : Louer et Blâmer
[...]
À quel temps se rapporte le genre Démonstratif ? R. Non seulement au présent, mais encore au passé : on ne peut en effet louer ou blâmer quelqu’un que sur ce qu’il fait ou sur ce qu’il a fait.
[...]
SIXIÈME PARTIE
VUE D’ENSEMBLE ET PLAN DES DISCOURS CHOISIS DE CICÉRON
< CHAPITRE 1
VUE D’ENSEMBLE DE QUELQUES DISCOURS DE CICÉRON,
QUI RELÈVENT SURTOUT DU GENRE DÉMONSTRATIF
ARTICLE 1
Analyse du discours Pour la loi Manilia
Voici le sujet de ce discours et la cause que Cicéron y a plaidée. Le peuple romain menait une guerre importante en Asie contre deux rois très puissants, Mithridate et Tigrane. Lucius Manilius, tribun de la plèbe, avait proposé au peuple un projet de loi qui confiait la conduite de la guerre à Pompée. Les adversaires de la proposition étaient Quintus Hortensius et Quintus Catulus. Cicéron entreprend de faire approuver la loi, et montre que la guerre en Asie doit être confiée à Pompée.
Il tire son exorde du lieu des circonstances. I. Première circonstance, sa propre personne : c’est la première fois qu’il s’adresse à la plèbe du haut des rostres. II. Deuxième circonstance, le lieu lui-même. III. Troisième circonstance, la personne de Pompée, en faveur de qui il va parler, etc. Il fait suivre son exorde d’une brève narration, parce que la chose est bien connue (§ 4, Et, d’abord, partons du fait).
Sa confirmation a deux parties : dans la première, il montre que cette guerre en Asie doit être menée avec énergie, parce qu’elle est importante, nécessaire, dangereuse (du § 5 au § 26). Dans la seconde partie, il montre qu’il faut mettre Pompée à la tête de cette guerre, parce que c’est en lui seul que l’on trouve toutes les qualités d’un chef excellent ; à savoir, en premier lieu, les connaissances militaires (§ 27 et 28), qu’il prouve en énumérant les nombreuses guerres que Pompée a conduites avec un succès digne de tous les éloges. En second lieu, la vertu militaire, ou si l’on préfère le courage. Il prouve sa vertu militaire en exposant les exploits que Pompée a accomplis et les Provinces témoins de ses triomphes (§ 30), l’étendue géographique des guerres qu’il a menées et la rapidité de ses victoires, etc. (§ 34). Il développe les causes de cette vertu guerrière ; à savoir, les différentes vertus qui sont comme des auxiliaires de cette première vertu : son intégrité, sa modération, son humanité, qu’il porte aux nues par comparaison avec d’autres généraux de lui dissemblables (§ 36, 37, jusqu’à la fin du § 42). Là, au début du § 43, il dit que la troisième qualité d’un général en chef est l’autorité, et que Pompée en a beaucoup, du fait de la très haute opinion que tout le monde a de lui (jusqu’à la fin du § 46). La bonne fortune, dernière qualité d’un bon général, il en traite avec modération et sagesse, sous la forme d’une prétérition (§ 47-48). Il conclut sa confirmation (§ 49-50) : il faut donc confier cette guerre à Pompée. Suit la réfutation (§ 51 à 69), dans laquelle il réfute les arguments de ceux qui niaient que Pompée dût être placé à la tête de cette guerre.
Ce qui brille dans ce discours, c’est un éclat singulier et un bel ordre ; ainsi qu’une certaine magnificence des figures, bien propres à émouvoir au plus haut point le peuple, à qui s’adressent ces paroles de Cicéron. Celui-ci loue ce même Pompée dans le discours Pour Balbus, à qui Pompée avait accordé la citoyenneté ; l’orateur soutient que Pompée a eu raison de le faire, avec un remarquable dilemme. Ou bien Pompée savait qu’il n’était pas légal d’attribuer la citoyenneté à Balbus, ou bien il ne le savait pas. Si l’on dit qu’il l’a fait sciemment, il n’est pas crédible qu’un homme d’une si grande vertu et honnêteté ait négligé sciemment les traités et les lois (Ô splendeur du nom romain ! etc., la fameuse apostrophe et exclamation du § 13). Si l’on dit qu’il l’a fait sans le savoir, il est encore moins crédible que Pompée ait ignoré ce qu’aucun homme du peuple n’ignore (Comme si, lorsqu’on prend part, etc., § 14 ; Eh ! que manque-t-il à ce grand homme, etc., § 9).
