Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

Définition publiée par Léonie Gémond

Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. 1, p. 9.

Celui qui pensera bien sur la matiére qu'il traite, qui aura saisi le vrai, qui mettra dans son raisonnement de la justesse & de la solidité, qui y joindra la douceur ou la force du sentiment selon que le sujet l'éxige ; pourvû que son expression soit claire & se fasse entendre, quand même elle ne seroit ni choisie, ni même tout-à-fait correcte, parviendra à persuader ; ce qui est le but que se propose l'Eloquence. « S. Paul, dit M. l'Abbé Fleuri, est éloquent dans son Grec demi-barbare. » Au contraire les plus beaux mots & les plus beaux tours de phrase, si le sens y manque, s'ils sont vuides de pensées, se réduisent à un vain bruit qui attire la dérision des gens sages, & qui ne peut que rendre méprisable le malhabile architecte qui bâtit un élégant édifice sans fondement. Car la pensée est le fondement du discours. Bien penser, dit [t. I, p. 3] Horace, est la source & le principe de bien dire : Scribendi rectè sapere est & principium & fons. Il faut commencer par avoir dans l'esprit une idée nette, juste, & précise : & l'expression suivra d'elle-même.