Quintilien, 94 : De l’Institution de l’orateur

Définition publiée par Emma Fanti

Quintilien, De l’Institution de l’orateur, trad. Nicolas Gédoyn, Paris, Grégoire Dupuis, 1718, livre cinquième, chapitre X, « Des Arguments. », p. 292-293.

LIVRE CINQUIÈME

CHAPITRE X. Des Arguments.

Venons présentement aux arguments. Sous ce nom je comprens tout ce qui s'appelle Enthymeme, Epichéreme, & Démonstration ; différents noms dont la signification n'est pas fort différente.

[...]

Mais le mot d'argument a encore d'autres significations. Car on l'employe pour dire une fable ou une fiction accommodée au théatre. Et Pédianus expliquant le sujet des Oraisons de Ciceron, l'argument, dit-il, est tel. Ce qui fait [p. 293 ; V, 10] voir que toute matiere dont on fait choix pour escrire, peut estre ainsi appellée. Mais icy j'entends par argument ce que Celsus entend par preuve, par indice, par motif de persuasion. Car il confond tous ces noms qu'il faut pourtant distinguer, si je ne me trompe. En effet, la preuve & la persuasion ne viennent pas seulement du raisonnement, mais elle vient aussi des signes, qui ne dépendent point de l'art oratoire ; & j'ay déja montré que ces signes ne devoient pas estre mis au nombre des arguments.

L'argument estant donc une maniere de prouver l'un par l'autre, & qui assure ce qui est douteux par ce qui ne l'est pas, il faut nécessairement que dans chaque cause il y ait un point fixe, qui n'ait pas besoin de preuve. Car s'il n'y avoit rien de certain, ni qui fust tenu pour certain, l'orateur seroit dans l'impossibilité de prouver quoy que ce soit.