Quintilien, 94 : De l'Institution de l'orateur

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Quintilien, De l’Institution de l’orateur, trad. Nicolas Gédoyn, Paris, Grégoire Dupuis, 1718, livre huitième, chap. VI, « Des Tropes », p. 549-550.

C'est pourquoy la Catachrese est d'autant plus nécessaire. C'est un trope qui sert à donner un nom aux choses qui n'en ont point, en empruntant celuy qui leur peut le mieux convenir; comme, lorsque Virgile dit que les Grecs rebuttez d'un si long siege, & d'avoir tousjours les Destins contraires, enfin par l'inspiration de Pallas,

Se mirent à bastir un énorme Cheval*.

ou quand nous lisons dans les Vieux Tragiques, Le Lion va enfanter, & desja le voilà mere.* Il y a mille exemples de cette sorte. Car c'est ainsi qu'acetabulum se dit non seulement d'un vase à mettre du vinaigre, mais de plusieurs autres; & que pyxis ne signifie pas seulement une boëte de bouy, mais de quelque matiere que ce soit; & que nous appellons parricide non pas seulement celuy qui a tué son pere, mais aussi celuy qui a tué sa mere, ou son frere.

Et que l'on ne confonde pas ce trope avec la métaphore. Car il y cette différence, que la métaphore est pour les choses qui ont un nom, & la catachrese pour celles qui n'en ont point. Véritablement les Poëtes pouvant donner à bien des choses leurs vrais noms, aiment [p. 550; VIII, 6] mieux leur en donner d'autres, dont la signification est approchante. Mais c'est une licence abusive, & cela se pratique rarement en prose.



* Equum divinâ Palladis arte edifica*** En. l. 2.
* Ces Vieux Tragiques usoient de cette expression, parce que la mot leana n'estoit pas encore en usage.