ARTICLE 2
Vue d’ensemble du discours Pour le poète Archias
La plus grande partie du discours pour le poète Archias est constituée de louanges données à sa personne et à la poésie, bien que le discours soit du genre judiciaire. La question en effet était de savoir si Archias était un citoyen romain. Cicéron montre d’abord qu’il est un citoyen romain ; et ensuite que, même s’il ne l’était pas, il mériterait qu’on lui donne la citoyenneté, en raison de ses extraordinaires compétences, tant comme savant que comme poète.
Dans son incipit, il rappelle les obligations qu’il a lui-même contractées envers son précepteur Archias : puisqu’il lui doit tant, il n’a pas pu refuser de le défendre dans une cause juste et vraie. La période est de quatre membres : S’il est en moi, Romains, quelque talent, etc. On aurait pu objecter qu’aucun lien n’existe entre l’éloquence, dont Cicéron fait profession, et la poésie, auquel s’adonnait Archias. Il le nie (§ 2). Enfin, comme s’il voyait qu’il allait passer une grande partie de son discours à louer la poésie, et qu’il craignît que cela ne fût perçu comme effronté dans une affaire judiciaire, il prévient l’objection (§ 3). Il fait suivre son exorde de la proposition et de l’annonce du plan de son discours, énoncées de manière limpide (§ 4).
Il prouve la première partie, à savoir qu’Archias est un citoyen romain, par le syllogisme suivant : il fut inscrit comme citoyen à Héraclée, qui était alliée par un traité avec le peuple romain. Par la suite, on a considéré à très juste titre, grâce à la loi de Silvanus et de Carbon, qu’étaient citoyens romains tous ceux qui avaient été inscrits dans une cité fédérée, pourvu qu’ils eussent leur domicile à Rome et qu’ils eussent fait une déclaration devant le préteur (En effet, lequel de ces points, Gratius, peut-on infirmer ?, § 6, 7, 8). Il confirme par le témoignage de Lucullus la mineure et chacune de ses parties : à savoir qu’Archias a habité à Rome, qu’il a fait une déclaration devant le préteur, etc. Il ajoute la conclusion du syllogisme au § 10 (Ainsi, etc.). Il l’énonce avec éclat grâce à une comparaison du petit au grand ; enfin, il détruit plusieurs objections que lui opposait son adversaire.
La seconde partie du discours est également constituée d’un unique syllogisme. Les poètes savants et talentueux méritent d’être inscrits comme citoyens ; Archias est un poète savant et talentueux ; donc il mérite qu’on lui donne la citoyenneté, même à supposer qu’il ne soit pas réellement déjà citoyen.
Ce raisonnement syllogistique se présente d’abord sous la forme d’une prolepse, dite aussi occupation. Tu nous demanderas, Gracchus (c’était l’accusateur), pourquoi nous sommes tant charmés par cet homme. Réponse : Parce qu’il nous fournit, etc. (§ 12). Cicéron fait l’éloge de la poésie, I. pour le plaisir qu’elle procure, elle qui allège le poids des affaires si sérieuses où nous sommes engagés : ce qu’il confirme par son propre témoignage (§ 13). II. Pour son utilité, parce que la poésie éduque les mœurs avec ses préceptes si utiles (§ 14). III. Pour l’honneur qu’en ont retiré les hommes les plus éminents (§ 15 et 16). Il exprime la mineure au § 18 (Combien de fois n’ai-je pas entendu Archias ?…). Il amplifie la conclusion du syllogisme (§ 19) en tirant argument de la dignité des poètes, que toutes les époques ont admiré et révéré comme des hommes divins : il le montre par l’exemple d’Homère, le confirme par le témoignage de nombreux généraux en chef et en apporte une raison, à savoir qu’est immortelle la louange que les poètes donnent quand ils chantent les exploits des hommes illustres ; de ce désir de louanges, il proclame brûler lui-même, et il montre lors d’un beau développement que pareil désir est enraciné dans les âmes supérieures (§ 28, 29, 30). Il conclut son discours par une péroraison brève et appropriée (§ 31), sous la forme d’une récapitulation et d’une déprécation.
