Jacques Du Roure, 1662 : La Rhétorique françoise

Définition publiée par Leïla Perrier

Jacques Du Roure, La Rhétorique française nécessaire à tous ceux qui veulent parler, ou écrire comme il faut et faire ou juger : des discours familiers, des lettres, des harangues, des plaidoyers, et des prédications, Paris, chez l’Auteur, 1662, Troisième partie, p. 26, 30-33.

Définition publiée par Leïla Perrier, le 24 juin 2022

             Il y a cette difference entre les figures dont il reste à parler que comme on peut voir par leur noms mémes, celles qu’on apelle de la diction consistent dans les mos au lieu que les autres qui reçoivent le nom de figures de la pensée, ne dependent que des choses. Cela n’empéche pourtant pas que les paroles qui expriment ces derniers figures ne soient elles mémes des figures ni consequenment qu’elles n’appartennent à ce lieu. [...] [p. 30] [...]

             Toutes les figures qui nous restent à examiner, consistent dans les choses & sont distinguées par les choses. Il faut donq apprendre qu’il y a deux sortes de ces figures. Les unes regardent les personnes ; savoir l’orateur & ceux à qui il parle ou de qui il parle les autres ne regardent ce semble que les differans sujets dont l’orateur traite. [...] [p. 31] [...]

Les Figures qu’on raporte à d’autres qu’à l’Orateur sont de deux sortes. Les vnes regardent la personne de l’adversaire & celle de l’auditeur, ou separément ou ensemble : les autres ne s’accommodent pas seulement aux personnes, mais quelquefois à toutes sources de suiets. [...] [p. 32] [...] Les Figures dont nous n’avons pas encore parlé sont ou les mémes quelquefois, comme l’Exclamation & l’Epiphonême, ou differentes dont nous pouvons êtablir deux sortes. Les unes sont accouplées comme l’Assimilation & l’Opposition, l’Augmentation & la Diminution, l’Obsecration & l’Execration, la Periphrase & l’Aposiopese. Les autres sont desunies comme la Distribution, la Sentence & l’Hypotypose. [...] [p. 33] [...] L'Hypotypose est comme une vive image du sujet que l’on traite. Balzac nous en a donné cét exemple. Representez-vous, dit-il, le cruel Theodoric, apres la mort du sage Symmaque. Il est assis à une table d’or & d’yvoire, chargée des tribus de plusieurs Provinces, des depouilles de la Terre & de la Mer. Ce n’est pas tout que cela : Les douces fumées des parfums, les charmes ravissants de la Musique, la compagnie des femmes libres & desireuses de plaire, les bouffons & les flateurs ne manquent point à Theodoric. Il croit se pouvoir réjouir aveq ce grand appareil de joye. Mais tout d’un coup on sert devant luy la tête d’un gros poisson. Et il s’imagine d’abord & il s’écrie immediatement apres, que c’est la tête de Symmaque qu’on luy apporte de l’autre monde ; que c’est Symmaque qui sort du tombeau, & qui s’apparoît à luy aveq sa tête sanglante. Cette tête que Theodoric a fait couper, ne luy donne ni paix ni tréve. Ce sang innocent qui a êté versé par ses ordres & par l’Arrest de ses Commissaires, le poursuit iusques dans l’azile de la volupté, iusques dans le sein de ses maitresses & entre les bras de ses favoris. Il a toûjours en presence un objet qu’il veut toûjours fuir. Il se souvient incessamment de ce qu’il veut incessamment oublier. Il trouve par tout des images de son crime, & les plus mal peintes comme celle-cy, ne laissent pas de blesser son imagination & de corrompre les plaisirs qui luy ont êté preparez.