Richesource, 1665 : L’Éloquence de la chaire

Définition publiée par Clara Delaveau

Jean Oudart de Richesource, L’Éloquence de la chaire ou la Rhétorique des prédicateurs (1665), Paris, à l’académie des orateurs, 1673, p. 327-339.

 LA RHETORIQUE DE LA CHAIRE, LIVRE SECOND.

 

 

CHAPITRE PREMIER. De l’Action du Predicateur.

 

NOUS avons parlé assez anplement de la conposition, qui est la premiere Fonction du Predicateur, suit que nous parlions de la seconde qui est comme l’ame de la piece qu’ils ont conposée, qu’on appelle l’Action, qui la rend infiniment plus considerable & de plus grand merite que celle qui est seulement écrite ou couchée sur le papier & destituée de la grace que lui donne l’action & la Declamation. [ p. 359 ]

Il n’y a point de doute qu’à considerer la Predication en gros, les Predicateurs n’ont que deux principales actions à faire.

Celle de la Meditation ou Preparation.

Celle de l’Action ou de la recitation.

La Fonction de la Preparation, comme nous avons veû, a trois actes principaux.

1. La Tractation.

2. La Disposition.

3. La Decoration.

Celle de l’Action ou de la recitation qui est comme la consommation de l’Autre, a deux Parties.

  • Celle de la Memoire ou du Cabinet.

  • Celle de la Prononciation ou de la Chaire.

 

Comme il est des Ouvrages de l’Eloquence ainsi que de ceux des autres Ars, & même des productions de la Nature, nous pouvons dire que comme la nature tire sa gloire de la consommation de ses productions & qu’elles sont tout à fait inutiles, si elles ne sortent de son sein ; ainsi quelle excellence que puisse avoir une piece d’Eloquence à la sortie du Cabinet, elle n’est presque d’aucune consideration, si elle n’est publique ou par la voie de l’Ecriture ou par celle de la Declamation.

 

La conduite des Predicateurs dans l’Action publique vulgairement nommée Declamation, dépend de la Maxime qui suit.

 

I. Comme une Piece d’eloquence tire presque tout son merite, de la prononciation & de l’action, dans laquelle elle trouve toute sa force, sa consommation & son energie, il est [ p. 360 ] sans doute, qu’elle n’est pas seulement plus belle que celle qui est ou sinplement écrite, ou du moins qui est à demy leuë & à demy recitée, mais encore qu’elle est infiniment plus propre à toucher les Auditeurs & à les enlever, par les charmes de la parole, que par ceux des sinples caracteres ou de la seule lecture.

L’Experience ne nous aprend que trop la verité de la Maxime precedente, & qu’un discours de la meilleure conposition qu’il se puisse imaginer, enrichi de tout ce que la science & l’Histoire ont de plus curieux & de plus rare, & même enbelli de tout ce que l’Eloquence a de plus charmant, s’il n’est recité, comme il le doit estre, il est infiniment moins agreable & moins persuasif & touchant qu’un autre qui l’est beaucoup moins, mais qui a les graces de la Declamation, c’est à dire les beautez de l’action & les charmes de la Prononciation.

 

L’Inpression du disconrs dans la memoire est la premiere Fonction de l’Orateur, apres celle de la conposition, & cette inpression de memoire a deux Especes.

  • L’Une est inparfaite.

  • L’Autre est achevée.

L’Inpression inparfaite du discours dans la memoire, est celle des Predicateurs qui ont recours, ou au papier, ou à un ami : au papier pour se soulager, dans lequel ils écrivent les sommaires de ce qu’ils doivent dire : ou à un ami qui soulage la memoire de celui qui recite : cet artifice n’a pas grand usage parmi les Predicateurs du tenps, qui sont toujours [ p. 361 ] tres-bien preparez, à moins qu’ils aient peu de memoire & d’exercice, & qu’ils doivent parler.

L’Inpression parfaite du Discours dans la memoire est celle qui n’a besoin que de la seule memoire qui rend fidelement aux Predicateurs, les pensées & les expressions & les enrichissemens qu’ils lui ont confié.

 

Comme ce n’est pas icy nostre dessein ny le lieu de traiter de la memoire naturele & artificiele, il nous suffit de dire que les principaux secours de la memoire sont les quatre qui suivent.