ARTICLE 3
Discours Pour Marcellus
Le discours pour Marcus Marcellus est presque tout entier tourné vers les louanges de César, que l’orateur remercie d’avoir pardonné à Marcellus qui avait pris les armes contre César, et de l’avoir rappelé à Rome alors qu’il se cachait en Grèce.
Exorde. Cicéron avait décidé de ne plus jamais parler en public, mû en partie par la douleur que lui causait la grande cruauté des temps, et en partie par le sentiment des convenances, parce qu’il voyait que César, à qui il s’était opposé en suivant le parti de Pompée, était au pouvoir : mais à présent, il nie qu’il puisse se taire, il nie qu’il puisse passer sous silence le bienfait et la clémence de César.
La confirmation est contenue dans une proposition unique. Il faut surtout louer la clémence de César pour avoir rétabli Marcellus dans ses droits. L’argument est tiré d’une comparaison : de cette clémence, César a retiré une plus grande gloire que de toutes ses victoires. Premier point : si les victoires appartiennent à César, une partie du mérite revient aussi aux autres, c’est-à-dire aux centurions, aux soldats, à la fortune, etc. (§ 5 au § 7, Mais, César, la gloire… nul autre ne la partage avec vous…). Deuxième point : il est plus difficile de vaincre sa colère que de vaincre des peuples, même sauvages et barbares (Vous avez dompté…, § 8). Il conclut ce passage par une brillante expolition et divers traits (§ 9, 10). Il fait l’éloge, sans y insister, de Marcellus et de sa famille (§ 10). Troisième point : jusqu’à présent César avait vaincu d’autres vainqueurs, à présent il s’est vaincu lui-même, ou plutôt il a vaincu la victoire (§ 11, 12). Quatrième point : il compare César vainqueur avec Pompée et ses partisans, en imaginant qu’ils aient été vainqueurs ; et il dit que ces derniers auraient été cruels, sauvages, etc. Il mêle quelques considérations sur la guerre civile et il excuse ceux qui ont suivi Pompée, en disant qu’ils y sont tombés par erreur, non par haine, etc. (du § 13 au § 19).
Suit la réfutation. Comme le Sénat avait demandé à César de pardonner à Marcellus, César avait dit qu’il craignait que certains ne préparent contre lui un attentat, et il avait ajouté qu’il ne se préoccupait pas beaucoup de vivre, parce qu’il avait assez vécu. Premier point, donc : Cicéron s’efforce de faire disparaître la crainte d’un attentat (§ 21) et il traite ce terrain glissant avec un art admirable. Aussitôt après, il se sert d’un dilemme : ceux qui trameraient un attentat, ce seraient des partisans ou bien de César, ou bien de Pompée ; or, ce crime ne pourrait être le fait d’aucun des deux partis ; donc. Il dit enfin qu’il faut mettre tous ses soins à conserver la vie de César, etc. Deuxième point (§ 25) : il réfute, développe et loue la belle parole de César, « J’ai bien assez vécu ». Il a assez vécu selon la nature ou pour la gloire, mais il n’a pas assez vécu pour la patrie ; il reste des plaies à panser, etc. Ce couronnement doit être ajouté à ta gloire (§ 27, 28). Péroraison (§ 33-34).
Chez Cicéron, on ne trouve pas moins d’exemples de blâmes que de louanges. Il attaque vigoureusement Pison dans le Contre Pison, et aussi dans Sur les provinces consulaires, ainsi que dans d’autres passages, quand le sujet l’appelle. Il fait une sortie contre Clodius en le considérant comme un ennemi capital, dans la dernière partie du Pour Milon : et de manière plus véhémente encore dans Sur sa maison et Sur la réponse des haruspices. Il poursuit de ses critiques Antoine dans chacune des quatorze Philippiques ; Catilina dans les quatre Catilinaires ; Verrès dans les sept discours Contre Verrès ; Vatinius dans l’Interrogatoire de Vatinius – un seul discours, en l’occurrence, mais véhément.
