Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, première partie, "Comprenant les premiers éléments de rhétorique relatifs à l'invention", chap. VII, "Des lieux intrinsèques", " Du Genre et de l'Éspèce", p. 74-75 et chap. IX, "Exemples des lieux intrinsèques", art. III, "Exemples des lieux du Genre et de l'Éspèce", p. 94-97. 

 

Définition publiée par RARE, le 04 juin 2020

Du Genre et de l’Espèce

 

Qu’est-ce que le Genre ? R. C’est un tout renfermant plusieurs parties semblables entre elles par un caractère commun, mais différentes cependant par certaines particularités. Ainsi : La vertu est un genre parce qu’elle embrasse la prudence, la justice, le courage, la tempérance, qui, toutes, sont des parties de la vertu, semblables entre elles, parce que l’une quelconque de ces parties est une vertu ; mais ces parties sont cependant différentes, parce que leur nature n’est pas la même.

Donnez un argument d’après le genre. R. Paul pratique la vertu, il pratique donc la tempérance. Pierre est ennemi de la vertu, il n’est donc pas prudent. Jean aime les hommes, il aime donc ses ennemis.

Qu’est-ce que l’Espèce ? R. C’est une partie du genre. Ainsi on peut tirer de ce lieu l’argument suivant : Ce jeune homme est chaste, donc il est vertueux ; et ainsi de suite.

 

[...]

 

ARTICLE 

Exemples des lieux du Genre et de l’Espèce

 

Cicéron, dans son discours pour le poète Archias, fait un éloge général de la poésie et des poètes, et cette < thèse ou > éloge commun à tous les poètes remplit une partie de son magnifique discours.

< Dans son discours Pour Caelius, dont il défendait la jeunesse, entachée non à tort d’une mauvaise réputation, il excuse chez les jeunes de son âge les vices et le goût du plaisir, pourvu qu’ils reviennent à la modération : § 22, 29, etc. 

Caton était stoïcien et avait des mœurs et des principes rudes. Cicéron lance des traits d’esprit contre l’ensemble des stoïciens et contre leur doctrine assez sévère. Pour Muréna, § 61. >

À ceci se rapportent les lieux communs que l’on dit, par exemple : contre les faux témoins < (discours Pour Sylla) >, les parricides < (Pour Roscius d’Amérie) >, les traîtres < (discours Contre Catilina) > ; mais l’orateur doit veiller à ne pas trop insister sur ces lieux communs, car ils sont faciles à réfuter. < C’est ce que Cicéron met en avant de manière remarquable dans le Pour Caelius, § 29 : « Mais il m’a semblé que vous vouliez faire un crime à Caelius des désordres de toute la jeunesse. Il est aisé de déclamer contre la dépravation. Le jour ne suffirait pas, si », etc. > C’est ce qu’on reproche aux prédicateurs qui, chargés de louer un martyr, le jour de sa fête, ne parlent pas de lui, et font un long et magnifique éloge du martyre en général et des martyrs les plus célèbres. On pourrait leur appliquer cette réponse piquante de Martial : « Mais, Posthumus, arrive donc à parler des trois chèvres. » (Épigr., livr. VI < épigr. 16, dont l’incipit est « Il ne s’agit point de violence », etc. >)

On tire un argument de l’espèce quand on ramène le discours d’une question générale à une question particulière. Ainsi, Cicéron, après avoir fait l’éloge des poètes en général, descend à l’éloge du poète Archias et de son poème. < § 18, « Combien de fois n’ai-je pas entendu Archias, Messieurs », etc. >