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1837 : Joseph Victor Le Clerc

nouvelle Rhétorique, extraite des meilleurs écrivains anciens et modernes

Joseph-Victor Le Clerc, Nouvelle Rhétorique, extraite des meilleurs écrivains anciens et modernes, suivie d'Observations sur les matières de composition dans les classes de rhétorique, et d’une Série de Questions à l’usage de ceux qui se préparent aux Examens dans les Collèges royaux et à la Faculté des Lettres, Bruxelles, Société belge de librairie, etc., Hauman, Cattoir et comp°, 1837 (1ère éd. 1823), p. 262

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Encyclopédie

Ou diminutions en Rhétorique, (Littér.) Harris & Chambers disent que c’est un trope par lequel on dit moins qu’on ne pense ; comme lorsqu’on dit à quelqu’un à qui l’on a droit de commander : Je vous prie de faire telle ou telle chose. Le mot je vous prie, emporte une idée d’empire & d’autorité qu’il n’a pas naturellement. Voyez Diminutions. Harris cite un autre exemple, mais qui n’est pas intelligible.

 

Mais M. de Marsais, qui a examiné très-philosophiquement la matiere des figures, dit que

c’est un trope par lequel on se sert de mots, qui, à la lettre, paroissent affoiblir une pensée dont on sait bien que les idées accessoires feront sentir toute la force : on dit le moins par modestie ou par égard ; mais on sait bien que ce moins réveillera l’idée du plus. Quand Chimène dit à Rodrigue (Cid, acte III. sc. 4.) Va, je ne te hais point, elle lui fait entendre bien plus que ces mots là ne signifient dans leur sens propre. Il en est de même de ces facons de parler : je ne puis vous louer, c’est-à-dire, je blâme votre conduite ; je ne méprise pas vos présens, signifie que j’en fais beaucoup de cas… On appelle aussi cette figure exténuation ; elle est opposée à l’hyperbole.

 

Ce que j’ai remarqué sur l’ironie (voyez Ironie) me paroît encore vrai ici. Si les tropes, selon M. du Marsais même, qui pense en cela comme tous les Rhéteurs & les Grammairiens, (part. I. art. jx) sont des figures par lesquelles on fait prendre à un mot une signification, qui n’est pas précisément la signification propre de ce mot ; je ne vois pas qu’il y ait aucun trope, ni dans les exemples qu’on vient de voir, ni dans ceux qu’il cite encore : il n’est pas un sot, il n’est pas un poltron ; Pythagore n’est pas un auteur méprisable ; je ne suis pas si difforme. Chaque mot y conserve sa signification propre ; & la seule chose qu’il y ait de remarquable dans ces locutions, c’est qu’elles ne disent pas tout ce que l’on pense, mais les circonstances l’indiquent si bien, qu’on est sûr d’être entendu. C’est donc en effet une figure de pensées, plutôt qu’une figure de mots, plutôt qu’un trope.

 

Le P. Lami, de l’Oratoire, dit dans sa rhétorique (liv. II. ch. iij.), que l’on peut rapporter à cette figure les manieres extraordinaires de représenter la bassesse d’une chose, comme quand on lit dans Isaïe, (xl. 12.)

Quis mensus est pugillo aquas, & cœlos palma ponderavit ?

Quis apprendit tribus digitis molem terrœ, & libravit in pondere montes, & colles in statera ?

Et plus bas lorsqu’il parle de la grandeur de Dieu (22) :

Qui sedet super gyrum terrœ, & habitatores ejus sunt quasi locustœ ; qui extendit sicut nihilum cœlos, & expandit eos sicut tabernaculum ad inhabitandum.

J’avoue que je ne vois rien ici qui indique une pensée mise au-dessous de sa valeur, de propos délibéré, & par modestie ou par égard ; si elle y est au-dessous de la vérité, c’est que la vérité dans cette matiere est d’une hauteur inaccessible à nos foibles regards.

 

 

Littré

Figure de rhétorique consistant à se servir d’une expression qui dit moins pour faire entendre plus. Quand Chimène dit à Rodrigue : Va, je ne te hais point, elle veut lui faire entendre qu’elle l’aime toujours, et se sert d’une litote.