Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, 1782 : Manuale rhetorices

Définition publiée par Vialleton

P. T. N. Hurtaut, Manuale rhetorices ad usum studiosae juventutis academicae, Exemplis tum Oratoriis, tu Poeticis, editio tertia, Paris, chez l'auteur, 1782, troisième section "De Elocutione", chapitre I "De sermonis Elegantia", "De stylo", p. 166-168.

 Quid est Stylus tenuis seu infimus?

 Qui ad familiare loquendi genus propiùs accedit, nec tamen suo destitutus ornatu incedit.

 Quaenam sunt argumenta Styli infimi?

 Epistolae familiares, Fabulae, Narrationes, & c. quae sale festivitatis docere & placere possint.

Quaenam sunt exemplaria hujus generis?

Apud Latinos praesertim Poëtae Terentii Comoediae, & apud Gallos Fabulae Fontanii, quibus addito Orationes Abbatis de Fleuri de Historiâ Ecclesiae.

Quid ergo cavendum erit?

Ut termini sint proprii, phrasis nitida absque redundantiâ, & elegantia simplex.

Cedo exemplum.

Ita sequens D. Nicole, Éducation d’unPrince, part. II. n. 39. in quo exemplum praecepto jungitur.

« Il y a deux sortes de beautés dans l’Éloquence. L’une consiste dans les pensées belles & solides, mais extraordinaires & surprenantes. Lucain, Séneque, & Tacite sont remplis de ces sortes de beautés. L’autre, au contraire, ne consiste nullement dans les pensées rares, mais dans un certain air naturel, dans une simplicité facile, élégante & délicate, qui ne bande point l’esprit, qui ne lui présente que des images communes, mais vives & agréables; & qui sçait si bien le suivre dans ses mouvements, qu’elle ne manque jamais de lui proposer sur chaque sujet les objets dont il doit être touché, & d’exprimer toutes les passions & les mouvements, que les choses qu’elle représente y doivent produire. Cette beauté est celle de Térence & de Virgile. Et l’on voit par-là qu’elle est encore plus difficile que l’autre, puisqu’il n’est point d’auteur dont on ait moins approché que de ceux-là. »

Sic etiam apud Bolaeum, Satyr. III.

Quand un des Campagnards relevant sa moustache,

Et son feutre à grands poils ombragé d’un panache,

Impose à tous silence, & d’un ton de docteur:

Morbleu, dit-il, La Serre est un charmant auteur:

Ses vers sont d’un beau style, & sa prose est coulante.

La Pucelle est encore une oeuvre bien galante,

Et je ne sçais pourquoi je baille en la lisant.

Le Païs [note: Poëte.] sans mentir est un bouffon plaisant;

Mais je ne trouve rien de beau dans ce Voiture.

Ma foi, le jugement sert bien dans la lecture.

A mon gré, le Corneille est joli quelquefois.

En vérité, pour moi, j’aime le beau François.

Je ne sçais pas pourquoi l’on vante l’Alexandre; [note: Tragédie de Racine.]

Ce n’est qu’un glorieux….........

Les Héros chez Quinaut parlent bien autrement;

Et jusqu’à je vous hais, tout s’y dit tendrement.