Joseph de Jouvancy, 1710 : Candidatus rhetoricae

Définition publiée par Mattana-Basset

Joseph de Jouvancy, L’Élève de rhétorique (Candidatus rhetoricae, 1e éd. 1710, 1e trad. 1892), édité par les équipes RARE et STIH sous la direction de D. Denis et Fr. Goyet, Paris, Classiques Garnier, 2019, deuxième partie, "< De la deuxième partie de l'éloquence ou > de la disposition du discours", chap. II, "De la confirmation", p. 122-125. 

Définition publiée par RARE, le 04 juin 2020

CHAPITRE 2

DE LA CONFIRMATION

 

Qu’est-ce que la Confirmation ? R. C’est la partie du discours où l’orateur expose ses preuves [firmamenta causae].

Combien la confirmation a-t-elle de parties ? R. Deux. La première que l’on appelle, à proprement parler, confirmation, est celle où nous confirmons, nous établissons nos preuves. La deuxième, qu’on appelle réfutation < ou réplique >, est celle où nous réfutons, nous reprenons les arguments de notre adversaire pour les combattre.

Qu’est-ce que l’État du discours ? R. C’est la question qui naît du conflit des motifs invoqués de part et d’autre.

Donnez un exemple. R. Si l’accusateur prétend que Milon a dressé des embûches, le défenseur dira que Milon n’en a pas dressé ; de ce conflit naîtra cette question : Milon a-t-il réellement tendu des embûches ? Cette question est ce qu’on appelle État de la cause, parce que toute la cause est là ; on l’appelle encore Sujet de la délibération [judicatio], parce qu’en effet c’est sur ce sujet qu’est basé le jugement à intervenir.

Quelle différence y a-t-il entre l’État de la cause et le Sujet de la délibération ? R. C’est que l’état de la cause est la question toute nue, sans argumentation de part et d’autre, tandis que le sujet de la délibération est cette même question accompagnée d’argumentation des deux côtés ; nous émettons alors un jugement, mais après avoir entendu l’argumentation développée par l’accusation et par la défense.

< Qu’est-ce que la justification [ratio] ? R. Ce que fait valoir le défenseur pour repousser l’accusation portée contre l’accusé. 

Qu’est-ce que le moyen fondamental [firmamentum] ? Ce que fait valoir l’accusateur pour prouver l’accusation. >

Combien y a-t-il d’états de la cause ? R. Trois : 1° Le fait existe-t-il ? Ainsi : Catilina a-t-il conspiré ? 2° Quel est ce fait ? Ainsi : César a-t-il été tyran ou roi ? 3° Comment qualifier ce fait ? Ainsi : Le meurtre de Clodius est-il juste et glorieux ?

Comment établit-on [collocantur] les arguments dans le discours ? R. Au moyen de l’argumentation.

Qu’est ce que l’argumentation ? R. C’est l’explication < étendue et > ingénieuse d’un argument.

Combien y a-t-il d’espèces d’argumentation ? R. Quatre : le syllogisme, l’enthymème, le sorite et le dilemme.

D’où tire-t-on < la matière de > ces quatre espèces d’argumentation ? R. Des lieux de rhétorique, en prenant comme sujets d’argumentation des choses certaines ou probables [probabiles].

Quelles sont les choses qui passent pour certaines, dont on ne peut douter ? R. 1° Celles dont nos sens nous donnent connaissance ; 2° Celles que tout le monde regarde comme certaines ; 3° Celles que les lois et la morale proclament comme vraies et certaines ; 4° Celles que nos adversaires admettent, et qui ont été déjà prouvées [jam probatae].

Quelles sont les choses regardées comme probables [probabiles] ? R. Celles qui se produisent presque toujours de même : ainsi, les parents aiment leurs enfants. On regarde encore comme probable ce qui a une apparence de vérité.