Jacques Du Roure, 1662 : La Rhétorique françoise

Définition publiée par Leïla Perrier

Jacques Du Roure, La Rhétorique française nécessaire à tous ceux qui veulent parler, ou écrire comme il faut et faire ou juger : des discours familiers, des lettres, des harangues, des plaidoyers, et des prédications, Paris, chez l’Auteur, 1662, Quatrième partie, p. 75.

Définition publiée par Leïla Perrier, le 02 juillet 2022

          C'est principalement dans le Genre judiciaire ou dans l’accusation & dans la deffense que l’on considere avéque soin l’état de la question, c’est à dire ce que l’adversaire nie, & ce dequoy les iuges veulent étre instruits. Car s’ils doutent du fait, il faut employer les coniectures, qui dependent de la volonté & du pouvoir que l’on a eu d’agir. La volonté est prouvée ou par les passions qui lexcitent, comme la haine, l’envie, l’esperance & l’esperance de l’impunité ; ou par les signes, qui la suivent, & qui consistent dans les paroles ou dans les actions. Le pouvoir de faire quelque chose est prouvé par les circonstances, du lieu principalement & du temps. Les Rhéteurs ensegnent deux autres moyens d’établir une coniecture. Ils tirent le premier, des signes qui precedent, qui accompagnent, ou qui suivent l’action, des menaces, des cris, de la fuite : Et le second, des témoins. Lors que le Fait est manifeste on montre qu’il est conforme au droit, ou qu’il est excusable & digne de pardon, ou enfin qu’il n’est pas tel qu’on le nomme, ce que les Latins appellent Etat Definitif ; comme ils appellent Couleur ce qu’on raporte afin de couvrir, ou d’excuser une mauvaise action. La manieré d’éluder les argumens n’est pas différente de celle, dont on se sert pour les établir, soit dans ce genre ou dans les autres. Car par exemple si l’on oppose une loy ; on l’explique ou on la combat par une autre loy, ou écrite ou naturelle. Pour les témoins, les iuremens, les pactions & la confession méme des criminels extorquée par les tourmens, l’orateur en fait voir ou la foiblesse ou la force & la certitude, selon qu’ils luy sont contraires ou avantageux. Les exemples du Genre judiciaire que l’on peut tirer de Ciceron sont toutes ses Oraisons, que ie n’ay pas rapportées, lors que i’ay parlé des autres genres. Celles qu’il a faites pour Cluentius, pour Murene, pour Sylla, pour le Comedien Roscius, pour Cœcinna sont des Deffenses : & la seconde, la troisiéme, la quatrième & la cinquieme Verrines des Accusations. La question traitée dans l’Oraison pour Sextius, pour Milon : pour sa Maison, pour Plancius, pour Quinctius est du Droit. L’état des Oraisons contre Vatinius, pour Cœlius, pour Balbus, pour C. Rabirius, pour Deiotarus, pour Flaccus, pour Roscius Amerinus, pour Fonteius est celuy que les Rheteurs apellent Coniectural. On voit celuy de la Qualité dans l’Oraison pour Ligarius.