  • La Connoissance des choses.

  • L’Art ou la Methode.

  • L’Ecriture ou le papier.

  • L’Exercice ou l’Usage.

La propre experience qu’un chacun a fait de sa memoire, dans les rencontres, est suffisante pour le conduire dans cet exercice.

Mais enfin nous ne pouvons nous dispenser de traiter, icy une question qui fait au sujet, & dont la resolution peut estre tres-utile aux jeunes Predicateurs, qui est de sçavoir s’il faut que le Predicateur s’assujetisse à aprendre, par memoire, toute la piece & jusqu’aux moindres dictions, & mot à mot, comme en parle, ou si pour éviter cette servitude, il se doit abandonner à son naturel, à son peu de memoire, à sa propre suffisance & capacité ? Pour résoudre la question, il faut user de quelque distinction & dire que ceux qui, par leur propre experience, sçavent qu’ils ont fort peu de memoire, & beaucoup de presence d’esprit, de capacité & de genie ou de naturel, ne doivent jamais preparer de piéces, tout à fait travaillées, & encore moins les aprendre, mot à mot ; C’est assez qu’il prénant les principales considerations qu’ils ont fait sur le sujet, où il se sont preparez de leur mieux, seulement par l’explication, l’anplification & la refutation [ p. 362 ] & qu’ils se disposent à un inpromptu, comme on parle, & qu’ils se laissent aller à leur genie, & s’il estoit possible qu’ils pussent oublier le sujet, les qualitez du sujet, l’anplification par les effets, les contraires & les senblables (ce que nous ne croions pas possible) ils peuvent les marquer sur un carton, pourveu qu’au prealable, ils se soient fait un stile d’inpronptu assez raisonnable & commode. Mais enfin nous disons que cette Methode n’est bonne que dans les assenblées de gens capables, & non pas populaires, ou de ces sortes de personnes qui ne sçavent pardonner que dans le confessional, a moins que ce soit des Predicateurs ou autorisez ou ocupez dans de grandes affaires. Et pour ce qui est des jeunes Predicateurs qui ont du loisir, de la memoire & peut-estre de la paresse un peu, & souvent trop da presonption ou d’eux-mèmes ou de leur bonheur, nous leur conseillons de faire toutes les démarches suivantes, c’est à dire tous les actes de la belle Declamation.

I. Qu’ils étudient leur sujet le plus exactement qu’il leur sera possible, selon les preceptes de ce Systeme, afin que de toutes les pensées qui y sont & qu’ils veulent enploier dans le discours, & confier à leur papier & à leur memoire, il ne leur en échape aucune.

II. Qu’ils se fassent un dessein ou une ordonnance, afin d’y raporter les plus belles remarques qu’ils ont dessein d’exposer au peuple, & le tour par écrit.

III. Qu’ils les enbellissenr & les enrichissent de toutes les plus belles curiositez de leurs lectures, qu’ils trouveront dans leurs repertoires, des plus beaux ornemens de l’Art oratoire, & les figures principalement.

IV. Qu’ils aprennent le tout de memoire & mot à mot apres l’avoir leu & releu, & analysé, c’est à dire apres s’estre rendu les raisons de leur conposition, comme d’une construction de Syntaxe, & qu’ils le recitent plusieurs fois seuls, & ensuite en presence de quelques-uns de leur amis & avec toute la grace & le dégagement qu’ils souhaiteroient que leurs meilleurs amis en usassent devant eux, en leur place, & qu’ils [ p. 363 ] continuent de la sorte jusqu’à ce qu’ils aient aquis les six habitudes qui suivent.

