Gaspard Gilbert Delamalle, 1816 : Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau

Définition publiée par Marie-Sarah Messier

Gaspard Gilbert Delamalle, Essai d’institutions oratoires à l’usage de ceux qui se destinent au barreau, Paris, Delaunay, 1816, t. I, p. 9-11. 

Définition publiée par Marie-Sarah Messier, le 29 mai 2022

 

CHAPITRE II.

Du caractère propre de l’éloquence judiciaire, et particulièrement de celle de notre barreau.

 

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ARTICLE II.

   Des facultés physiques.

LES facultés premières sans lesquelles toutes les autres sont infructueuses et restent comme impuissantes, sont les facultés physiques : c'est une constitution propre au travail du cabinet comme à l'exercice de l'audience, et qui tient moins de la force du corps que de l'activité de l'esprit : c'est cette énergie dans le principe vital qui produit la vivacité de la pensée et la chaleur du sentiment, et qui est la source précieuse du don d'exprimer facilement ce qu'on a fortement conçu : c'est une organisation heureuse pour la parole et pour l’action, unissant l'agrément à la force, les moyens de plaire aux moyens de porter la conviction dans les esprits.

Inutilement la nature aura donné le jugement, l'imagination et toutes les facultés de l'esprit, si elle a refusé à la voix les qualités, et à la poitrine la puissance nécessaire ; et, en donnant la puissance, elle aura peu fait pour l'orateur, si elle ne lui a départi ni charme dans la voix, ni dignité dans le maintien, ni grâce dans les mouvemens ; si elle ne l'a doué pour la parole de ce qui excite l'intérêt, de ce qui soutient l'attention, de ce qui attire la bienveillance et produit la persuasion.

C'est surtout aux qualités de la voix que ces avantages sont attachés, à sa mélodie qui plaît à l'oreille, à son accent qui touche le cœur. Il y a là une séduction qui captive l'auditeur et le dispose à croire, comme dans certaines physionomies un air qui prévient et qui inspire la confiance. Ce n'est pas aux éclats d'une voix retentissante que ce charme appartient, mais à quelque chose de gracieux dans le son, de moelleux dans les intonations et d'affectueux dans l'accent ; qualités qui, venant de la sensibilité de l'orateur, correspondent au cœur de celui qui l'entend. Le mérite de la voix est de beaucoup d'importance en tout genre d'oraison, cet organe étant le principal et le plus puissant instrument de l'action : il est considérable surtout dans un genre qui admet peu de gestes et de mouvemens du corps.

Aussi, faut-il que les aspirans au barreau soient avertis de cette importance, et sachent bien que les vices de l'organe sont les pires de tous ; et qu'avec une voix ingrate et un mauvais débit, on ne doit pas vouloir être orateur : « Sunt quidam aut ita linguâ haessitantes, aut ita voce absoni, aut ita vultu motuque cor poris vasti atque agrestes, ut etiamsi ingeniis atque arte valeant, tamen in oratorum nu merum venire nou poesint»