ARTICLE 4
Vue d’ensemble de la deuxième Philippique et du discours Sur sa maison
Parmi les discours de Cicéron où il attaque et blâme les hommes malhonnêtes, il excelle, de l’avis de tout le monde, dans la deuxième Philippique, où il prouve qu’Antoine est un scélérat et un ennemi de la république ; et il le déclare d’emblée, dans l’exorde lui-même, où il se concilie la bienveillance en affirmant que, depuis vingt ans, personne n’a été son ennemi, à lui Cicéron, qu’il n’ait été en même temps l’ennemi de la république.
Le discours a deux parties. La première est une réfutation (§ 3, Avant de lui répondre, etc.). Il détruit certains des reproches que lui avait opposés Antoine, lequel avait déclamé peu de jours avant contre Cicéron au Sénat. Les voici : I. avoir violé l’amitié qui les liait (§ 3 à 10) ; II. la gestion cruelle de son consulat (§ 11, il m’a reproché mon consulat…). III. le meurtre de Publius Clodius (§ 21, P. Clodius a été tué à mon instigation…). IV. la responsabilité de la rupture entre Pompée et César (§ 23, Quant à ce que vous avez osé dire…). V. le meurtre de César (§ 25, Mais ces faits sont anciens ; voici quelque chose de plus nouveau…). VI. le camp de Pompée et la guerre civile (§ 37, Vous m’avez reproché le camp de Pompée…).
Il passe ensuite (§ 43) à la seconde partie de son discours, à savoir la confirmation (Puisque j’ai déjà suffisamment répondu à ses reproches…). Elle est divisée en deux parties : dans la première, il décrit brièvement la vie privée d’Antoine, qui dès son enfance a fait une scandaleuse banqueroute et a vécu dans la débauche (à partir du § 44, Voulez-vous que nous vous examinions depuis votre enfance ?…). Dans la partie suivante, il critique sa vie « publique » – si on peut employer un tel mot – ou plutôt la façon malhonnête dont il a exercé ses magistratures. La questure (Vous avez été élu questeur…). Le tribunat (du § 51, Lorsque, sous le consulat de L. Lentulus…, au § 62). La charge de maître de la cavalerie (§ 62, Il arriva…). Le consulat (du § 79, Sous tous ces rapports…, au § 111, Enfin, que répondrez-vous à cela ?). Là commence la péroraison, et elle est longue de huit paragraphes. Tout le discours est admirablement éloquent, acéré, spirituel, orné de toutes les figures qui donnent de l’éclat au discours.
Tout aussi copieux, véhément et emporté est le discours Sur sa maison. « Si jamais j’ai valu quelque chose comme orateur, dit lui-même Cicéron (Lettres à Atticus, IV, 2), cette fois, à coup sûr, la grandeur du ressentiment m’a inspiré quelque éloquence. » Bien que tout le discours relève du genre judiciaire, de très nombreuses parties se rapportent cependant au genre démonstratif, à savoir celles dans lesquelles et il attaque Clodius et il fait son propre éloge. Voici le sujet de ce discours :
Clodius, après avoir fait exiler Cicéron, avait détruit sa maison, comme pour un citoyen qui aurait été un ennemi public, et il avait consacré l’emplacement à la Liberté. Cicéron, restitué dans ses droits et rappelé d’exil, a demandé que sa maison lui fût restituée. Elle lui fut restituée.
Il commence par louer les pontifes, auxquels il adressait son discours. Il excite la haine contre Clodius et réfute certains reproches que lui a faits ce dernier (canons 1 et 2, puis § 3 à 32). Première partie de la confirmation : Clodius n’a pas eu le moindre droit de détruire la maison de Cicéron. Deuxième partie : il ne l’a consacrée à aucun culte religieux. Il prouve ainsi la première partie : le tribunat de Clodius n’a eu aucune valeur légale, donc tous ses actes et lois ont été annulés, et en particulier ceux sur l’exil de Cicéron et la destruction de sa maison (du § 34 au § 42). Mais soit : supposons qu’il ait été un tribun de la plèbe parfaitement légal, il a néanmoins fait passer la loi sur mon exil et sur ma maison sans aucun droit, et même contre tous les droits, puisqu’il n’a pas respecté les formes légales, qu’il l’a imposée par la force, etc. (du § 43 à la fin du § 99). Il entremêle à cela beaucoup de choses sur son départ et sur son retour, qui ne servent pas moins à son propre éloge qu’à jeter l’opprobre sur Clodius. Deuxième partie : il montre que sa maison n’a été consacrée par Clodius à aucune religion, mais contre toute religion (du § 100 à la fin du § 141), et là il conclut de façon splendide toute l’affaire.