1. Celle de la Meditation.

2. Celle de la Disposition.

3. Celle de la Composition.

4. Celle de l’Expression.

5. Celle de la Recitation.

6. Celle de l’Action.

Par le frequent usage de ces six actions ils aquerront facilement ces six belles habitudes des hommes consommez & qui ne demandent qu’une apresdinée, pour se preparer & pour se faire admirer, sur des sujets d’inportance, quels qu’ils puissent estre, ce qu’on apelle vulgairement l’impromptu ou le coup de Maistre des grans Orateurs, qui sont en estat d’écrire, comme ils parlent, & de parler comme ils écrivent : qui pour y mieux reüssir reduisent ordinairement leurs pieces à de fort petits sommaires, qu’ils écrivent sur un carton ou lors qu’ils n’ont pas la memoire fort heureuse, ou lors qu’ils sont avancez en âge, ou lors qu’ils n’ont pas le loisir d’aprendre leur discours. Ils peuvent estre eux-mêmes les Juges du nonbre des actes ou de Meditation, & de Conposition, ou d’Expression ou de Disposition, ou de Recitation, ou d’Action qu’il leur faudra faire, pour avoir la Disposition consommée & convertie en cette divine habitude qu’on apelle, *** pour dire, déclamer divinement, ne nous étant pas possible de les déterminer, à cause que cette habitude dépend des trois principes de toutes les habitudes.

  • La Nature ou le Genie.

  • La Methode ou l’Art.

  • L’Exercice ou le Travail.

Qui ne sont pas moins differentes que les Personnes qui n’ont pas toutes une naissance egalement heureuse, ny les mêmes Maistres, ni une même assiduité & opiniatreté au travail. Voiez nostre Preface aux jeunes Predicateurs, comme aussi nostre Rhetorique civile sur le Traité de la memoire ou d’aprendre par cœur. [ p. 364 ]

Enfin le meilleur avis que nous puissions donner & aux uns & aux autres, c’est de faire une analyse sommaire de leur piece comme qui diroit l’anatomie & le squelete, en la denuant & dépoüillant de tous ses ornemens & de toutes ses anplifications oratoires, tant pour voir si elle est dans le bon sens & bien économisée, que pour la conprendre & la posseder ; & apres cette reveuë se laisser aller à leur genie ou naturel & à leur propre fecondité, & les autres, à leur habitude de parler, d’agir & de reciter.

 

CHAPITRE II. De l’Action en general.

 

NOus venons de parler de l’Inpression du Discours dans la memoire qui est le deuxiéme acte de l’Orateur, suit que nous parlions du troisiéme qui est l’action.

 

Ce Troisiéme acte de l’Orateur est celui que les Maistres de l’Art nomment l’Action du Predicateur, mais prise par excellence, parce que c’est celle-là qui fait la perfection & la consommation de toutes les autres, que nous avons traitées, qui sont.

1. La Meditation. 6. L’Inpression.

2. La Narration. 7. La Decoration.

3. La Distribution. 8. L’Anplification.

4. La Confirmation. 9. La Refutation.

5. L’Expression. 10. L’Application.

Et qui se raportent toutes à l’Action comme des lignes à leur centre.

 

L’Action du Predicateur considerée generalement, n’est autre chose que le mouvement ou la maniere d’agir & de prononcer de celui [ p. 365 ] qui déclame, qui consiste dans l’agitation de la langue & de ses organes, pour la declamation & des autres parties du corps, qui contribuent le plus à la parole, que l’on apelle eloquantes & les mains principalement, non seulement pour faire connoistre aux Auditeurs l’inportance de la matiere ou du sujet qu’il traite, mais aussi pour exciter ou étouffer les Passions, hâter ou arêter les mouvemens des Auditeurs, comme les deux principales fins qu’il se propose, ensuite de la Refutation des opinions contraires.

La conduite du Predicateur dans l’usage de l’Action & de la Declamation ou Prononciation, dépend de deux sortes de Maximes.

  • Les Unes sont generales.

  • Les Autres sont speciales.

La Maxime generale regarde l’Action du Predicateur prise en general qui conprend & l’Action & la Declamation conjointement.


I. La beauté, l’excellence & la perfection de l’Action du Predicateur au regard du Geste & de la Declamation conjointement, dépend de la Morale, & principalement au regard des quatre vertus qui suivent.

  • La Comité ou l’Elegance.

  • La Civilité ou la Politesse.

  • -La Majesté ou la Gravité.

L’Eulalie ou la Grace de la Parole. Par l’usage desquelles vertus civiles & morales, le Predicateur ne peut rien commetre, dans le tenps de l’Action & de la [ p. 366 ] declamation, qui puisse choquer ni la dignité du sujet, ni l’excellence de la Profession, ni la sainteté du lieu, ni les yeux, ni l’aureille des Auditeurs.

