Quintilien, 94 : De l’Institution de l’orateur

Définition publiée par Emma Fanti

Quintilien, De l’Institution de l’orateur, trad. Nicolas Gédoyn, Paris, Grégoire Dupuis, 1718, livre cinquième, chapitre XI, « Des Exemples. », p. 323.

LIVRE CINQUIÈME

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CHAPITRE XI. Des Exemples.

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Il en est de mesme des fictions des Poëtes, avec cette différence que celles-cy ayant moins d'autorité, trouvent aussi moins de créance dans les esprits. Cicéron qui est un grand maistre en tout, nous montre encore quel usage on en peut faire. Car voicy comment il s'en sert dans la deffense de Milon. C'est pourquoy, Messieurs, ce n'est pas sans raison que de sçavants hommes nous ont appris par d'agréables fictions, qu'autrefois Oreste ayant tue sa propre mere, pour venger la mort de son pere, & les Juges estant partagez sur un fait si extraordinaire, le coupable fut enfin absous par sentence, non pas seulement des hommes, mais mesme d'une Divinité que nous honorons particuliérement pour sa sagesse.

Ces fables mesme que l'on attribuë communément à Esope, quoy qu'elles ne soient pas de luy, car je croirois qu'Hesiode en est le premier Inventeur ; ces Fables, dis-je, peuvent aussi servir de preuve & d'exemple, sur tout auprès des personnes ignorantes & grossiéres qui reçoivent avec simplicité ce qui leur est présenté, & du plaisir qu'elles y ont, passent aisément à la persuasion. Aussi, dit-on, que Menenius Agrippa réconcilia le peuple avec le Senat, par cette fable que tout le monde sçait, des membres du corps humain qui s'estoient révoltez contre l'estomac. C'est ce que nous appellons Apologue, & nous voyons qu'Horace n'en a pas dédaigné l'usage dans ses poësies(a). A cette sorte d'exemple il en faut adjouster une qui est assez semblable. Je veux dire les Proverbes allégoriques, qui valent un Apologue en abregé, comme, Est-ce à faire au bœuf à porter le bast ?

(a) Olim quod vitipes agrote cauta Leoni, &c. ep. I. 1. 2.