ARTICLE 5
Ordre et structure du Contre Pison ; de quelques-uns des discours Contre Verrès ; des deux discours Après son retour ; et des trois discours Sur la loi agraire
Contre Pison. Pison avait été rappelé de la province qu’il dirigeait sur le conseil de Cicéron (voir Sur les provinces consulaires). De retour à Rome, il s’est attaqué violemment à Cicéron. L’orateur lui répond par ce qui nous reste de ce discours ; il est composé de trois parties. I. Pison a exercé son consulat de manière malhonnête (du § 2 au § 31). II. Il a administré sa province consulaire de manière honteuse et abominable. II. Dans sa vie domestique et privée, il s’est souvent comporté de manière indigne, luxurieuse, cruelle et cupide (Examinons maintenant…, du § 64 au § 94). Dans sa péroraison, il inspire à Pison la crainte du plus grave des supplice : le jugement que, dans son for intérieur, Pison lui-même porte sur ses crimes, et la haine de tous les mortels.
Parmi les Verrines se distinguent la première, la quatrième et la septième. La première est intitulée La Divination, c’est-à-dire « délibération pour déterminer qui sera l’accusateur de Verrès ». En effet, Verrès, parce qu’il redoutait terriblement l’éloquence de Cicéron, demandait à ce qu’un certain Caecilius lui fût donné pour accusateur. Les Siciliens désiraient ardemment que la cause fût plaidée par Cicéron : Cicéron montre qu’on doit le préférer à Caecilius, par ce syllogisme. On doit choisir comme accusateur celui que veulent le plus ceux à qui a été fait le tort, et celui que veut le moins celui qui a fait le tort. Or, les Siciliens veulent Cicéron et ne veulent pas Caecilius ; ce dernier est choisi par Verrès, lequel rejette Cicéron. Donc, etc. Le style est précis et modéré, comme dans le discours suivant, que certains nomment premier, d’autres second. Le Premier procès contre Verrès n’est rien d’autre qu’une préparation, et comme le vestibule des autres discours, et il relève du genre délibératif. De fait, dans ce discours, la question est de savoir s’il faut avoir recours à une nouvelle méthode pour accuser Verrès. Cicéron montre qu’il le faut : il ne faut pas faire un discours ininterrompu, mais produire des témoins, et rapporter leurs témoignages en détail ; et il annonce qu’il va procéder ainsi, surtout parce que Verrès prépare deux machinations : la première, faire durer l’affaire jusqu’à l’année suivante, où devaient être consuls Metellus et Hortensius, des amis de Verrès. La deuxième : corrompre les juges par de l’argent ; en effet, comme cela arrivait souvent à cette époque, les juges souffraient d’une très mauvaise réputation.
Aux juges, il dit dans son exorde que l’occasion leur est offerte de faire disparaître cette mauvaise réputation : de cet inculpé exceptionnel et déjà reconnu coupable par l’opinion, qu’ils rejettent l’argent et évitent les pièges, et qu’ils le condamnent. Il amplifie le vain espoir de Verrès, en tirant argument de sa vie criminelle et de l’abondance de ses crimes, avec une énumération accablante (§ 10, En effet, quel génie assez vaste…). Quant aux pièges de Verrès, il dit qu’ils sont révélés par la confession de ceux-là même qu’il avait chargé de corrompre les juges par de l’argent (§ 16, Quelle espérance a-t-il aujourd’hui ?).
