Le Gras, 1671 : La Rhétorique française

Définition publiée par RARE

Le Gras, La Rhétorique française ou les préceptes de l’ancienne et vraie éloquence accommodés à l’usage des conversations et de la Société civile, du Barreau et de la Chaire, Paris, 1671, première partie « De l’Invention », chap XVII, "Des Lieux des arguments en général", p. 51-53

Définition publiée par RARE, le 18 avril 2018

Des Lieux des Argumens en general.

 

Apres avoit parlé des Questions & des Estats, il semble que l’ordre demandoit qu’on montrast comme il faut soûtenir chaque estat par les Argumens qui luy sont propres, ainsi que Quintilien a fait dans le septiéme Livre de ses Institutions Oratoires Intitulé de la disposition, apres avoir parlé des lieux des Argumens dans le cinquiéme, au Sujet de la confimation. Mais outre qu’il faut, à l’exemple du mesme Quintilien traiter auparavant, des lieux des Argumens, il a esté impossible de traiter icy de cette partie de la disposion ou application des lieux des Argumens à chaque espece d’etat, parce que tant s’en faut qu’on puisse rien diminuer de ce qu’en a dit Quintilien, qu’il faut au contraire y apporter beaucoup de choses, sans lesquelles on n’en peut connoître l’importance ny l’utilité : Car ce sont des moyens generaux, & des manieres generales qui doivent servir à traiter toutes les contestations qui peuvent arriver entre les hommes : mais cela doit être reservé pour exercer les jeunes gens, suivant le conseil qu’Antoine celebre Orateur en donne, & l’exhortation qu’il leur en fait dans le troisiéme Livre de l’Orateur de Ciceron en ces termes : Hanc ad consuetudinem exercitationis vos adoliscentes est cabortatus Antonius arque à minutis auguisitis que [p. 52] concertationibus ad omnem, vim varjetarique vos differendi traducendos puravit : Ce qu’ils pourront faire dautant plus facilement que toutes ces choses leur seront nettement expliquées.

Mais il faut se contenter de faire voir icy ce que c’est qu’Argumens, les lieux d’où ils se tirent : & dans la confirmation on montrera comment il les faut placer : & la manière de les revêtir des ornemens de l’Eloquence.

 Le mot d’Argument est equivoque, & signifie plusieurs choses. Il se prend pour un discours abrégé qui se met au commencement ou à la teste d’un Livre, pour marquer de quoy il traite : & en cet endroit il signifie une chose que l’on invente par la force de l’esprit pour en prouver une autre ce qui est marqué par l’etimologie du mot : car Argumentum veut dire argute invenam.

Les argumens, comme il a esté dit cy-devant sont de trois sortes. Les premiers servent à prouver. Les autres à gagner la bienveillance des Auditeurs, & s’attirer leurs bonnes graces : & les derniers à les émouvoir.

 Toute sorte de preuve est fondée sur les trois temps, le passé, le present, l’avenir : D’où viennent les antecedens, les accompagnans & les suivans.

Une chose sert à prouver une autre, & celle qui prouve, est ou égale ou plus grande, ou plus petite.

Il y a trois sortes de preuves. Les unes sont necessaires, les autres croyables, & les autres qui n’ont point de repugnance.

Les deux dernieres sont propres à l’Orateur étant [p. 53] assez que ses raisons soient vray semblable daurantque les moyens necessaires, ruinent la question, & font cesser la contestation.

Tout raisonnement est fondé sur des signes sur des Arguments, ou sur des Exemples.