Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

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Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. I, p. 230-232.

< Manchette : A raison de la différence des conditions & des fortunes.>

II. La différence des conditions & des fortunes produit encore de très-grandes différences dans les dispositions des esprits, & par conséquent dans la méthode que l’on doit [t. I, p. 231] suivre pour les manier, & dans les moyens qui peuvent réussir à leur inspirer le mouvement des passions. Les Grands & les Riches doivent être traités avec plus de ménagement ; les pauvres & les foibles avec affection & bonté. La Noblesse & les gens de guerre sont sensibles à l’honneur, & c’est le plus puissant ressort pour les échauffer. Quelle exhortation plus persuasive, & plus capable d’enflammer le courage, que ce peu de mots de Henri IV. combattant la Ligue à Ivri : « Enfans, si les Cornettes vous manquent, voici, disoit-il en leur montrant son casque surmonté d’un grand panache blanc, voici le signe du ralliement. Vous le trouverez toujours au chemin de l’honneur & de la victoire. Dieu est pour nous. » L’ordre médiocre des citoyens est touché des biens de la paix & du bon ordre. Les besoins de la subsistance sont ce qui intéresse le plus vivement le menu peuple. Il est aisé de pousser plus loin ces considérations : & on sent combien elles doivent influer dans les pensées & les expressions de l’Orateur qui veut toucher ; combien au contraire leur déplacement rendroit le [t. I, p. 232] discours non seulement incapable d’émouvoir, mais ou offensant, ou ridicule.