L’autre argument est donc que Verrès essaie d’échapper à Cicéron, et de retarder son procès jusqu’à l’année suivante : Cicéron le traite au § 21 (Mais voici que). Il blâme Metellus et Hortensius, qui protègent un accusé aussi malhonnête. Lui-même promet qu’il parlera avec zèle et sévérité, et qu’il aura recours à cette nouvelle méthode d’accusation. Il exhorte les juges à s’acquitter avec droiture et fermeté du rôle qu’implique leur fonction, surtout Marcus Glabrio, président du tribunal. Il répète les mêmes choses dans sa péroraison (§ 50, Aussi, juges, je commence par).
Dans la quatrième Verrine, il raconte comment Verrès a arraché à de nombreux Siciliens les biens, les honneurs et la vie même, dans un exposé non moins poignant que bien exprimé. Dans la septième, il s’oppose à Hortensius, l’avocat de Verrès, dont la ligne de défense était surtout que celui-ci avait été un bon général en chef, témoignant à la guerre d’un courage éminent. Il montre que pareil éloge ne convient absolument pas à Verrès, en deux points, c’est-à-dire deux guerres : l’une est celle contre les esclaves fugitifs, durant laquelle Verrès non seulement n’a pas défendu la Sicile, mais y a même jeté le désordre par son désir de richesses et sa luxure ; l’autre guerre est celle contre les pirates, durant laquelle Verrès a laissé faire les plus grands crimes, rapines, lèse-majesté, débauche et cruauté.
§ I
Discours Au peuple après son retour
Cicéron était profondément l’adversaire de Publius Clodius, qui, fort de la noblesse de sa famille et de la puissance de ses amis, l’avait fait exiler quand celui-ci avait 49 ans, l’an 695 de la fondation de Rome, au motif que Cicéron, lors de la conjuration de Catilina, était responsable d’avoir fait mettre à mort, sans procès, de nombreux Grands. Cicéron partit en exil : mais il fut ensuite rappelé à Rome par ses amis, neuf mois après. Il leur adresse d’abord des remerciements pour ainsi dire publics, ainsi qu’à tout le peuple, puis, en privé, au Sénat. La question relève du genre démonstratif : il loue le bienfait qu’il a reçu, d’avoir été rappelé d’exil par la singulière bienveillance du peuple et du Sénat, une fois abrogée la loi de Clodius.
Pour bien comprendre l’exorde du discours devant le peuple, il faut noter que les amis de Cicéron, avant qu’il ne parte en exil, s’étaient offerts à combattre pour qu’il puisse rester dans la cité : mais Cicéron, craignant que cela ne provoquât une guerre civile et un massacre du peuple, avait préféré partir en exil. Il fait valoir cet amour envers le peuple dans son exorde ; il proclame que c’est pour le salut du peuple qu’il a sacrifié sa propre personne (Romains, dans le temps…).
Il commence par amplifier l’importance du bienfait (§ 2, Quoique rien ne soit plus à désirer pour l’homme…), en affirmant, par une induction heureusement exprimée, que tous les biens qu’il a retrouvés une fois rappelé par le peuple lui sont plus doux qu’ils ne lui étaient quand il en jouissait avant son infortune : à savoir les richesses, les amis, les enfants, l’honneur et la patrie.
Dans la confirmation, il développe deux points principaux, deux mérites du bienfait. I. Que le peuple a tiré Cicéron de cette infortune. II. Et a augmenté sa gloire (§ 5, Pourquoi donc…et § 6, En même temps que…). Il prouve l’un et l’autre point, premièrement en comparant son retour et le zèle, l’accord unanime du peuple pour le faire rappeler, avec le retour d’autres citoyens illustres, qui avaient également été jadis rappelés d’exil, Publius Popilius, Quintus Metellus et Caius Marius, dont il montre qu’ils sont revenus avec une moindre gloire (P. Popilius dut…). Deuxièmement, par la narration de ce que ses amis, surtout Lentulus, Milon, Sextius, etc., ont fait pour qu’il revienne (§ 11).
