Le Gras, 1671 : La Rhétorique française

Définition publiée par RARE

Le Gras, La Rhétorique française ou les préceptes de l’ancienne et vraie éloquence accommodés à l’usage des conversations et de la Société civile, du Barreau et de la Chaire, Paris, 1671, première partie « De l’Invention », chap XVII, "Des lieux des arguments en général", p. 54-55

Définition publiée par RARE, le 20 avril 2018

Des Argumens en particulier.

Il n’y a que ce qui est vray, ou vray semblable qui puisse servir à prouver une chose.

Les choses passent pour certaines quand elles frappent les sens, comme ce que nous voyons & entendons.

 Les choses dont les sens peuvent juger facilement, estant arrestées par un tres grand nombre de personnes de divers temps, de diverses nations, & de divers interests, qui en parlent comme les sçachant par eux-mesme. & qu’on ne peut soupçonner d’avoir conspiré ensemble pour appuyer un mensonge, doivent passer [p. 55] pour aussi constantes & indubitables que si on les avoit veuës de ses propres yeux.

Il y a trois especes de choses croyables : La premiere a quelque certitude, comme que les enfans sont aimez de leurs parens : La seconde est apparence, comme celuy que se porte bien aujourd’huy ne mourra pas demain : La troisiéme qui ne repugne point, comme il n’est point hors de vray-semblance qu’un homme estant dans une maison où l’on a volé ait commis le vol.

Ce que dessus supposé les Argumens artificiels se tirent du fonds de la question : il n’y a point de question qui ne regarde une personne ou une chose & par consequent les Argumens se tirent ou des personnes ou des choses.

Les Argumens qui se tirent des personnes servent pour l’ordinaire à prouver les faits & ceux qui se tirent de la chose servent à establir le droit.