Jean-Baptiste Crevier, 1765 : Rhétorique française

Définition publiée par Léonie Gémond

Jean-Baptiste Crevier, Rhétorique française (1765), Paris, Saillant, 1767, 2 tomes, t. 1, p. 78-80.

Lieux extrinséques, autorités.

 

 

 

Ces lieux, & les raisonnemens que l’on en tire, ne naissent point du fond intime de la chose ; ils sont administrés du dehors, & c’est pour cela qu’on les nomme extrinséques. On peut les comprendre sous le nom général d’autorités.

 

Ces autorités sont de deux espéces, divines & humaines.

 

Autorités divines.

 

 

Les autorités divines sont contenues dans l’Ecriture sainte, qui est la parole de Dieu & la loi essentielle des Chrétiens. On doit y joindre les textes des Péres, dont le consentement fait loi, les décisions de l’Eglise, les saints canons. Ces sources sacrées appartiennent spécialement aux matiéres de Religion : & par conséquent la connoissance & l’étude en sont singuliérement nécessaires aux Prédicateurs, qui doivent en tirer leurs raisonnemens & leurs preuves. Mais en nulle matiére il n’est permis de s’en écarter : d’où il s’ensuit que tout Orateur a besoin d’en être assez instruit, au moins pour ne rien dire qui s’y oppose, & pour reconnoître & détruire tout ce qui les combattroit dans les discours des adversaires. Autrefois les Avocats remplissoient leurs plaidoyers d’autorités empruntées de l’Ecriture, des Conciles, & des Péres. C’étoit un excès. Mais c’en seroit un autre de les négliger totalement : & nos Tribunaux retentissent si fréquemment d’affaires liées à la Religion, & dans la décision desquelles influe directement l’autorité des Oracles divins & des Loix ecclésiastiques, que l’Avocat qui n’auroit pas acquis une connoissance suffisante, & quelquefois profonde, de cet ordre de loix, seroit incapable de remplir une grande partie de ses fonctions. Cette nature d’autorités subjugue les esprits : & si le sens en est clair, leur force ne peut point être éludée.

 

Autorités humaines.

 

 

Les autorités humaines sont celles qui émanent des dits & des faits humains, tels que les maximes reçues dans la société, les paroles mémorables des Sages & des grands hommes, les textes des Auteurs, les éxemples. Elles ne sont pas d’un aussi grand poids que celles qui sont consacrées par la Religion : mais elles ne laissent pas de faire souvent un grand effet, & l’usage en est très-fréquent dans l’Eloquence.