Richesource, 1665 : L’Éloquence de la chaire

Définition publiée par Clara Delaveau

Jean Oudart de Richesource, L’Éloquence de la chaire ou la Rhétorique des prédicateurs (1665), Paris, à l’académie des orateurs, 1673, p. 394-408.

 LA RHETORIQUE DE LA CHAIRE, LIVRE TROISIEME.

 CHAPITRE I. Du Panegyrique.

[...]

Le Discours Panegyrique principal, dont il s’agit icy, a deux Especes, qui sont.

  • La Loüange.

  • La Conjoüissance dont il ne s’agit pas icy.

La Loüange a sous elle deux Especes.

  • L’Une est directe ou proprement prise.

  • L’Autre est indirecte & inproprement prise. Le Panegyrique ou l’Eloge direct & proprement pris, se fait lors que les Predicateurs font l’Eloge des choses qui tirant leur merite d’elles-mêmes sont tres-dignes des loüanges qu’ils leur donnent, puis qu’elles se tirent du fonds ou sujet.

Cette sorte de Panegyrique a deux Especes.

  • L’Une se fait absolument.

  • L’Autre se fait par conparaison avec une autre chose loüable, ou plus ou moins, dont il n’est pas icy question.

L’Eloge ou le Panegyrique absolu pur & sinple, se fait lors que les Predicateurs loüent quelque vertu sinplemertt & absolument, sans en faire aucune conparaison avec une autre chose, qui est ou plus ou moins loüable.

La Conduite de l’Orateur, dans la conposition, dans l’economie & dans l’ordonnance de l’Eloge absolu, dépend des sept Maximes suivantes.


[ p. 424 ] I. Les Panegyristes ne doivent enploier dans l’Eloge que des pensées choisies, avec beaucoup de soin, les plus belles, les plus brillantes & les plus rares, parce que celles qui sont basses, vulgaires & renpantes diminuent beaucoup de la magnificence du sujet, au lieu de lui donner de l’éclat & de le rendre ponpeux, & que par de telles considerations en blame, pour ainsi dire, au lieu de loüer.

 

Comme il n’est pas possible de mieux écrire du Panegyrique, de ses regles & de toutes ses parties, qui sont comme infinies, qu’a fait Scaliger, dans son livre de la Poësie chap. 100. & suivans, ou dans cet admirable Traité, qu’il sousordonne à la Rhetorique, il donne beaucoup de beaux preceptes oratoires, nous ne pouvons nous deffendre d’en donner avis aux jeunes Predicateurs, où ils verront entr’autres, comme au ch. 101. cette regle que, ne pouvant pas dans un même acte de l’Ouvrage, exposer tout ce que la feconditè du sujet, la beauté, l’utilité, la necessité & le plaisir senblent exiger de la diligence des Panegyristes ; il faut faire choix des actes les plus heroïques, les plus recommendables, les plus touchans, les plus tendres, les plus beaux, les plus consolans & les plus edifians.

 

II. Puis que l’Eloge est une action de l’Orateur qui suppose le recueil de toutes les choses du sujet qui sont les plus loüables, on doit dire que l’expression ou la peinture la plus éclantante, & la description la plus avantageuse qu’ils en puissent faire, est le fondement de l’Eloge & la maniere de s’y prendre, la plus asseurée, & qu’à dire les choses [ p. 425 ] comme elles sont, il n’est autre chose qu’un Tableau & qu’une agreable exposition ou publication passionnée & pathetique, de tout ce qui releve le merite & la gloire de l’Illustre que l’on panegyrise.

 

Quoy que nous aions parlé assez anplement de la Description dans la deuxiéme partie de cét Ouvrage, en traitant de l’anplification, auquel lieu nous renvoions le Lecteur, comme aussi à nostre Rhetorique civile, nous ne laissons pas de remarquer qu’il y a quatre Especes de description de Tableaux ou de Peintures, qui sont.

1. Le Parallele ou l’Enblême.

2. L’Image ou le Tableau.

3. L’Etymologie nominale.

4. L’Hypotypose ou Description.

Et que l’une de ces quatre donne beaucoup de grace au Panegyrique.

