Richesource, 1665 : L’Éloquence de la chaire

Définition publiée par Clara Delaveau

Jean Oudart de Richesource, L’Éloquence de la chaire ou la Rhétorique des prédicateurs (1665), Paris, à l’académie des orateurs, 1673, p. 288-289.

 CHAPITRE XXV. De la Decoration & des Beautez ou Enbelissemens du Sermon & du Panegyrique.

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Mais il faut observer que quand les substantifs ou noms principaux portent leur signification & leur caractere, il est superflu & même ridicule, comme on par le vulgairement, d’y joindre des adjectifs, comme sont Noir, blanc, doux, au regard du Corbeau, de la Nége & du Miel, pour dire, le Corbeau noir, la Nége blanche, le Miel doux. Les Maîtres apellent ces significations superflues, des Redondances ou des Pleonasmes, & le vulgaire les nomme Chevilles oratoires, qui ne servent qu’à la cadance, ou à la plenitude periodique, qui est proprement ce qu’on nomme verbiage, qui exprime [ p. 320 ] une pensée ou un sens deux fois, sans necessité & sans energie ou sans Enphase.

 

Comme il se voit dans le vers qui suit tiré de ce beau sonnet de Cromuel qui commence,Que contre mon pouvoir, &c.

Il est vrai que je suis criminel en effet.

Parce que, Il est vrai, qui est le Blason ou la Formule de la Prêvention, est même chose ou même Formule que, En effet. Et ainsi on ne peut excuser ou sauver Horace dans le vers suivant de deux fautes, que par la voie de la cadance ou de la plenitude d’expression, pour renplir son vers & le faire cheminer, & non pas par celle du sens ou de l’energie & Enphase, quand il dit.

Optat Ephippia Bos piger, optat arare Caballus.

Sa premiere faute est de donner ou de marquer la parêsse du beuf, & sa pesanteur, comme s’il étoit necessaire & qu’elle ne fût pas connuë de tout le monde.

La deuxiéme faute est de ne point donner d’adjectif au Cheval qui ne le merite pas moins que le beuf, qui est ou la vitesse ou la légereté, le vers ne le pouvoit recevoir étant suffisanment renpli.

Et qui est le François, tant soit peu delicat qui pouroit soufrir le Fuluum, adjectif d’Aurum du vers suivant d’Ovide, si celebre versificateur.

Scilicet ut Fulvum spectatur in ignibus aurum.

Dans une Traduction, à peu pres de cette maniere.

Comme l’Or jaune au feu ne peut estre caché.

Ou bien le molli du vers suivant qui n’y est pas plus necessaire que le Fuluum, dans le précédent.

Non jacet in molli Veneranda scientia lecto.

Au contraire du Veneranda qui lui donne tant de grace que sans lui le vers n’en auroit point du tout.

Ainsi les Epithetes sonbres & dorez, sont hors d’oevre ou cheuilles dans les deux vers suivans.

La Nuit de ses sonbres voiles,
Les Raions dorez du Soleil

Parce que la Nuit porte son obscurité, comme le Soleil sa splendeur. [ p. 321 ]

Enfin nous disons que les adjectifs ou propres comme les précédans, ou adverbialisez, comme ponpeusesement, inpunément, dans ces deux Vers.

Ponpeusement etale.
Trionphe inpunément.

Sont des modifications ou specifications qui singularisent & marquent les substantifs, de leurs justes caracteres, comme il se voït dans les vers suivans où tout est regulier & parlant.

Pallida mors aquo pulsat pede, &c.
Pallida Luna pluit, rubicunda flat, alba serenat.

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