Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, première partie, "Comprenant les premiers éléments de rhétorique relatifs à l'invention", chap. VII, "Des lieux intrinsèques", "Des Circonstances", p. 76-79 et chap. IX, "Exemples des lieux intrinsèques", art. VI, "Exemples des lieux des Circonstances, des Antécédents et des Conséquents", p. 104-107. 

Définition publiée par RARE, le 04 juin 2020

Des Circonstances

 

Qu’est-ce que c’est que les Circonstances ? R. Ce sont les particularités qui accompagnent un fait.

Combien y a-t-il de sortes de circonstances ? R. Elles sont comprises dans le vers suivant, que nous traduisons :

 

Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando.

Qui, quoi, où, à l’aide de quoi, pourquoi, comment, quand.

 

Qui ? indique l’auteur du fait. Quoi ? indique le fait même. ? l’endroit où il a eu lieu. A l’aide de quoi ? armes, instruments, personnes qui ont aidé à l’accomplissement du fait. Pourquoi ? quelles sont les causes du fait, les conseils [consilia] qui en ont décidé l’accomplissement. Comment ? de quelle manière a-t-il eu lieu ? Quand ? à quelle époque s’est-il passé ?

Énoncez un argument d’après les Circonstances. R. < Le soir, > Paul a été vu armé d’une épée à l’endroit où le crime a eu lieu < etc. >. Pierre est un homme très vertueux, il n’a donc pas violé son serment.

Qu’est-ce que les Antécédents ? R. C’est ce qui fait corps avec les Conséquents ; ils diffèrent en cela des circonstances qui ne sont pas nécessairement liées entre elles.

Donnez un argument d’après les Antécédents. R. Le soleil s’est levé, donc il fait jour. En effet le soleil précède nécessairement le jour.

Qu’est-ce que les Conséquents ? R. C’est ce qui accompagne nécessairement un fait et en indique les résultats. 

< Donnez un argument. R. > : il a une cicatrice, donc il a reçu un coup ; la cicatrice est en effet la suite nécessaire d’un coup.

 

[...]

 

ARTICLE 6 

Exemples des lieux des Circonstances, des Antécédents et des Conséquents

 

< C’est par les Circonstances que Cicéron prouve que Sylla n’a pas comploté contre la patrie, § 52, « Est-il donc quelqu’un… », parce qu’il n’a jamais été mêlé aux conjurés. > Cicéron nie que Sextus Roscius ait tué son père, parce que ce dernier a été tué à Rome, tandis que Roscius était à la campagne. De même, Milon n’a pas dressé des embûches à Clodius, parce qu’il s’est défendu contre lui dans un lieu où il pouvait difficilement dresser des embûches, tandis que Clodius pouvait au contraire en dresser à Milon < § 54. Dans le même discours, § 90, il excite la haine contre Claudius, parce qu’il a incendié la Curie.

Dans la deuxième Philippique, § 104, il donne un comble d’importance aux orgies d’Antoine en tirant argument de la circonstance de lieu, à savoir la maison de M. Varron, un excellent homme, particulièrement modéré. C’est d’une circonstance de personne qu’il tire argument, quand il dit que son père ne fut pas tué par Roscius, dans la mesure où celui-ci est un adolescent calme et particulièrement éloigné des crimes scandaleux propres à la vie en ville, § 39. Il prouve que le vieux Déjotarus n’a pas dansé pendant le banquet, dans la mesure où celui-ci est d’une frugalité et d’une tempérance rares, § 26. De Chéréa, accusateur de Roscius le comédien, il conjecture la fourberie par la forme même de sa physionomie et de tout son visage, § 20 : « Voyez Chéréa la tête et les sourcils rasés : cet extérieur ne sent-il pas la malice raffinée, et ne proclame-t-il pas la perfidie ? Depuis les pieds jusqu’à la tête », etc. Il décrit les complices de Catilina dans la deuxième Catilinaire, § 10 : « Ils ne rêvent plus que massacres, incendie, pillage », etc.

Il semble superflu de réunir d’autres exemples de ce lieu des Circonstances : l’ensemble des discours de Cicéron en fournit facilement une abondance énorme, surtout dans les narrations, dont la vérité s’appuie principalement sur l’exposé des circonstances du fait, lequel est une partie de la narration. >

C’est par les antécédents que Cicéron montre qu’on ne saurait flétrir Muréna du nom et de la qualification d’histrion, parce qu’on ne peut lui reprocher les orgies et les dépenses exagérées qui précèdent les exercices des histrions. < § 13, « En effet, un homme sobre ne s’avise guère de danser », etc. >

C’est par les conséquents qu’il montre de quels malheurs on est menacé, si l’on ne peut invoquer comme garantie le titre de citoyen romain (Verrès, § 147, Ve discours). < Il détourne les juges de condamner le citoyen Flaccus, en leur faisant peur par les conséquences néfastes, § 99. Tout au long de la septième Philippique, il énumère les désastres qui menacent l’État, si on fait la paix avec Antoine. Au contraire, dans le Pour Milon, § 78, il expose les avantages qui découleront de l’exécution de Clodius. Lisez le § 14 du Pour Plancius où il recense les absurdités qui s’ensuivront si les raisons de ses adversaires sont écoutées : « Eh ! si toutes les fois », etc. >