1. Par le Parallele ou l’Enblême nous entendons la conparaison, le raport ou la confrontation de quelques qualitez du Heros, que l’on Panegyrise, avec quelques autres qui lui conviennent le mieux, & qui comme des traicts & des couleurs étrangeres & enpruntées, donnent beaucoup d’éclat & de lustre à sa vertu, comme l’enbléme d’un intrepide, avec le lion, en relevant le courage de l’un, pour faire paroistre la valeur de l’autre, & comme sont aussi les Paraboles & les autres allusions.

2. Par l’Image nous entendons la Peinture qui se fait du corps, ou de quelques-unes de ses parties, que l’on apelle le portrait, ou portraire ; comme. Et quoy que l’inconparable saint Paul ne fût ny de ces grandes tailes qui sont bien souvent moins utiles qu’incommodez, ny non plus de ces tailes basses & deprimées qui n’ont rien de recommandable, il ne laissoit pas, comme il le remarque luy même, d’avoir un certain air de majesté, de credit & d’autorité, &c.[ p. 426 ]

3. Par l’Etymologie, nous entendons le raport des mœurs du Heros que l’on Panegyrise avec son nom, quand il est heureux & favorable, qui donne lieu de faire d’agreables Tableaux des actions de la vie du Saint. Comme sont les noms des Patriarches, le Tu es Pierre, & sur cette Pierre j’edifieray mon Eglise & le Boanerges de l’Ecriture, & ainsi qu’il se voit dans la II. Verrine de Ciceron, O Verrea, inquit, praclara, &c. dans la V. de Sicile ravagée, & dans la VI. du sac d’une Ville prise & sacagée.

4. Par l’Hypotypose nous entendons le recüeil de tous les accidens, adjoints, actes, circonstances, ou formalitez qui établissent, singularisent & signalent quelques actions ou quelque fait, qui est la principale & la veritable Peinture, ainsi qu’il se peut voir dans les Exenples de l’Hypotypose que nous avons donné dans la deuziéme partie de ce Systeme, & ainsi qu’il se peut voir dans celle qui suit qui est de Jesus - Christ en Croix, de saint Augustin : Inspice vulnera pendentis Christi ; sanguinem morientis, precium redimentis, cicatrices resurgentis : caput habet inclinatum ad osculandum ; cor apertum ad diligendum, manus extensas ad amplectendum, &c.

 

III. S’il arrivoit que les Auditeurs ne fussent pas bien informez ny bien instruis du sujet de l’Eloge, il est de la prudence des Panegyristes d’en faire une succinte exposition qui en precede le Panegyrique.

 

IV. Et au contraire, s’il arrive que les Auditeurs soient tout à fait bien instruis du sujet ou du Saint dont ils veulent entendre le Panegyrique, il est de la conduite du Panegyriste de choisir les pensées de l’explication & de la description qui lui senblent les plus belles, & les plus éclatantes, & qui sont les [ p. 427 ] plus propres pour toucher le cœur des Auditeurs, & pour les porter à l’amour, à l’honneur & au respect, à la veneration, à l’imitation, &c. comme sont principalement celles qui se tirent des trois sources suivantes.

  • Les Causes.

  • Les Proprietez.

  • Les Effets.

Surquoi il faut remarquer avec tout le soin imaginable, qu’il ne faut prendre que les causes, les proprietez & les effets qui sont les plus propres & qui font le mieux au sujet & comme specifiques, qui marquent son vrai caractere, & qui le distinguent de tous les autres Saints : car autrement l’Eloge qui se feroit d’un tel Saint seroit commun, & comme, tel il ne seroit pas l’Eloge de ce Saint, ny surprenant ni propre, pour exciter l’amour, pour donner de l’admiration & faire naistre le respect, parce qu’il ne seroit pas specifique ou particulier.


V. Les Pensées ou les argumens qui doivent regner dans l’Eloge sont les Anplifications, tant les inartificieles que les artificieles.

Les principales Anplifications artificieles se tirent de ces deux endroits.

  • Les Exenples.

  • Les Opposez.

Et les Anplifications inartificieles se tirent du têmoignage qui est.

  • -De Dieu même.

  • Des Hommes. [ p. 428 ]

Qui ont loüé & recommandé le sujet ou la même vertu.


VI. Les Entrées & les issuës dans ces sortes de Discours doivent avoir quelque chose d’inpreveu, de surprenant, de ponpeux & de magnifique.

