Jacques Du Roure, 1662 : La Rhétorique françoise

Définition publiée par Leïla Perrier

Jacques Du Roure, La Rhétorique française nécessaire à tous ceux qui veulent parler, ou écrire comme il faut et faire ou juger : des discours familiers, des lettres, des harangues, des plaidoyers, et des prédications, Paris, chez l’Auteur, 1662, Troisième partie, p. 34-35.

Définition publiée par Leïla Perrier, le 25 juin 2022

       Les vices que Vaugelas a remarqués contre la netteté du discours sont la Transposition, la mauvaise structure, les Equivoques, les Parentheses frequentes, & les longues Periodes. [...] [p. 35] [...]

              La raison pourquoy l’on desaprouve les Parentheses qui sont trop grandes & en trop grand nombre, c’est qu’elles détournent l’attention & changent la memoire. Les Digressions neanmoins que l’on prend ordinairement pour des especes de Parenthese, ne laissent pas d’agréer, lors qu’elle sont necessaires pour l’intelligence du principal sujet, ou que d’ailleurs l’Orateur les fait avéque jugement, par exemple au milieu d’un long discours & apres des choses qui soient assez embarassantes & assez difficiles, pour faire desirer un reposoir. Les Digressions hors delà choquent presque toûjours. On sait pourtant que Ciceron avoit des Exordes qu’il appliquoit aux matieres les plus differentes. On sait que de nôtre temps méme, Balzac a commencé son Prince par la description de l’Automne, de la Charante & de la misere des esclaves Chrestiens sous le Turc : qui sont trois choses aussi éloignée entr’elles que du sujet, où Balzac les fait entrer. Enfin on sait que souvent Dion Chrysostome ne parle de rien moins que de ce qu’il s’estoit proposé. Cela arrive quelquefois à Montagne quoy qu’il soit un de nos plus celebres & plus judicieux Escrivains. Mais ces autoritez ne me persuadent point. Quelqu’un voudroit-il qu’apres qu’on auroit ouy ou lu ses discours, on dit : Voila de belles choses si elles estoient à propos ! On peut raporter aux Parentheses l’Interposition d’un ou de plusieurs mots entre deux autres qui sont ioints ce semble naturellement, comme le verbe auxiliaire avoir ou estre & le participe passif : I’ay beaucoup souffert de douleur, ie suis extremement tourmenté. Cette Interposition non seulement n’est pas inusitée, mais a quelquefois une beauté & une grace particuliere.