Gaspard Gilbert Delamalle, 1816 : Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau

Définition publiée par Marie-Sarah Messier

Gaspard Gilbert Delamalle, Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau, Paris, Delaunay, 1816, t. I, p. 83-87.

Définition publiée par Marie-Sarah Messier, le 25 mai 2022

 

  CHAPITRE IV.

      Du début du barreau.

[...]

ARTICLE III.

Comment convient-il de plaider en débutant ?

[...]

Doit-on lire son plaidoyer, ou le dire de mémoire, ou plaider sûr des notes ? […]

Pour celui qui serait sûr de sa mémoire et maître de lui-même, le choix ne serait pas douteux en toute espèce de cause : en disant de mémoire, il conserverait toute la liberté de l'action, et la jouissance de son auditoire ; mais nous délibérons dans l'hypothèse contraire, et je pense qu'il faut se procurer, pour sa sûreté, toutes les garanties possibles, lorsqu'il s'agit de fonder un état sur lequel le début peut avoir tant d'influence. 

Toutefois, la nature de la cause doit déterminer l'étendue des sûretés à prendre. Pour une cause légère et une courte plaidoirie, on témoignerait une inquiétude qui ressemblerait à l'incapacité, si l'on arrivait avec l'appareil d'un plaidoyer écrit : c'est le cas de s'en remettre à sa mémoire, en possédant bien l'affaire, et s'aidant, s'il est nécessaire, de quelques réclames aux endroits où l'on voudrait se faire des points d'appui.

 

Mais si l'affaire a de l'importance et de l'étendue, il faut écrire. Les avocats les plus célèbres ont écrit leurs premiers plaidoyers. Il n'est pas sans inconvénient, il est vrai, de lire un plaidoyer écrit, à l'ordre et à la suite duquel on se trouve assujetti ; car, si l'adversaire vous interrompt pour établir une contradiction ou faire une concession qui attaque votre système, ou qui coupe votre plan, vous pourrez être fort embarrassé à vous retrouver dans votre cahier. Le tribunal même peut désirer, ou plus d'éclaircissemens sur un point, ou que l'avocat s'abstienne d'une discussion superflue, et le plaidoyer écrit sera décomposé. L'orateur lui-même ne pourra pas, en lisant, suivre aussi bien sur la figure de ceux qui l'écoutent, l'impression de ce qu'il dit, et, selon le besoin, étendre ou resserrer sa discussion. Il perd les bonnes fortunes des inspirations subites ; enfin, il est bien difficile que, dans la lecture, l'action conserve toute sa liberté, sa grâce et sa vivacité : c'est ce qui a rendu générale l'habitude de plaider de mémoire, ou sur de simples notes.

D'ailleurs, il y a des moyens de sauver en grande partie les inconvéniens de la lecture : c'est d'abord de savoir assez son plaidoyer pour n'avoir qu'à jeter légèrement les yeux dessus : c'est de séparer les différentes parties de narration ou de discussion, de manière à pouvoir omettre ou supprimer à volonté ce qu'on serait obligé d'abandonner : c'est, enfin, de ne pas trop s'en reposer sur ce qui est écrit, et de posséder sa cause, de sorte qu'on soit en état d'intercaler de tête, ce que la circonstance conseillerait d'ajouter.

S'il est prudent de lire ses premiers plaidoyers, il faut s'en abstenir, dès que les premières impressions de l'audience ne sont plus à craindre. Dans les tribunaux de Paris, personne aujourd'hui, soit avocat, soit avoué, ne lit soin plaidoyer : celui qui s'en ferait une habitude, semblerait vis-à-vis des autres dans un état à infirmité.

Après deux ou trois plaidoyers au plus, il faut graduellement s'accoutumer, d'abord à narrer, ensuite à discuter de tête certaines parties, donnant chaque jour plus de latitude à cette faculté.