Et quoy que les parties de l’Eloge, pour l’ordinaire, doivent estre diffuses & étenduës pour la ponpe & pour la magnificence des pensées, des sentences, des expressions & des figures, on peut dire que la surprise & la precipitation, & dans l’Exorde & dans la peroraison, donnent une merveilleuse grace à ces sortes de Discours.

 

Comme la Prudence est la conpagne inseparable de l’Eloquence, il est de la discretion & de la conduite du Panegyriste d’en user d’une façon ou d’autre, selon les circonstances qui se presentent qui sont le sujet, le lieu, le tenps & les personnes.

 

VII. Les sinples paroles doivent estre vigoureuses & energiques.

Les Tropes, ou les termes enpruntez, comme sont les Metaphores, les Allegories, les Metonymies & les Synecdoches doivent estre fleuris, brillans & frequents.

Les Phrases & les Figures qui sont les plus ponpeuses & les plus magnifiques, y doivent estre enployées.

L’Action, c’est à dire l’air, le ton de la voix, le mouvement des yeux & le geste doivent estre [ p. 429 ] proportionnez à la grandeur du sujet ; c’est pourquoy elle doit tenir quelque chose du commun, de mediocre & de l’heroïque.

 

L’Eloge consideré au regard de son sujet a deux especes.

  • L’Une est des choses les plus dignes & les plus excellentes.

  • L’Autre est de celles qui le sont beaucoup moins.

L’Eloge qui se fait des choses qui sont les plus dignes & les plus considerables, a trois especes, parmy les Chrétiens.

L’Hymne pour la Divinité.

L’Eloge proprement pris, qui est pour les Anges.

Le Panegyrique proprement pris, qui est pour les Mysteres de la Religion, pour les Saints, les Martyrs, &c.

 

Nous sommes obligez d’avertir les jeunes Predicateurs, que les cinq termes suivans.

  • L’Hymne. - Le Panegyrique.

  • L’Eloge. - Le Psalme.

  • Le Cantique.

Ne sont pas tout à fait differens, & que l’usage plûtôt que les choses ou les actes en a fait la difference, desquels le Panegyrique, pour le Grec, l’Eloge pour le latin, & la Publication ou le recit pour le françois, en est comme le genre & le principal.

Le Cantique signifie le plus petit éloge, en étenduë, qui se fasse, que nous apellons chanson de devotion qu’on nomme spirituele, mais sans instrumens & sans harmonie : l’Hymne est un Eloge ou un recit de choses saintes, divines ou sacrées, mais de plus [ p. 430 ] grande étenduë que le Cantique, & aussi sans le secours des instrumens de Musique, & sans synphonie ou harmonie.

Le Pseaume est un Eloge divin qui conprend le Cantique & l’Hymne, mais auquel anciennement & du tenps de David se joignoient les instrumens de Musique que l’on marioit avec la voix, pour le rendre plus harmonieux, plus tendre, plus touchant & plus pathetique, soit en soliloque, ou personne seule, soit en Dialogue, dans lequel on peut enploier tous les actes de devotion.

  • La Loüange ou Psalmodiation.

  • La Confession ou l’Adveu.

  • Le Vœu ou le Sacrifice.

  • La Priere ou la Demande.

  • -La Contenplation ou l’Admiration.

  • La Meditation ou la Reflexion.

  • L’Action de Grace, &c.

Qui sont en usage parmi les Chrêtiens, comme autresfois parmi les Juifs, du tenps du Prophete Royal.

Le Panegyrique ou l’Eloge est un terme parmy les Predicateurs qui conprend les quatre autres, mais sans versification & sans harmonie, par l’extension & par l’elevation & l’abaissement des voieles, selon la mêsure de la versification, parce que la Musique est moins expeditive que la Prononciation ou la Declamation ordinaire, ainsi que nous le voyons dans le recit des Poëmes qui se declament harmonieusement dans l’Academie des Opera, dans lesquels l’on publie peu de chose en beaucoup de tenps comme aussi dans les Psalmodiations ordinaires ou l’Eglise n’enploi que fort peu de versets qu’elle tire des Pseaumes de David.

 

La Conduite du Panegyriste dans la conposition de l’Hymne dépend de la Maxime suivante.


