Joseph Victor Le Clerc, 1837 : Nouvelle Rhétorique, extraite des meilleurs écrivains anciens et modernes

Définition publiée par Corinne Denoyelle

Joseph-Victor Le Clerc, Nouvelle Rhétorique, extraite des meilleurs écrivains anciens et modernes, suivie d'Observations sur les matières de composition dans les classes de rhétorique, et d’une Série de Questions à l’usage de ceux qui se préparent aux Examens dans les Collèges royaux et à la Faculté des Lettres, Bruxelles, Société belge de librairie, etc., Hauman, Cattoir et comp°, 1837 (1ère éd. 1823), p. 68

Définition publiée par CD, le 11 avril 2016

L’exorde est la première partie du discours, qui prépare l’auditeur à entendre la suite. L’objet de l’orateur est de s’y concilier la bienveillance et l’attention de ceux qui l’écoutent.

1° Il méritera la bienveillance par l’expression des moeurs, par un air de probité et de modestie.[p. 69] Ces qualités doivent régner dans tout le discours; mais c’est surtout en commençant que l’orateur doit les montrer. Il nuirait à sa cause par un ton trop décisif, trop plein de confiance. La modestie, qui rehausse toujours le prix des talents et des vertus, porte un caractère de candeur qui ouvre le chemin à la persuasion. Soyez modeste, mais non pas timide; imitez la sage hardiesse de Démosthène: Athéniens, je voudrais vous plaire, mais j’aime mieux vous sauver.

L’orateur mettra encore l’auditeur ou le juge dans ses intérêts, s’il donne une idée avantageuse de ceux qu’il défend, et s’il les représente exempts de haine, d’injustice, d’opiniâtreté (Cicér., de Orat., II, 43). C’est avec des couleurs opposées qu’il doit peindre ses adversaires, pour peu que leur conduite et leur caractère donnent lieu à la censure. Mais qu’il prenne garde de montrer de la passion, et de manquer aux égards qui sont dus aux talents, au rang, à la naissance. Ses plaintes doivent être justifiées par la nécessité de défendre ses clients. Plus il usera de ménagement, plus sa modération lui conciliera les esprits et tournera au désavantage de ses adversaires.

Les anciens rhéteurs voulaient enfin que, selon les circonstances, l’orateur intéressât les juges par des motifs tirés de la personne de l’orateur et des juges eux-mêmes. Du temps de la république romaine, où l’avocat était quelquefois supérieur aux juges en dignité, il faisait souvent mention de lui. Aujourd’hui on exige qu’il ne parle de lui que par [p. 70] nécessité: on veut qu’il paraisse s’oublier; et la précaution même de celui qui affecte de parler de la faiblesse de ses talents, passe presque toujours pour une subtilité de l’amour-propre, qui aime mieux dire du mal de soi que de s’en taire. L’orateur cesse d’être quelque chose dès qu’il fait penser à lui. De même, dans un temps où les juges, pris au hasard, ne se croyaient pas astreints à suivre les lois en rigueur, on pouvait plus facilement espérer de les captiver par des louanges. Il faut maintenant plus d’art et de circonspection pour louer les juges, esclaves de la loi et de la vérité. Ne louez pas, si vous ignorez l’art très difficile de louer. On ne souffre plus les compliments fades; on ne dit plus:

Devant le grand Dandin l’innocence est hardie;

Oui, devant ce Caton de Basse-Normandie,

Ce soleil d’équité qui n’est jamais terni,

« Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni. »