Pierre Thomas Nicolas Hurtaut, 1782 : Manuale rhetorices

Définition publiée par Vialleton

P. T. N. Hurtaut, Manuale rhetorices ad usum studiosae juventutis academicae, Exemplis tum Oratoriis, tu Poeticis, editio tertia, Paris, chez l'auteur, 1782, première section "De Inventione", prmère partie "De locis, tùm intrinsecis, tùm extrinsecis", chapitre II "De Locis intrinsecis", II "De Praejudiciis", p. 67-69.

Quid sunt Praejudicia?

Sunt quaedam Aulae superioris vel alterius Jurisdictionis anteriora judicia, quae ad praesentis rei judicium, vel causae definitionem, aliquid momenti afferre possunt, Cic. pro Mil. n. 12.

Quandonam iis uti licet?

Cùm causae favent adhibenda, cùm adversantur refellenda.

Quomodo cùm favent?

. Cùm in causa simili jam latum fuerit aliquod judicium definitivum.

. Cùm de certis quibusdam capitibus & ad nostram causam pertinentibus jam pronunciatum est.

. Cùm aliquis judex minor ante judicaverit & de causa decisionem praedixerit.

Horumce Praejudiciorum jus jactatur & ad confirmationem concluditur.

Affer exemplum.

Tullius adversùs hostes Milonis eorum argumenta retorquet, n. 12. & seq.

Sequitur illud quod à Milonis inimicis saepissimè dicitur, & c.

Quomodo cùm adversantur?

Vide supra de legibus ab adversario contra causam oppositis, pag. 65.

Cedo exemplum quod taediolum hujusce loci minuat, simulque probet.

Sic Racinius in fibula quae inscribitur les Plaideurs, inducit personam Chicaneau dictam, lites suas delineantem alteri personae cui nomen La Comtesse, act. I. sc. 7.

Depuis quinze ou vingt ans en çà,

Au travers d’un mien pré certain ânon passa,

S’y vautra, non sans faire un notable dommage,

Dont je formai ma plainte au Juge du village.

Je fais saisir l’ânon. Un Expert est nommé;

A deux bottes de foin le dégât estimé;

Enfin au bout d’un an Sentence, par laquelle

Nous sommes renvoyés hors de cour. J’en appelle.

Pendant qu’à l’audience on poursuit un arrêt;

Remarquez bien ceci, madame, s’il vous plaît.

Notre ami Drolichon, qui n’est pas une bête,

Obtint pour quelqu’argent un arrêt sur requête,

Et je gagne ma cause. A cela que fait-on?

Mon chicaneur s’oppose à l’exécution.

Autre incident. Tandis qu’au procès on travaille,

Ma Partie en mon pré laisse aller sa volaille.

Ordonné qu’il sera fait rapport à la Cour

Du foin que peut manger une poule en un jour.

Le tout joint au procès, enfin, & toute chose

Demeurant en état, on appointe la Cause.

Le cinquième ou sixième avril cinquante-six,

J’écris sur nouveaux frais. Je produis, je fournis

De dits, de contredits, enquêtes, compulsoires,

Rapports d’experts, transports, trois interlocutoires,

Griefs & faits nouveaux, baux & procès-verbaux.

J’obtiens Lettres-Royaux, & je m’inscris en faux.

Quatorze appointements, trente exploits, six instances,

Six-vingt productions, vingt arrêts de défenses,

Arrêt enfin, je perds ma Cause avec dépens,

Estimés environ cinq à six mille francs.

Est-ce là faire droit? est-ce là comme on juge?

Après quinze ou vingt ans? Il me reste un refuge;

La Requête civile est ouverte pour moi;

Je ne suis pas rendu.

Ita vicissim tristitias suas enumerat La Comtesse.

Monsieur, tous mes procès alloient être finis;

Il ne m’en restoit plus que quatre ou cinq petits:

L’un contre mon mari, l’autre contre mon père

Et contre mes enfants. Ah! monsieur, la misère!

Je ne sais quel biais ils ont imaginé,

Ni tout ce qu’ils ont fait. Mais on leur a donné

Un arrêt par lequel, moi vêtue & nourrie,

On me défend, monsieur, de plaider de ma vie.