Voiez nostre Rhetorique civile.

Les Maximes speciales, regardent seulement la Declamation ou la Prononciation du Predicateur, qui sont les trois qui suivent.

 

I. La Declamation, la Prononciation ou la recitation ou de l’Homilie ou du Sermon, ou du Panegyrique ou de l’Oraison Funebre, doit estre conforme à la nature du sujet, accommodée aux manieres des Auditeurs, & conpassée ou ajustée, ou à la naissance ou à la ruine des passions, que le Predicateur est obligé ou de faire naistre ou de faire mourir.

 

Les Maximes precedentes nous sont voir que les moindres vertus de la Morale ne sont pas moins à l’usage de l’Action oratoire, qu’à celui du dessein, des preuves, de la refutation, de l’aplication, de l’expression & de l’ornement.

Il y en a parmi les Maîtres qui tiennent que les quatre vertus ou perfections precedentes de la basse Morale, ne sont point du ressort de la Rhetorique, puis qu’elles regardent l’action oratoire, qui est moins frequente que les autres fonctions de la même profession, la Meditation, la Conposition, les Preuves, &c. qui suposent la veracité pour rendre le discours vrai, Vir probus & dicendi peritus, & qu’ainsi la Declamation ou l’Ait de la Prononciation qui ne regarde que les discours qui se declament en public ne merite pas, pour si peu d’usage, que les Rheteurs traitent de ces quatre susdites Vertus, dans le Systeme de l’Art oratoire, au prejudice de la Morale.

Les Autres estiment qu’elles apartiénent au [ p. 367 ] Systeme de la Rhetorique, & qu’en effet plusieurs Maistres en l’Art de bien dire, parlent anplement des Vertus de la basse Morale qu’on apelle civile.

Mais enfin pour vider ce different en peu de paroles, il faut dire que ces quatre vertus de la Morale civile ne sont pas du ressort ni du Systeme de la Rhetorique, mais que la Rhetorique les enprunte & les suppose de la Morale, qu’elles sont à son usage & qu’elle en doit traiter.

Pour entendre cette decision, il faut remarquer qu’il y a deux sortes de Discours.

  • Celuy qui ne doit estre que vrai, serieux, sincere, grave, majestueux & sententieux.

  • Celuy qui en outre, doit estre pathetique & persuasif émouvant, &c.

Quand il s’agit du Discours grave, serieux, severe & vrai, il est sans doute que ces perfections de l’Art oratoire sont du ressort de la Morale qui conduit les mœurs & la maniere de vivre, qu’il n’en faut point faire de mention dans le Systeme de la Rhetorique, mais seulement dans celui de la Morale.

Mais lors qu’il s’agit d’un Discours persuasif oratoire ou afectueux, il est vrai de dire qu’il apartient à la Rhetorique de parler de tout ce qui peut contribuer à la persuasion, étant sans doute, qu’il ne suffit pas qu’un discours, pour estre persuasif ; soit seulement vrai, grave, serieux, beau, elegant & poli, il faut encore qu’il soit animé par la declamation : & parce que la declamation dépend des dehors & des circonstances locales, tenporeles & personneles qui relevent de la basse Morale, qui conbat l’incivilité, la rusticité & l’indécence, il est sans dificulté que la Rhetorique doit traiter des quatre Vertus civiles precedentes, ou pour mieux dire, les enprunter de la Morale (à qui il apartient d’en connoistre) pour les accommoder à son usage, étant certain qu’un habile Predicateur les doit connoistre & posseder pour en user dans les grandes actions, où il est obligé de paroistre. [ p. 368 ]

 

II. Comme la pluspart des hommes, & le plus souvent, n’agissent que par les sens & ne s’émeuvent qu’à la presence des objets sensibles, il est evident que l’action ne sçauroit estre ni trop belle ni trop charmante, puis que sans elle toutes les autres fonctions oratoires, les Preuves, l’Elocution, la Resutation, &c. sont presque sans effet, & ne donnent point dans les sens comme l’Action, qui estant naïve & judicieuse, fait voir aux Auditeurs, par les hypotyposes ou peintures, les choses comme en original, ce qui fait que l’inpression des sentimens du Predicateur sur l’imagination des Auditeurs est plus vive & plus propre pour en émouvoir les affections & les mouvemens.

