Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, 1782 : Manuale rhetorices

Définition publiée par Vialleton

 P. T. N. Hurtaut, Manuale rhetorices ad usum studiosae juventutis academicae, Exemplis tum Oratoriis, tu Poeticis, editio tertia, Paris, chez l'auteur, 1782, troisième section "De Elocutione", chapitre II "De Sermonis Dignitate", "De figuris","Figurae sententiarum", "De Sententiâ, gallice la Pensée", p.224-225 et Tractatus de fabula seu narratione, Gallicé le Récit, chapitre II "De ornamentis narrationis", articulus III "De sententiis", p. 370-372.

 

 

 

 De Sententiâ, gallicè la Pensée.

Quid est Sententia?

Juxtà Ciceronem, est dictum & oratio brevis ac praeclara.

Quid spectandum est in Sententiâ?

Ipsius conformatio, five modus; (id est le tour de la Pensée).

Quaenam requiruntur ut stylo oratorio digna sit?

Veritas & Illustratio.

Quid Illustrationem efficit?

Figurae Oratoriae & Loci communes.

Quid Veritatem?

Ea mentis suasio, quae minùs titillet quàm convincat.

Affer exemplum hujusmodi Sententiae.

Ita Horatius, lib. I. Od. IV.

Pallida Mors aequo pulsat pede

       Pauperum tabernas,

Regumque turres, & c.

 

La Mort a des rigueurs à nulle autre pareilles;

         On a beau la prier,

La cruelle qu’elle est, se bouche les oreilles,

         Et nous laisse crier.

Le Pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre,

         Est sujet à ses loix;

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

         N’en défend pas nos Rois.

                                         Malherbe.

Et Lib. II. Od. III.

 Aequam memento rebus, & c.

 A quonam capite pendet expositio Sententiae?

 Ex Elocutione.

 In quo prosita est Elocutio Sententiae?

 In verborum nexu, numero & ornatu.

 Quid discriminis inter Elocutionem oratoriam & vulgarem?

 Quod vulgaris, ut plurimùm sit simplex & nativa; oratoria verò, prout argumenti oratio postulat, longè vividior, Metaphoris uberior, Figuris illustrior; mox fusa periodis, mox praeceps & abrupta.

 

[...]

 

 De Sententiis.

 Fons alius venustatum sunt Sententiae, rerumque observationes scitè per Narrationem cum curâ disseminatae. Eas hoc nomine tantùm appellamus, in quibus aliquid quod animos moveat deprehenditur, quo simul etiam ex ordine vulgari evelluntur.

Exemplum apud Cornelium legere est in Tragoediâ cui titulus Nicomede, Act. II. sc. I. ubi inducit Prusiam de Nicomede silio suo loquentem, cujus vultus ipsi gravis erat & molestus: his verbis:

Si je n’étois bon pere, il seroit criminel;

Il doit son innocence à l’amour paternel;

C’est lui seul qui l’excuse, & qui le justifie,

Ou lui seul qui me trompe, & qui me sacrifie.

Car je dois craindre enfin que sa haute vertu

Contre l’ambition n’ait en vain combattu,

Qu’il ne force en son coeur la nature à se taire.

Qui se lasse d’un roi, peut se lasser d’un pere;

Mille exemples sanglants nous peuvent l’enseigner.

Il n’est rien qui ne céde à l’ardeur de régner;

Et, depuis qu’une fois elle nous inquiette,

La nature est aveugle, & la vertu muette.

Te le dirai-je, Araspe? il m’a trop bien servi;

Augmentant mon pouvoir, il me l’a tout ravi;

Il n’est plus mon sujet qu’autant qu’il le veut être;

Et qui me sait régner, en effet est mon maître.

Pour paroître à mes yeux, son mérite est trop grand.

On n’aime point à voir ceux à qui l’on doit tant.

Tout ce qu’il a fait parle au moment qu’il m’approche;

Et sa seule présence est un secret reproche.

Elle me dit toujours qu’il m’a fait trois fois roi,

Que je tiens plus de lui qu’il ne tiendra de moi;

Et que si je lui laisse un jour une couronne,

Ma tête en porte trois que sa valeur me donne.

J’en rougis dans mon ame; & ma confusion,

Qui renouvelle & croît à chaque occasion,

Sans cesse offre à mes yeux cette vûe importune,

Que qui m’en donne trois, peut bien m’en ôter une;

Qu’il n’a qu’à l’entreprendre, & peut tout ce qu’il veut.

Juge, Araspe, où j’en suis, s’il veut tout ce qu’il peut.

Sententiis acutissimis & exquisitissimis undique abundat Fontenellus; in eo, quae vulgatissimae sunt sententiae, eae radiis jucundissimae novitatis splendent; attamen eum imitari, saepius esset periculosum, ut experientiâ constat; satìs sit admirari. Audire liceat illum disserentem de affinitate quam habent inter se magniloquentia & dictio jocularis.

« Le magnifique & le ridicule, inquit, sont si voisins qu’ils se touchent. Rien n’est plus aisé que de tourner en burlesque les choses les plus sublimes. Tout ressemble à ces ouvrages de perspective,où des figures dispersées çà & là, vous forment, par exemple, un empéreur, si vous les regardez d’un certain point; changez ce pointde vue, ces mêmes figures vous représentent ungueux. »

Sed ad Fontanium redeamus. Hic Poëta satìs dives est, satìsque copiosus, ut nobis sententias & applicationes è proprio fundo suppeditet, quae animos undique novitate ac ferè miraculo percutiant. Modò enim soliditate suâque firmitate feriunt, cùm v. g. dicit.Fab. 36:

           Un liévre en son gîte songeoit.

Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe?

modò acumine & subtilitate, ut in Fabulâ seq. 228. ad Dominam De la Sabliere:

Je vous gardois un Temple dans mes vers,

Il n’eût fini qu’avecque l’univers.

Déjà ma main en fondoit la durée

Sur ce bel art qu’ont les Dieux inventé,

Et sur le nom de la Divinité

Que dans ce Temple on auroit adorée.

Sur ce portrait j’aurois ces mots écrits;

Palais sacré de la Déesse Iris,

Non celle là qu’a Junon à ses gages,

Car Junon même, & le maître des Dieux,

Serviroient l’autre, & seroient glorieux

Du seul honneur de porter ses messages.

L’apothéose à la voûte eût paru,

Là tout l’Olympe en pompe eût été vû

Plaçant Iris sous un dais de lumière.

Les murs auroient amplement contenu

Toute sa vie; agréable matière,

Mais peu féconde en ces événements

Qui des états font les renversements.

Au fond du Temple eût été son image,

Avec ses traits, son souris, ses appas,

Son art de plaire & de n’y penser pas,

Ses agréments à qui tout rend hommage, & c. & c.