Schola Rhetorica

Les corpus commentés


Le corpus de Padoue

Le corpus de Padoue, que nous éditons ici dans la partie Commentaires est un ensemble très cohérent de quatre ouvrages publiés à Padoue de 1689 à 1729, chez le même éditeur, les Presses du Séminaire (ultérieurement imprimerie de Giovanni Manfrè), à savoir d’une part les trois commentaires rhétoriques de M. A. Ferrazzi, et d’autre part l’édition de la Rhétorique d’Aristote sur laquelle il s’appuie :

  • 1689 : Aristote, De arte rhetorica, texte grec et en vis-à-vis la traduction latine de Marcantonio Majoragio (1514-1555), divisée en longs textus (paragraphes) numérotés
  • 1694 : le commentaire de Ferrazzi sur 180 discours extraits de l’Histoire romaine de Tite-Live, Exercitationes rhetoricae in orationes Titi Livii Patavini (de nombreuses rééditions, par exemple dix rééd. de 1707 à 1710)
  • 1694 : le commentaire de Ferrazzi sur 88 discours extraits de l’Énéide de Virgile, Exercitationes rhetoricae in praecipuas P. Virgilii Maronis orationes, quae in Aeneidum libris leguntur (de nombreuses rééditions, par exemple sept rééd. de 1720 à 1780, en Bavière)
  • 1729 : le commentaire de Ferrazzi sur la totalité des 56 discours de Cicéron, M. T. Ciceronis orationum cum argumentis, animadversionibus, et analysi M. Antonii Ferratii (pas de rééd., mais l’éd. princeps est très répandue dans les bibliothèques)

L’œuvre de M. A. Ferrazzi nous donne ainsi un échantillon fidèles des corpus commentés dans la pédagogie rhétorique de la première modernité : Cicéron (le modèle absolu, qu’on appelle aussi sans précision l’Orateur) ; les historiens latins (Tite-Live, Salluste, Quine-Curce, Tacite…); les poètes latins (Virgile mais aussi tout le théâtre de Térence, etc.) .

Des corpus contemporains donneront lieu chez d'autres rhétoriciens à des analyses suivies: la Bible ; les orateurs de la Renaissance (par ex. les discours de Marc-Antoine Muret, 1526-1585) , les historiens (par ex. l’Historia de Jacques-Auguste de Thou, 1553-1617).


Un corpus méthodique

Trois traits font de cet ensemble d’ouvrages édité par le Séminaire de Padoue un corpus méthodique.

  • La circularité entre théorie et pratique : la Rhétorique d’Aristote est donnée avec un paragraphage propre à Padoue, et les analyses de discours que publie Ferrazzi renvoient uniquement à cette édition de la Rhétorique, avec une insistance toute particulière sur les passions du livre II (le pathos).
  • La régularité : quoique très nombreuses, les analyses suivent constamment la même procédure et emploient toujours le même type de vocabulaire critique, dont elles accentuent la monotonie de façon délibérée, pédagogique.
  • La masse : 180 discours tirés de Tite-Live, 88 de l’Énéide, les 56 de Cicéron, dont certains particulièrement longs. Une telle masse correspond aux nécessités internes de l’enseignement de la rhétorique. Elle permet de ramener à du sériel, donc à du reconnaissable, la diversité indéfinie et déroutante des situations rhétoriques concrètes. Et pour les étudiants d’aujourd’hui, elle remplace aussi le maître de l’époque, en signalant de façon récurrete quelles étaient à ses yeux les catégories vraiment importantes.


                                                                                                                                                                                                   Christine NOILLE et Francis GOYET