Le Gras, 1671 : La Rhetorique Françoise ou les preceptes de l'ancienne et vraye eloquence accomodez à l'usage des conversations & de la Societé civile : Du Barreau : Et de la Chaire

Définition publiée par VERNET Thibault

 

Le Gras, La Rhetorique Françoise ou les preceptes de l'ancienne et vraye eloquence accomodez à l'usage des conversations & de la Societé civile : Du Barreau : Et de la Chaire, Paris, A. de Rafflé, 1671, Première partie de la Rethorique, « De l'Invention », chap. XVII, « Des Argumens en particulier », p. 54-55.

 

Il n’y a que ce qui est vray, ou vray semblable qui puisse servir à prouver une chose.
Les choses passent pour certaines quand elles frappent les sens, comme ce que nous voyons & entendons.
Les choses dont les sens peuvent juger facilement, estant arrestées par un tres grand nombre de personnes de divers temps, de diverses nations, & de divers interests, qui en parlent comme les sçachant par eux-mesme, & qu’on ne peut soupçonner d’avoir conspiré ensemble pour appuyer un mensonge, doivent passer pour aussi constances & indubitables que si on les avoit veuës de ses propres yeux.
Il y a trois especes de choses croyables : La premiere a quelque certitude, comme que les enfans sont aimez de leurs parens : La seconde est apparente, comme celuy que se porte bien aujourd’huy ne mourra pas demain : La troisiéme qui ne repugne point, comme il n’est point hors de vray-semblance qu’un homme estant dans une maison où l’on a volé ait commis le vol.
Ce que dessus supposé les Argumens artificiels se tirent du fonds de la question : il n’y a point de question qui ne regarde une personne ou une chose; & par consequent les Argumens se tirent ou des personnes ou des choses.
Les Argumens qui se tirent des personnes servent pour l’ordinaire à prouver les faits & ceux qui se tirent de la chose servent à establir le droit.