Comme les Pensées qui peuvent estre [ p. 431 ] enployées dans l’Hymne, c’est à dire dans l’Eloge de Dieu, dependent de la perfection de son Essence qui est infinie, & de ses Attributs qui le sont aussi, on peut dire qu’il est inpossible de les remarquer toutes, comme dans le Panegyrique qui se fait de ses creatures. Et afin que le Panegyriste & les Auditeurs se puissent dégager agreablement & utilement de cette infinité de perfections qui sont en Dieu ou comme Createur, ou comme Puissant, ou comme Sage, &c. il les faut acomoder aux circonstances, du lieu & du tenps, &c.

 

La Maxime precedente nous aprend que le Predicateur est obligé de faire trois sortes d’Hymnes ou de celebrations divines.

1. Celle de Dieu Pere qui envoye.

2. Celle de Dieu Fils qui est envoyé.

3. Celle de Dieu Saint Esprit qui confirme & qui sanctifie.

Soit dans des Discours separez & faits exprez, soit dans les autres Discours, ou Sermons, ou Panegyriques, selon les ocasions, où il a toujours lieu de loüer la Divinité.

L’Hymne est un terme grec qui de tout tenps a esté enploié à signifier & à publier les loüanges de Dieu, non seulement parmi les Poëtes, mais encore parmi les Orateurs, comme qui diroit le chant & la celebration des loüanges de Dieu. Nous ne pouvons pas mieux en parler que le grand Scaliger en a écrit au 2. l. de sa Poëtique ch. 112. quand il dit Dei Laus sit in pectore, in animo, universaque cogitatione versari debet : quidquid sine ejus communione facias, id vere factum ne putes.

 

La Conduite du Panegyriste dans la [ p. 432 ] conposition de l’Eloge des Anges dépend de la Maxime qui suit.

 

Les Principales considerations qui doivent estre enployées dans le Panegyrique des Anges, doivent estre prises de deux endroits principaux.

  • Les Proprietez.

  • Les Effets.

Surquoy il faut observer que les Panegyristes se doivent conduire dans la conposition de ces sortes d’ouvrages avec tant de jugement, que dans leur Eloge, ils ne donnent pas aux Anges les perfections & les loüanges qui ne conviennent qu’à la seule Divinité, & qu’ils n’excitent dans leurs Auditeurs que des mouvemens proportionnez à l’excellence de ces sortes de Creatures, afin que la veneration qu’ils auront pour les Anges soit differente du culte qu’ils doivent à Dieu, qui est le premier principe & la derniere fin de toutes choses.


Comme les Panegyriques des Saints, par des Discours étendus sont plus ordinaires que les Hymnes pour Dieu & que les Eloges pour les Anges, à cause que Dieu a suffisanment fait son Eloge dans la creation de l’Univers, & que ce qui est invisible de luy, comme sa Bonté, sa Puissance, sa Sagesse & sa Providence, se voient facilement dans la creation & dans la conduite du monde, nous y insisterons d’avantage.

Et parce que les Hommes ne peuvent estre considerez qu’au regard de trois états qui sont.

  • [ p. 433 ] Celui de la Gloire, dans le Ciel.

  • Celui de la Grace sur la Terre.

  • Celui de la Raison dans la vie civile.

Nous voyons que les Panegyristes n’en peuvent faire que trois Eloges.

  • Celuy des Saints qui sont au Ciel.

  • Celuy des Grands Hommes.

  • Celuy des Hommes ordinaires.

Et comme il n’y a proprement que le Panegyrique des Saints qui fasse l’ocupation des Predicateurs, nous renvoyons les deux autres à la Rhetorique civile que nous avons faite pour ces sortes de sujets, & nous n’insisterons que sur le Panegyrique proprement pris, qui ne peut estre que celuy des Saints.

Le Panegyrique propremeut pris, qui fait la seconde fonction des Predicateurs, est de deux sortes, en quelque maniere, selon la diversité des deux sexes.

  • L’Un est celuy des Saints.

  • L’Autre est celuy des Saintes, qui ne donnent pas moins d’ocupation aux Predicateurs que celuy des Saints.


De l’Eloge des Saints. Article I.

