Quintilien, 94 : De l’Institution de l’orateur

Définition publiée par Emma Fanti

Quintilien, De l’Institution de l’orateur, trad. Nicolas Gédoyn, Paris, Grégoire Dupuis, 1718, livre cinquième, chapitre X, « Des Arguments. », p. 303.

LIVRE CINQUIÈME

[...]

CHAPITRE X. Des Arguments.

[...]

Le genre ne sert de rien pour prouver l'espéce, mais il sert beaucoup pour l'exclure. Ainsi de ce que c'est un arbre, il ne s'ensuit pas que ce soit un plâne ; mais ce qui n'est point un arbre, ne peut jamais estre un plâne ; comme ce qui n'est point vertu, ne sçauroit jamais estre justice. Pour faire donc une bonne définition, il faut descendre du genre jusqu'à la derniére espéce. Par exemple, l'homme est un animal. Ce n'est pas assez. Car animal est le genre. Un animal mortel, ce n'est pas encore assez ; car mortel est bien une espéce, mais cela n'empesche pas que la définition ne soit commune aux autres animaux. L'homme est un animal mortel raisonnable. La définition est juste, & l'on n'a plus rien à desirer. Au contraire, l'espéce prouve nécessairement le genre, & l'on n'en tire pas grand avantage pour l'exclurre. Car ce qui est justice est nécessairement vertu ; & ce qui n'est pas justice peut néantmoins estre vertu, comme, force & tempérance. C'est pourquoy vous ne retrancherez jamais le genre de l'espéce, à moins que vous ne retranchiez de ce même genre toutes les espéces qui en dépendent, par exemple, de cette façon. Ce qui n'est ni mortel, ni immortel, n'est point animal.