Étienne Dubois de Bretteville, 1689 : L’Éloquence de la chaire et du barreau

Définition publiée par Kayirici

Étienne Dubois de Bretteville, L’Éloquence de la chaire et du barreau selon les principes les plus solides de la rhétorique sacrée et profane, Paris, Denys Thierry, 1689, p. 451-453

L’Action de l’Orateur comprend la Prononciation & le Geste. La Prononciation regarde le ton & l’inflexion de la Voix : Le Geste est une disposition bienséante, & un mouvement reglé des bras, des mains, de la tête, des yeux, du visage, &  de tout le corps. Ces deux Parties sont si necessaires pour réussir dans la Chaire & dans le Barreau, que sans leur secours il est tres-difficile de faire impression sur les esprits, & de toucher vivement les cœurs.

L’Action anime le discours, elle donne de la force aux raisons, elle excite les mouvemens. Sans elle, dit l’Orateur Romain, les plus fortes preuves deviennent foibles : & toutes les passions qu’on veut exprimer ou émouvoir dans l’ame, sont languissantes, selon les paroles de Quintilien, si la voix & le geste ne les enflamment. Pendant que l’oreille est flatée par les agrémens de la voix, & que les yeux sont charmés par la beauté du geste, le cœur se laisse souvent gagner sans examiner les raisons qui peuvent persuader l’esprit. Enfin, l’Action regne seule dans le discours, comme parle Ciceron : c’est pourquoy Demosthene la nommoit la premiere, la seconde, & la troisiéme Partie de l’Eloquence ; c’est-à-dire, celle qui a plus de force que toutes les autres.

L’Empereur Antonin, au rapport de Philostrate, imposa silence à Philiscus, Orateur Grec tres-eloquent, parce qu’il prononçoit de mauvaise grace : & Trachallus, comme nous apprenons de Quintilien, s’attiroit les applaudifssemens de tous ses Auditeurs, à cause de son geste & de sa voix, quoy qu’il ne fût pas un des plus excellens Orateurs de son temps. Hortensius se vit admiré pendant qu’il plaidoit : mais lors qu’il publia ses Oraisons, on n’en fit pas tant d’estime, parce qu’elles n’étoient pas animées de cette Action pleine d’agrément & de vivacité qui donnoit de la force à ses raisonnemens, & de la grace à son discours. Tan il est vray que l’Action est comme l’eloquence du corps ; mais une Eloquence qui charme, qui enleve, qui se rend maîtresse de l’esprit & du cœur.