Richesource, 1665 : L’Éloquence de la chaire

Définition publiée par Clara Delaveau

Jean Oudart de Richesource, L’Éloquence de la chaire ou la Rhétorique des prédicateurs (1665), Paris, à l’académie des orateurs, 1673, p. 84-86.

XIII. De tous les moyens que les Predicateurs peuvent enployer pour toucher & pour changer leurs Auditeurs außi agreablement, außi facilement & außi heureusement qu’il se puisse souhaiter, nous devons remarquer qu’il [ p. 114 ] n’y en a que deux qui soient des plus propres, des plus assurez & des plus faciles.

L’Anplification ou l’Exageration.

L’Hypotypose ou la Peinture des choses mêmes.

Qui sont deux des plus excellens termes de l’Eloquence, dont l’un represente la grandeur des Sujets qui se traitent, leur bonté, leur beauté, leurs deffaux, &c. & l’autre en découvre tous les accidens par la diversité des Trais & des Couleurs de l’Art oratoire, & trait pour trait, comme on parle, dont les Peintures doivent estre si vives, si naïves, si exactes & si ressenblentes qu’on soit forcé de dire qu’ils exposent les Originaux mêmes au lieu de leurs Peintures.

 

Comme nôtre Rhetorique generale Civile traite suffisanment de l’anplification de la description & des autres termes de l’Eloquence, & que nous en parlerons dans la suite de ce Systeme, il suffit de remarquer en ce lieu que l’Anplification, c’est à dire, la grandeur des choses, & la Description, c’est à dire, la Peinture, se tirent de deux endroits principaux.

  • Les Personnes.

  • Les Choses.

Mais principalement des choses, des faits, ou des actions, en les representant telles qu’elles se sont passées, ou telles qu’elles sont ou enfin telles qu’elles doivent estre ou qu’elles devoient estre, selon les adjoints, les parties ou les morceaux, pour ainsi dire, & les Circonstances, si ingenieusement conprises (au moins les principales) dans le vers ordinaire suivant.

Quid ? Quis ? Ubi ? Quotiesque ? Quibus ? Cur ? Quomodo ? Quando ?

Surquoy nous devons remarquer que les [ p. 115 ] Predicateurs doivent enployer dans ces sortes de Peintures, le plus qu’il leur est possible, les façons de parler ou les Phrases de l’Ecriture Sainte, soit qu’elle parle de la Contrition, de la Penitence, de la Gratitude, de la Patience, &c. & qu’au lieu d’user de la parole faire, il faut enployer celle de dire. Comme si nous voulions émouvoir nos Auditeurs à la Penitence & à demander pardon, nous pourrions nous enoncer de la maniere qui suit. Disons, ames Chrestiennes, disons, avec le Peager de nôtre Evangile : Seigneur mon Dieu ayez pitié de moy, soyez-moy propice & favorable. N’ayez point d’égard à ma vie passée, ne considerez point, &c. Et dans les actions de graces en cette maniere. C’est donc à nous, Fideles, à suivre, de la pensée & de la voix, le Prophete Royal David, & à dire apres luy, mais avec le même zele & la même ardeur, Mon ame loue le Seigneur ton Dieu. Mon ame &c.

Mais enfin parce que ces Maximes dont nous venons de parler sont generales & communes à toutes sortes de Passions, que les Predicateurs doivent ou exciter ou détruire, selon les ocasions, & qu’il n’est pas aisé de connoistre, de quelle sorte chaque passion, en particulier, ou dans son espece doit estre excitée ou étouffée ; afin de rendre cét ouvrage plus aconpli, nous sommes obligez de donner dans le chapitre suivant quelques Maximes speciales pour le mouvement des passions, en special, qui sont plus ordinairement la fin & le sujet des Predicateurs, & le fruit de leurs Predications.

Voyez Arist. Rhet. l. 2. depuis le c. 2. jusqu’au 12. où il parle admirablement bien de la maniere de les faire naître & de les conbatre. [ p. 116 ]