Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, troisième partie, "De l'élocution", chap. II, "Des figures", art. II, "Des Figures de Pensées", "La Subjection", p. 214-217.

Définition publiée par RARE, le 01 juin 2020

La Subjection est une figure où l’orateur s’interroge et se répond ; ou bien, il interroge quelqu’un et, sans attendre sa réponse, il en donne une qu’il compose. 

Ainsi : « Comment excuses-tu ton absence ? Diras-tu que tu étais empêché par la maladie ? Mais tu te portais parfaitement. Que tu étais retenu par des affaires ? Mais tu as passé toute la journée à jouer. »

< « Pourquoi Célius voulait-il empoisonner cette femme ? Pour ne pas lui rendre son or ? mais en avait-il emprunté ? Pour ne pas être accusé du meurtre de Dion ? lui avait-on reproché ce meurtre ? » Pour Caelius.

« Toi, tu as pu frapper ma maison d’une consécration religieuse ? Dans quel esprit ? celui que tu avais perdu. De quelle main ? celle dont tu l’avais démolie. Par quelle voix ? celle par laquelle tu avais donné l’ordre de l’incendier. Par quelle loi ? celle que tu n’avais même pas osé rédiger, » etc. Sur la réponse des haruspices.

« Ne sera-t-il pas appelé ennemi de la République celui qui a violé les lois ? tu les as détruites. Celui qui a méprisé l’autorité du Sénat ? tu l’as piétinée. Celui qui a fomenté des séditions ? tu les as allumées. »

« Qu’elle est grande, Dieu immortel, la vitesse de la pensée humaine, qu’ils sont rapides les mouvements de l’esprit ! Veux-tu qu’il s’empare des terres et des mers ? il s’en est déjà emparé. Ordonnes-tu qu’il s’envole dans le Ciel ? déjà il s’est envolé. Désires-tu le contenir ? tu ne le peux pas. Quels obstacles en effet lui opposeras-tu ? pose une énorme masse sur la terre, il y pénétrera. Oppose-lui l’océan, il le traversera. Oppose-lui l’univers même tout entier, en un instant il surmontera tous les obstacles. »

« Quoi de plus rare et de plus inhabituel qu’un enfant de douze ans connaissant toutes les fables de tous les poètes ? il les connaît avec précision. Qui connaît à fond l’art de la parole ? il le connaît à fond. Qui a appris les subtilités de la dialectique et les points les plus difficiles de la jurisprudence ? il les a apprises à la perfection. Quoi de plus incroyable, qu’un jeune adolescent de cet âge ait étudié soigneusement et connaisse la langue latine, grecque, et hébraïque ? il les connaît. Quoi enfin de plus admirable que, à cet âge où les autres savent à peine parler convenablement, il dispute des secrets de la philosophie et des mystères de la théologie, publiquement, brillamment, avec pour répondants une foule composée des plus savants ? qu’il pare en se jouant les attaques de ces adversaires ? qu’il remporte la victoire ? Il a disputé, il a paré, il a gagné. » >