Péroraison. Il promet d’être reconnaissant et de garder le bienfait en mémoire (§ 18, Maintenant que…). Ensuite, il promet aussi d’avoir force et courage, dans le châtiment des malhonnêtes et des ennemis de la république (§ 19, Si l’on pense que…). Il répète les mêmes choses (§ 22, Toutefois…), et là il développe avec un grand bonheur d’expression la difficulté qu’il y a à s’acquitter d’un tel bienfait. Au § 24 (Romains, je garderai…), il conclut l’ensemble de son discours.
§ II
Discours Au Sénat après son retour
Dans l’exorde, il nie qu’il puisse faire des remerciements qui soient à la mesure du bienfait qu’il a reçu, celui d’avoir été restitué dans sa situation antérieure ; ce bienfait, dit-il, contient tous les bienfaits qu’il tenait des dieux, de la patrie, de ses parents.
Dans la confirmation, il proclame qu’il a reçu du Sénat une espèce d’immortalité. Il le prouve par induction. Les consuls, les tribuns, les préteurs, les consulaires et les chefs du Sénat ont demandé, décrété, couvert d’honneurs le retour de Cicéron, et ils l’ont fait revenir dans une sorte de triomphe : donc, etc. (§ 3, Il me semble donc…).
Il attaque (§ 10) les deux consuls de l’année où il a été exilé, Gabinius et Pison : c’est par leur haine et leur crime qu’il avait dû subir ce désastre (Mais il y avait deux consuls…).
Il revient à l’éloge de ses amis, surtout des tribuns Milon et Sextius (§ 19, Voyant que…), des préteurs (§ 22, Vous avez pu juger…), et enfin de Lentulus, Metellus et Pompée (§ 31). Il explique pourquoi il a préféré partir en exil que se défendre par la force (Alors, voyant…).
Dans la péroraison, il promet qu’il mettra un zèle plus grand que jamais à défendre la république (§ 36, Ainsi donc…) et il rappelle de nouveau la gloire immortelle de son retour (§ 37, On n’a pas vu…).
Parmi les discours choisis de Cicéron qui ont été rassemblés en un seul livre, on trouve le troisième discours de ceux qui sont appelés Sur la loi agraire. Comme il est très difficile (à ce titre, il mérite peu de figurer dans un recueil de discours choisis), on ne peut guère le comprendre sans exposer d’abord les deux premiers, bien que ces deux-là relèvent du genre délibératif, tandis que le troisième appartient au genre démonstratif.
§ III
Discours Sur la loi agraire, au Sénat
Sous le consulat de Cicéron, Publius Servilius Rullus, tribun de la plèbe, a proposé une loi agraire consistant à distribuer aux citoyens les champs pris à l’ennemi par le peuple romain. Cette distribution, il voulait qu’elle fût faite par dix commissaires qui seraient nommés exprès, et auxquels il donnait le pouvoir d’affermer des impôts, d’établir des colonies, etc. L’idée et le projet de Rullus étaient doubles : d’abord, flatter le peuple en lui distribuant généreusement des champs ; ensuite, s’enrichir et enrichir les dix commissaires.
Cicéron rejette cette loi et montre qu’elle est injuste et inutile. L’exorde manque. La confirmation montre que cette loi est préjudiciable au peuple romain, et utile seulement aux dix commissaires. Le commencement se fait sous la forme d’une magnifique exclamation, d’une sustentation et d’une prosopopée (§ 1, Par les dieux immortels…). Il montre I. qu’affermer des impôts ne peut se faire qu’au détriment du peuple. II. Qu’il en est de même de l’achat des champs (§ 14, Vous voyez déjà…). III. Enfin, qu’il en est de même de l’établissement de colonies.
Il conclut en disant que ce ne sont pas seulement les champs et les impôts, mais la république elle-même que cette loi agraire met en danger (§ 21, Je ne me plains pas… Je vous en prie donc…).