 

Les Maistres de l’Art sçavent bien dire que l’Eloquence est la Maistresse & la conquerante des libertez & des autres puissances soit animales, soit brutales, soit raisonnables, mais ils se mettent fort peu en peine de nous faire connoistre comment elle sçait se rendre la maistresse de l’ame, du cœur, & de toutes ses puissances, ce qu’elle ne peut faire que par le secours de l’Action ou du Geste & de la Declamation, qui donnent la vie, l’ame, la vigueur & la force aux raisons, qui sans ces secours de l’Action & de la declamation seroient ou mortes ou languissantes. C’est aussi ce qui fait dire à Ciceron dans son Orateur, parlant à Brutus, Actio est eloquendi comes & quasi corporis quadam eloquentia ; neque tam refert ea, qua intra nos ipsos composuimus, quàm quomodo efferantur ; siquidem ita quisque, ut audit, movetur ; quare neque probatio ulla, qua venit ab Oratore, tam firma est ut non perdat vires suns, nisi adjuvetur asseveratione dicentis ; puisqu’en effet, [ p. 369 ] dans la pensée de Quintilien, Affectus omnes languescant necesse est, nisi voce, & vultu, & totius prope corporis habitu inardescant. Lib. 2. c. 3. C’est ce que Démosthene répondit à celui qui luy demandoit, en quoy consistoit la force de l’Eloquence, dans la seule Prononciation jointe à l’Action, luy dit-il. Ce que Ciceron exprime à sa maniere quand il dit, que l’action est le fort & le dominant du grand Orateur, Vna in dicendo actio dominatur.

 

III. Les Predicateurs doivent estre si judicieux dans l’action qu’ils evitent les deux extremitez.

L’excez qui fait l’Action theatrale ou tragique ou comique.

Le Defaut qui rend l’Action morte ou languissante, pour ne pas dire, ni aise ou ridicule.

 

La beauté de l’action est de si grande consequence pour la naissance des passions & des mouvemens, ou au contraire pour leur ruine, que les plus habiles Orateurs de l’antiquité, se désians d’eux-mêmes sur ce point, se sont servis de toutes les voies imaginables, pour la rendre charmante, comme sont des miroirs fideles, des amis capables, & mêmes des personnes publiques comme les Comiques ; & au raport de Plutarque, Ciceron se faisoit corriger par Esopus & Roscius Comediens ; & Demosthene, avant lui, par un nommé Satyrus. Et l’Histoire remarque, que du tenps de Platon ; la Republique d’Athenes entretenoit des Chironomistes (comme qui diroit des Maistres de main, ou de geste,) dans l’Echole ou la sale de la Chironomie, pour dire, de l’Eloquence manuelle, qu’il met au nombre des vertus civiles, & que Chrysippe loüe fort dans son traité de l’éducation des enfans.

 

L’Action oratoire ainsi considerée a deux Especes, parties ou fonctions. [ p. 370 ]

  • Celle de la voix qui est la Prononciation.

  • Celle du Geste qui est l’Action proprement prise.

Cette Division de l’Action oratoire est fondée sur les sens & sur les organes des disciplines, qui sont.

  • L’Ouye pour la Prononciation.

  • La Veuë pour l’Action ou le Geste.

Qui sont les deux sens par lesquels nous aquerons le plus grand nombre des plus belles connoissances.

 

Comme le mouvement des parties du corps, qui contribuent à la beauté & à la force de l’action, ne regarde que ces deux belles puissances ou facultez des Disciplines, l’Ouïe & la Veuë, les yeux & les aureilleS & que c’est par leur ministere que les Auditeurs sont sensibles & favorables, & qu’ils jugent de la bonté & de la beauté d’un Sermon, il est du devoir des Rhetoriciens d’en parler aux jeunes Predicateurs, & de celui des Predicateurs d’y travailler avec toute l’aplication & le soin imaginable ; puis qu’en effet, dans la pensée de l’Orateur, constat actio voce & motu, & que, Oculos natura nobis & aures ad motus animorum dedit. 2 de Oratore.