Gaspard Gilbert Delamalle, 1816 : Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau

Définition publiée par Marie-Sarah Messier

Gaspard Gilbert Delamalle, Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau, Paris, Delaunay, 1816, t. I, p. 13-14.

Définition publiée par Marie-Sarah Messier, le 23 mai 2022

LIVRE PREMIER.

Du caractère propre de l’éloquence judiciaire.

 

 [...]

CHAPITRE III.

De la vocation ou des dispositions naturelles nécessaires à l'orateur du barreau. 

[...]

ARTICLE III.

Des facultés intellectuelles.

     [...]

 

Il est une faculté dont on n'a pas besoin de relever le mérite, et dont l'importance au barreau se fait d'elle-même assez sentir ; c'est la mémoire, que Cicéron appelle Thesaurus omnium rehum. Heureux celui qui l'a reçue de la nature aussi vaste que flexible, aussi durable que prompte : pour lui le travail est presque insensible, et le talent reçoit de la science le plus puissant secours.

Toutefois, l'étendue de cette faculté est plus utile à la fortune de l'orateur de notre barreau, que nécessaire à sa renommée. En facilitant le travail, elle permet d'embrasser plus d'objets, de se charger de plus d'affaires, et d'éprouver sans trop d'inconvéniens les remises souvent réitérées des causes. une mémoire plus lente, moins durable, oblige à de plus longues préparations, à les renouveler aux remises de la cause, à multiplier les recherches, à fixer ses idées sur le papier. Mais, en prenant plus de peine, et avec la ressource de plaider sur des notes que l'on peut étendre selon le besoin, et figurer de la manière la plus favorable à sa mémoire, on en corrige l'infidélité. On suffit à moins de causes ; mais celles dont on se charge y gagnent ordinairement. Trop de facilité dispose à la négligence, excite à trop entreprendre, et ne produit assez souvent que l'imperfection.