§ IV
Premier des deux discours Sur la loi agraire à être adressé au peuple
Cicéron dissuade le peuple de voter la même loi. Dans son exorde, il se concilie admirablement la bienveillance du peuple, de qui il déclare avoir reçu le consulat, alors qu’aucune noblesse de ses ancêtres ne le recommandait. Pour cette raison, il se vante d’être « populaire », c’est-à-dire qu’il se consacrera toujours uniquement à servir le peuple ; un éloge que Rullus, l’auteur de la loi agraire, ne peut revendiquer pour lui-même, lui qui jette le trouble dans la république en affichant une générosité insidieuse, et qui travaille à faire du tort au peuple (du § 1, Romains, c’est…, au § 10, Car, je ne pense pas…). Puis il incite à haïr ses adversaires, eux qui ont caché leurs projets au consul qu’est Cicéron, qui se sont retrouvés en secret et la nuit, etc., signes à partir desquels Cicéron conjecture qu’ils manigançaient contre la république (§ 11, Aussi, dès que je fus…). En troisième lieu, il écarte un préjugé funeste : on aurait en effet pu soupçonner Cicéron de combattre la loi de Rullus par haine envers lui, vu qu’il arrivait souvent que les consuls ne fussent pas d’accord avec les tribuns de la plèbe (§ 14, Je puis vous assurer…).
Proposition. La loi agraire est injuste et inutile (§ 15, Eh bien, depuis le premier…). Confirmation. Il prouve que cette loi est injuste, puisqu’elle réduit la liberté du peuple par la création des dix commissaires auxquels elle attribue un pouvoir immense et tyrannique, et qu’elle prive une grande partie du peuple du droit de vote, etc. Cicéron développe chacun des articles de la loi, et en infère son injustice. Puis il donne à voir son inutilité, en disant que la loi n’augmente pas la richesse du peuple, mais seulement la richesse de Rullus et des dix commissaires. Il développe de même, pour les attaquer, les autres articles de la loi, comme la vente des champs (§ 35, On leur permet donc d’abord…), même la vente de lieux hors de l’Italie, qui sont devenus publics (§ 38, Je m’aperçois que…). Cicéron dit que, sous ce prétexte, les dix commissaires ont le droit et le pouvoir de vendre des royaumes entiers et des provinces (Et Alexandrie…§ 41). Il attaque aussi l’affermage des impôts (§ 47, Ce n’est pas encore assez…) ; la vente des butins et des dépouilles, à l’exception cependant des dépouilles de Pompée général en chef, exception dont Cicéron se moque (§ 59, On trouverait à peine un lieu…) ; l’établissement de colonies, surtout dans le territoire de la Campanie (du § 71, Puis la loi…, au § 76, Mais, d’après la loi…). Il prouve que le territoire de la Campanie ne doit pas être divisé entre de nombreuses personnes ni être aliéné (du § 81, Nos ancêtres…, au § 96).
L’incipit de la péroraison est au § 98 (Ainsi, Rullus…). Il proclame qu’il sera toujours avec force contre des lois injustes, afin de maintenir la république, et qu’il sera toujours « populaire » : du côté du peuple pour défendre la paix, la concorde et les intérêts du peuple.
§ V
Second des deux discours Sur la loi agraire à être adressé au peuple
Le dictateur Sylla, maître du pouvoir une fois la république écrasée, avait divisé de nombreux champs privés et publics entre sespartisans, et, pour cette raison, ces propriétés, appelées syllaniennes, suscitaient de grandes jalousies. Rullus a accusé Cicéron d’être favorable aux propriétaires des champs de Sylla et de vouloir garantir et ratifier leurs propriétés. Non seulement Cicéron le nie, mais il rejette même la faute sur Rullus, et montre que c’est plutôt lui qui avec sa loi est le défenseur des propriétés syllaniennes.
Dans l’exorde, il se plaint d’avoir été accusé par ses adversaires pendant son absence, et il les appelle à combattre maintenant qu’il est présent. II. Il réclame la bienveillance du peuple, dont il avait remarqué la légère irritation à son égard.
C’est avec deux arguments qu’il prouve que Rullus protège les propriétés syllaniennes. En premier lieu, parce que le quarantième point de la loi qu’il avait proposée portait que les assignations de champs qui avaient été faites au temps de Sylla, c’est-à-dire après le consulat de Marius et de Carbon, demeurassent valides, et ce au même titre que les biens privés les plus légitimes. En second lieu, parce que Rullus accorde plus de propriétés que Sylla, et de nouvelles, et les divise entre ceux qu’il lui plaît. En effet, il existe des champs confisqués et qui ne sont assignés à personne, que Rullus assignera par sa loi à qui il voudra.