 

LA Conduite du Panegyriste dans la conposition & dans l’ordonnance de l’Eloge des Saints dépend des trois Maximes qui suivent. [ p. 434 ]

 

I. Ce que nous avons dit de l’Eloge en general, dans la quatriéme des Maximes generales precedentes, a son usage en celle-cy ; c’est pourquoy nous devons remarquer que le fondement du Panegyrique d’un Saint, quel qu’il puisse estre, dépend d’une exacte description qui se doit faire des choses qui senblent les plus considerables, & qui font sa difference particuliere ou individuele, comme on parle ; de laquelle description personele, ainsi que d’une feconde pepiniere, le Panegyriste doit tirer toutest les considerations qu’il estime les plus propres, selon les circonstances, pour exciter ses Auditeurs à l’admiration, à l’estime, au respect, à l’amour & à l’imitation de la vie de la personne dont il publie le merite, & la gloire.

 

II. Comme la diversité des periodes de l’âge oblige à faire des reflexions tres-particulieres, il est à propos que le Panegyriste s’y arrête quelquefois, selon qu’il le juge à propos, pour donner de l’éclat & du poids aux considerations les plus solides, qu’il enploye dans l’Eloge qu’il fait de la personne dont il celebre la memoire.

 

III. Si la varieté des periodes de l’âge fournit quelquesfois des pensées qui donnent du relief aux plus belles actions de la vertu du Saint, celles qui se prennent de la condition & de l’enploy de la même personne ne sont pas moins considerables. [ p. 435 ]

 

Et comme la vie ou publique, ou privée met un homme en estat de faire plusieurs belles actions extremément differentes les unes des autres, les Predicateurs ne doivent pas obmettre cette circonstance, non plus que celle qui regarde les vertus intellectueles, qui sont les sciences ou speculatives ou pratiques, ou civiles qui sont ou politiques ou œconomiques, ou morales & personneles ; toutes lesquelles considerations fourniront une anple matiere aux anplifications, aux enrichissemens, aux ornemens & aux varietez, de l’Eloge & de toute l’action du Panegyriste.

 

De l’Eloge des Saintes. Article II.

 

LA Conduite du Panegyriste dans la conposition & dans l’ordonnance des Panegyriques des Saintes dépend des cinq Maximes suivantes.


I. Comme il y a un plus grand nonbre de Saints que de Saintes, & que leurs enploys & leurs actions ont esté plus frequentes, plus élevées & plus surprenantes ; on peut dire que l’Eloge des femmes Saintes donne moins d’occupation aux Panegyristes que celuy des Saints, qui, par le privilege de leur sexe, ont toujours eu de grans avantages qui les ont [  p. 436 ] rendus beaucoup plus recommandables dans toutes les actions de leur vie.


II. Pour avoir une plus grande facilité dans la conposition & dans l’Economie du Panegyrique des Saintes, nous devons remarquer qu’il ne peut estre tiré que de deux considerations principales.

LesVnes sont generales ou communes à tout le sexe.

Les Autres sont speciales ou particulieres à quelques-unes.

Les Considerations generales qui regardent l’Eloge des Femmes, conprennent les vertus qui sont propres à leur sexe, comme sont la Pudeur, la douceur, la modestie, la delicatesse, en suite l’œconomie, le soin du ménage, &c. Comme ces vertus du sexe n’ont rien d’extrordinaire, elles ne peuvent faire le fondement de leur Eloge, mais elles servent à le renplir & à le leur rendre propre, parce que les vertus Chrétienes qui en sont le fondement sont communes & senblables dans l’un & l’autre sexe.


III. Les Considerations speciales, au contraire, conprennent les vertus qui tenant plus du sexe masculin, ont eu quelque chose de plus heroïque que celles, qui sont communes & ordinaires au sexe feminin, comme sont principalement.

  • La Magnanimité. [ p. 437 ]

  • La Patience.

  • La Taciturnité ou le silence.

  • La Prudence.

  • La Connoissance des belles choses, & des plus relevées, y ayant eu des Saintes tres-sçavantes.


IV. Comme ces sortes de considerations speciales sont tres-propres pour les Anplifications & les Exagerations, les Panegyristes ne les doivent pas obmettre, & principalement celles qui distinguent ces Saintes Femmes d’avec les Hommes, qui n’ont pas eu les mêmes avantages, & qui n’ont pas exercé les mêmes Vertus, & même d’avec les femmes ordinaires, dont la vie n’a rien eu d’extrémement recommandable.

 

V. Les Enrichissemens, les Ornemens & l’action dans les Metaphores, & dans les Figures, le mouvement des yeux & du visage ne doivent avoir d’autres marques que celles de la douceur, de l’agréement, de la tendresse, & de la delicatesse, qui est le veritable caractere du sexe.